L’Unique n°8 (mars 1946)
À la beauté
Article mis en ligne le 28 octobre 2007

par Guillot (René)
La rose de l’aurore,
Le midi éclatant,
Le ciel bleu que décore
Et l’oiseau et ses chants
Ont moins de nuances tendres que ton corps plein de sève
Ni de chansons pareilles au murmure de tes lèvres.
 
La grâce souple et féline,
Qui orne tes mouvements,
Souligne ta taille si fine
Et si légère au vent !
Car ta marche, ô ma mie, est la divine cadence
D’un serpent sacré qui se roule et se balance.
 
Le soleil croit revivre
En tes blonds cheveux d’or
Dont le parfum enivre
Ainsi qu’un vin trop fort,
Et tes grands yeux profonds où l’âme met sa clarté
Sont les fleurs épanouies de ton cœur adoré.
 
Abri doux et paisible
Qui console et repose
Du vaste monde hostile
Et du néant des choses
Sur tes genoux, veux-tu, laisse ma tête se poser
Et que tes pieds dans mes mains puissent demeurer.
 
Ainsi je veux, chérie
Avant que vienne le soir
Suspendre ici ma vie
Et me bercer d’espoir !

René Guillot (En captivité, février 1945)