La Presse Anarchiste

La Vie ouvrière n°8 (20 janvier 1910)

La quinzaine sociale

La polémique à propos des retraites ouvrières

samedi 5 avril 2008, par Monatte (Pierre)

 

Il semble que la polémique engagée autour de la résolution du comité confédéral touche à sa fin. Il semble aussi que le système de la capitalisation des prélèvements sorte pas mal endommagé.

Jaurès est venu au monde en un temps où les actes de foi, les yeux fermés, sont difficiles à faire.

Son dieu, l’État, connaît le sort des autres dieux. L’impiété l’entoure, en attendant qu’une grande colère le secoue, le démembre et lui brise ses rouages d’oppression.

La capitalisation appliquée aux retraites ouvrières n’est pas une escroquerie — disait Jaurès le 2 janvier. — Elle ne peut pas l’être. Pas un centime ne peut être volé pour l’équilibre du budget. Pas un centime ne peut être détourné vers des opérations suspectes.

Dire que dans l’État moderne démocratique et républicain, avec le suffrage universel, le syndicalisme, la grève générale, le Parlement, la presse, les réunions populaires, dire que, dans France d’aujourd’hui, le gouvernement pourra voler onze millions de travailleurs salariés des champs, des magasins et des usines, c’est une énormité.

Dire que ce vol ne sera pas possible, la voilà bien l’énormité ! Il faut être un naïf croyant, ou un fieffé coquin pour ne pas avoir au moins une crainte, quand on a vu cet État moderne voler sans relâche ses sujets au nom de la défense de la Patrie, afin de faire des commandes de canons et de navires, bien heureux encore quand il ne les emmenait pas mourir au Tonkin ou à Madagascar. Et, le suffrage universel acquiesçait ; le Parlement signait, des deux mains ; la presse fermait sa gueule vénale. Et le syndicalisme ne pouvait rien, la grève générale n’était pas possible.

Mais patience ! Ce qui se perd en confiance en l’État se regagne en confiance en soi.

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