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	<title>La Presse Anarchiste</title>
	<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/</link>
	<description> 3 mises en ligne ces derniers jours : un num&#233;ro tr&#232;s int&#233;ressant de Plus Loin, la revue de Marc Pierrot et un num&#233;ro du Libertaire. Le num&#233;ro 4 des Temps Nouveaux de 1919 est disponible, cette revue poursuit son chemin dans la germanophobie maladive et, je dirais, dans son &#233;troitesse d'esprit&#8230; &#192; noter les souvenirs de guerre de Marc Pierrot&#8230; &#201;trange revue&#8230; N'h&#233;sitez surtout pas &#224; me signaler les erreurs que vous trouvez sur le site : documents sans lien, fautes de syntaxe, probl&#232;me typographique&#8230; Je rappelle que c'est un travail que je r&#233;alise en grande partie seul, les erreurs sont donc in&#233;vitables et votre aide en ce sens est pr&#233;cieuse et indispensable. D'autre
part, je
suis toujours
&#224; la recherche d'un coup de main pour trouver de nouvelles
revues, donc si vous souhaitez vous d&#233;barasser de
vieux
journaux (don ou vente &#224; un prix raisonnable), si
vous
avez pr&#232;s de chez vous un bouquiniste
int&#233;ressant, si
vous acceptez de me pr&#234;ter vos tr&#233;sors,
si vous
pr&#233;f&#233;rez en faire des copies,
contactez-moi. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, j'accepte volontier
toute aide visant &#224; acc&#233;lerer les mises en ligne,
si une revue vous int&#233;resse particuli&#232;rement,
vous pouvez m'aider &#224; la rendre disponible. L&#224;
encore, contactez-moi. Vincent
Dubuc </description>
	<language>fr</language>
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		<title>Notre enqu&#234;te sur le &#171; Fonctionnarisme Syndical &#187;</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2813</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2813</guid>
		<dc:date>2010-07-28T12:06:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bott (Henri), Boudoux (J.-S.), Groupe m&#233;taux de Bordeaux, Gu&#233;rineau (Lucien), Journet (Claude), Lagrue (E.), Mayoux (Fran&#231;ois)</dc:creator>


		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>Nous avons fait parvenir le n&#176; 1 de la Revue anarchiste &#224; un certain nombre de syndicalistes, dont nous avons sollicit&#233; la r&#233;ponse. Voici la liste de ces syndicalistes : Barthes, Bastien, Bellugue, Berrard, Besnard, Berthet, Bott, Boudoux, Bou&#235;t ; Cadeau, Carpentier, Casteu, Chaverot, Lucie Colliard, Colomer, Content, Delagrange, Descarsin, Dudilieux, Fargue, Fiquet, Fister, Flandrin, Fourcade, Godonn&#232;che, Gourdeaux, Gu&#233;rineau, Marie Guillot, Herclet, Hubert, Jacquemin, Jouve, Labonne, (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique289" rel="directory"&gt; La Revue Anarchiste n&#176;2 (f&#233;vrier 1922)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot10" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;texteencadre-spip spip&quot;&gt;Nous avons fait parvenir le n&#176; 1 de la &lt;i&gt;Revue anarchiste&lt;/i&gt; &#224; un certain nombre de syndicalistes, dont nous avons sollicit&#233; la r&#233;ponse.
&lt;p&gt;Voici la liste de ces syndicalistes :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Barthes, Bastien, Bellugue, Berrard, Besnard, Berthet, Bott, Boudoux, Bou&#235;t ; Cadeau, Carpentier, Casteu, Chaverot, Lucie Colliard, Colomer, Content, Delagrange, Descarsin, Dudilieux, Fargue, Fiquet, Fister, Flandrin, Fourcade, Godonn&#232;che, Gourdeaux, Gu&#233;rineau, Marie Guillot, Herclet, Hubert, Jacquemin, Jouve, Labonne, Labrousse, Lacoste, Lauridan, Lebourg, Lecoin, Lemoine, Mme Lemoine, L&#233;v&#234;que, Lorduron, Maillard, Ren&#233; Martin, Massot, Maurelle, Mayoux, Le Meillour, Meurant, Monatte, Monmousseau, Pothion, Quinton, Racamond, Raveau, Richetta, Rose, Salvator, Schumacher, S&#233;mart, Sirolle, Teulade, Tommasi, Totti, Vad&#233;card, V&#233;ber, Verdier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;sc&gt;nota&lt;/sc&gt;. &#8212; Notre enqu&#234;te n'est pas limit&#233;e aux syndicalistes qui composent cette liste ; elle est ouverte &#224; tous. Notre questionnaire s'adresse tous les travailleurs et notre impartialit&#233; nous fait un devoir de n'exclure personne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &lt;i&gt;Revue Anarchiste&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il faut entretenir des permanents &#224; diff&#233;rents emplois, le fonctionnarisme co&#251;te trop et devient n&#233;faste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, sauf quelques cas ou avec des modifications au syst&#232;me, les fonctions ne doivent pas &#234;tre r&#233;tribu&#233;es. Je pourrais citer des Syndicats o&#249;, jadis, tout le travail &#233;tait ex&#233;cut&#233; volontairement. Nous n'en sommes pas &#224; un point de veulerie qui ferait croire &#224; une mentalit&#233; r&#233;gressive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma r&#233;ponse au questionnaire je l'&#233;tends du Syndicat au Bureau Conf&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;1&#176; et 2&#176; &#8211; Certains postes sont n&#233;cessaires pour donner la vitalit&#233; &#224; l'organisation, ceux de secr&#233;taires et adjoints qui se partagent et sp&#233;cialisent les travaux, ceux de caissiers-comptables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'admets pas de fonctions r&#233;tribu&#233;es et je consid&#232;re que la suggestion de Le Meillour pour le comptable seulement, dans les forts Syndicats, a sa raison, et peut &#234;tre tenue par un professionnel de comptabilit&#233; &#233;tranger &#224; ces Syndicats. Je suis persuad&#233; qu'il se ferait une s&#233;rieuse &#233;conomie en employant un professionnel &#224; des jours d&#233;termin&#233;s et &#224; l'heure du tarif syndical.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3&#176; &#8211; &#192; part les d&#233;l&#233;gations en province ou &#224; des moments qui emp&#234;chent le d&#233;l&#233;gu&#233; de travailler pour vivre, la besogne de propagande doit se faire par d&#233;vouement. Dans les cas possibles &#224; tour de r&#244;le, dans les cas difficiles par les aptes et les d&#233;vou&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Diff&#233;rent Syndicats ont 25 et 30 syndics, qui se r&#233;unissent un soir chaque semaine, plus souvent si c'est n&#233;cessaire au roulement normal de l'organisation, aucun ne songe &#224; se faire payer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4&#176; et 5&#176; &#8211; Les fonctions ex&#233;cut&#233;es par les membres m&#234;mes du groupement, doivent &#234;tre limit&#233;es &#224; un an au plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'emploi de secr&#233;taire doit &#234;tre doubl&#233; et de fa&#231;on que chacun en se sp&#233;cialisant et en se le partageant, ait moins de travail. Le plus ancien des secr&#233;taires quitterait au milieu ou aux deux tiers de l'ann&#233;e, de mani&#232;re que le nouvel &#233;lu soit mis au courant par eux qui auront encore six ou huit mois &#224; exercer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L. Gu&#233;rineau
&lt;br /&gt;des &#201;b&#233;nistes de la Seine&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; question. &#8211; Non seulement il n'est pas n&#233;cessaire que les Syndicats, les U.D., les F&#233;d&#233;rations et le B.C. aient des fonctionnaires r&#233;tribu&#233;s, mais j'ajoute que, &#224; mon avis, la suppression des Syndicats de corporation, des F&#233;d&#233;rations d'industrie et du B.C. est urgente, si l'on veut que l'organisation &#233;conomique de la classe ouvri&#232;re puisse remplir le r&#244;le qui lui &#233;choit.
&lt;p&gt;2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Question. &#8211; Inutile ; car, si il y a administration, il y aura, malgr&#233; nous, centralisation ; donc n&#233;faste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Question. &#8211; Pour la propagande et l'&#233;ducation : oui, mais le recrutement ne peut avoir lieu qu'aux chantiers, usines, bureaux, gares, etc., etc., et, par cons&#233;quent, ce travail n'implique aucune r&#233;tribution. Ce doit &#234;tre l'&#339;uvre quotidienne de chaque syndiqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;Question. &#8211; Le jour o&#249; les fonctions ne seront plus r&#233;tribu&#233;es, il sera inutile d'en limiter la dur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Question. &#8211; Pour moi, la dur&#233;e importe peu. Ce que je serais heureux de voir adopter dans le Syndicat, c'est que l'individu qui aurait une fonction, .soit r&#233;vocable &lt;i&gt;sur-le-champ&lt;/i&gt;, lorsqu'il aura faut&#233;, quelle que soit sa valeur, et que, surtout, il ne soit pas absous parce qu'il aurait soi-disant beaucoup travaill&#233;, et,	ce qui est plus g&#233;n&#233;ral, parce que c'est &lt;i&gt;un bon copain&lt;/i&gt; ; alors. pour ne pas lui faire de peine, on le laisse en place, et il continue ses erreurs pass&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;E. Lagrue&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Si l'on veut &#233;viter un nouveau redressement du syndicalisme dans X&#8230; ann&#233;es, il faut, d&#232;s aujourd'hui, se pr&#233;munir, en s'inspirant des causes de la d&#233;ch&#233;ance de la vieille C.G.T. qui inspirait, &#224; ses d&#233;buts, de si grands espoir en l'avenir.
&lt;p&gt;Le fonctionnarisme inamovible a rong&#233;, a ruin&#233; l'esprit r&#233;volutionnaire qui animait alors la C.G.T. fran&#231;aise. Il a aussi absorb&#233; de bons et actifs militants, qui ne sont aujourd'hui que des fonctionnaires plus pr&#233;occup&#233;s de d&#233;fendre leur situation personnelle, que de faire &#339;uvre de propagandistes syndicalistes. Le fonctionnarisme a divis&#233; les hommes, il a d&#233;cha&#238;n&#233; les app&#233;tits, il a cr&#233;e des courants d'opinion, dont le v&#233;ritable mobile est l'arrivisme d'aspirants. Le fonctionnarisme est une plaie contagieuse, il faut la br&#251;ler avec un fer rouge, et le plus rapidement possible ; autrement, gare &#224; la gangr&#232;ne ! Aussi c'est avec plaisir que je r&#233;ponds au questionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les fonctionnaires ne sont pas indispensables au syndicalisme qui a d'autres buts que celui de cr&#233;er une bureaucratie r&#233;tribu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'administration des Syndicats, des Unions d&#233;partementales, des F&#233;d&#233;rations d'industrie de la C.G.T. peut tr&#232;s bien se faire par des professionnels r&#233;tribu&#233;s, plac&#233;s sous le contr&#244;le direct des conseils et commissions ex&#233;cutives des organisations qui traceraient la besogne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la propagande et les d&#233;l&#233;gations, cette besogne pourrait &#234;tre confi&#233;e &#224; des militants qui consid&#233;reraient leur t&#226;che finie avec l'ex&#233;cution de leur mandat ; il va sans dire que, &#233;tant r&#233;tribu&#233;s pour l'accomplissement de leur mission, ils retourneraient au travail, au milieu de leurs camarades, continuer leur action de propagandistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, en l'&#233;tat actuel des choses, il semble impossible de r&#233;aliser de suite l'id&#233;e que j'exprime ci-dessus, j'estime que la dur&#233;e du mandat des fonctionnaires syndicalistes doit &#234;tre limit&#233;e : &#224; un an pour les organisations syndicales et &#224; deux ans pour les organismes locaux, r&#233;gionaux, f&#233;d&#233;raux et conf&#233;d&#233;raux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette r&#233;alisation nous am&#232;nera in&#233;vitablement &#224; expurger le mouvement ouvrier de tous les arrivistes, et nous permettra de conserver dans notre sein des camarades qui se perdraient dans le fonctionnarisme prolong&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au pis aller, ce deuxi&#232;me point de vue peut donner d'excellents r&#233;sultats ; mais, je le d&#233;clare, il doit pr&#233;parer la r&#233;alisation de celui que j'indique en premier lieu. Alors, le syndicalisme ne courra plus de risques ; nous ne serons plus oblig&#233;s de le redresser tous les dix ou vingt ans ; il poursuivra ses fins et ses buts r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J.-S. Boudoux
&lt;br /&gt;des &lt;i&gt;Charpentiers en fer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Je r&#233;ponds avec plaisir &#224; cette enqu&#234;te, qui me parait des plus n&#233;cessaires, dans la p&#233;riode chaotique que nous traversons.
&lt;p&gt;Apr&#232;s la triste exp&#233;rience de la guerre, le fonctionnarisme syndical a pris une forme vraiment gouvernementale, par le fait de sa nouvelle constitution en Comit&#233; National Conf&#233;d&#233;ral, qui se r&#233;unit p&#233;riodiquement, pour prendre des d&#233;cisions, sans aviser les int&#233;ress&#233;s : les syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que, peu &#224; peu, la C.G.T. a cess&#233; d'&#234;tre une organisation ayant &#224; sa base le principe r&#233;volutionnaire de la lutte de classe et est devenue un organisme de collaboration, &#224; l'enti&#232;re discr&#233;tion de ceux qui d&#233;tiennent les fonctions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;N'&#233;tant plus astreints au travail de l'usine, de l'atelier, du magasin, les fonctionnaires n'ont plus les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts que les ouvriers ou employ&#233;s qui peinent sans cesse en proie &#224; l'incertitude et aux soucis du lendemain. Ils ne sont plus des r&#233;volt&#233;s, mais des satisfaits ; aussi n'aiment-ils pas la bataille ouverte et brutale contre l'exploitation, dont ils ne souffrent pas personnellement. Or, le syndicalisme est l'arme des travailleurs, qui luttent pour se lib&#233;rer du joug capitaliste qui les opprime. Son r&#244;le est inscrit clairement dans ses statut. Il n'appartient donc &#224; aucune personnalit&#233; de le faire d&#233;vier, au gr&#233; de ses d&#233;sirs. C'est cependant ce qui est arriv&#233;, et a cr&#233;&#233; la mauvaise situation qui fait de la C.G.T. un champ de bataille entre individus voulant occuper les places de permanents r&#233;tribu&#233;s, vivant en marge des exploit&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est donc n&#233;cessaire de faire dispara&#238;tre cette arm&#233;e de fonctionnaires, tuent tout esprit de r&#233;volte, et constituent une sorte de gouvernement ouvrier, contre lequel la classe ouvri&#232;re, consciente et clairvoyante est oblig&#233;e de r&#233;agir. En conclusion : plus de fonctionnaires permanents.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le travail de bureau serait accompli par des comptables et st&#233;nos-dactylos de m&#233;tier, pay&#233;s an tarif de leur corporation. La besogne de propagande, d'&#233;ducation et de recrutement, serait faite par des camarades appartenant &#224; chaque organisation. Ces propagandistes seraient choisis parmi les syndiqu&#233;s, &#224; tour de r&#244;le, aptes &#224; remplir cette besogne, pay&#233;s au tarif de la corporation dont ils font partie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour rem&#233;dier au corporatisme &#233;troit, on doit &#8212; &#224; mon sens &#8212; fonder des Syndicats uniques par industrie, &#224; l'exemple de nos camarades d'Espagne, qui, chez eux, n'ont pas cr&#233;&#233; le fonctionnarisme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question est pos&#233;e : devons-nous continuer &#224; entretenir cette	plaie qui nous infecte ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est indispensable que les anarchistes prennent position, et je crois que cela pourrait d&#233;terminer les organisations, &#224; d&#233;truire &#224; jamais le fonctionnarisme par le syst&#232;me propos&#233; par Le Meillour. Ce syst&#232;me apporterait au syndicalisme un prestige moral incontestable, on verrait remonter les effectifs, et les luttes intestines dispara&#238;tre, pour faire place &#224; une entente fraternelle et pour atteindre le but que le syndicalisme s'est trac&#233;, d&#232;s sa fondation : l'abolition du salariat et la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En tous cas, nous devons, en tant qu'ouvriers syndiqu&#233;s, donner, dans les organisations auxquelles nous appartenons, l'exemple du d&#233;vouement et du d&#233;sint&#233;ressement le plus complet, afin qu'on ne nous prenne pas pour des bluffeurs et des fumistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La propagande par l'exemple est, pour moi, la meilleure, celle qui frappe le mieux la conscience et l'esprit des exploit&#233;s qui nous entourent. Soyons logiques avec nous-m&#234;mes. Montrons aux travailleurs et aux exploiteurs capitalistes que nous sommes capables de nous administrer sans chefs et sans directeurs de conscience. D&#233;barrassons-nous du fonctionnarisme et nous aurons fait un grand pas. Dans l'attente qu'il disparaisse, limitons la dur&#233;e des fonctions &#224; un an au maximum et que celui qui remplit cette fonction, retourne &#224; son travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claude Journet
&lt;br /&gt;Du &lt;i&gt;Syndicat de L'.O.T.L.&lt;/i&gt; de Lyon.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;p&gt;1&lt;sup&gt;re&lt;/sup&gt; question. &#8211; Quand les organisations ne sont pas fortes, point n'est besoin d'avoir des permanents, qui, par leurs &#233;moluments, absorbent les ressources qui doivent &#234;tre exclusivement consacr&#233;es aux n&#233;cessit&#233;s de la propagande et servir &#224; renforcer l'organisation elle-m&#234;me. Mais, par la suite, si le d&#233;veloppement de l'organisation am&#232;ne un surcro&#238;t de travail auquel il faille consacrer tout son temps, des employ&#233;s, soit comptables ou autres, me semblent tout qualifi&#233;s pour faire ce travail qui ne consisterait en somme qu'&#224; faire la correspondance et &#224; assurer la gestion financi&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; question. &#8211; Pour les Syndicats, c'est, &#224; mon avis, une autre affaire, il y a un moyen de r&#233;soudre cette question du fonctionnarisme qui pr&#233;occupe tout le monde des travailleurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce moyen consiste &#224; d&#233;centraliser les gros Syndicats d'industrie, qui, par la concentration des effectifs de toute une r&#233;gion &#8211; comme c'est le cas pour la r&#233;gion parisienne &#8211; donnent naissance &#224; toute une floraison de fonctionnaires et aspirants fonctionnaires syndicaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En cr&#233;ant le Syndicat unique dans chaque localit&#233; ou arrondissement, on d&#233;centralise le travail et cela permet, par l'obligation qui en est faite aux travailleurs group&#233;s dans ces Syndicats locaux, d'acqu&#233;rir les qualit&#233;s, les notions, la capacit&#233; et la pratique n&#233;cessaires &#224; toute bonne administration, de s'organiser au lendemain de la R&#233;volution, et ainsi d'&#234;tre capables de faire vivre une soci&#233;t&#233; d'hommes libres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; question. &#8211; Je ne pense pas qu'il soit possible d'admettre comme un statut rigide, le moyen qu'expose la &lt;i&gt;Revue&lt;/i&gt;, en ce qui concerne les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; la propagande ; faire partir la r&#233;tribution &#224; l'instant o&#249; commence le mandat et la supprimer &#224; l'instant o&#249; il finit, me para&#238;t tr&#232;s bien en principe ; mais, en fait, ce n'est pas du tout la m&#234;me chose, car il faut admettre que le propagandiste est, dans ce cas, employ&#233; chez le patron. L'organisation a besoin de lui pour quelques jours et, comme de juste, elle le d&#233;dommage, 1 fois, 2 fois, 3 fois m&#234;me, &#231;a ira : le patron admettra toute une foule de motifs, mais, par la suite, il dira &#224; son salari&#233;, qu'il a besoin que son personnel soit assidu au travail et, alors, deux alternatives : ou refuser la d&#233;l&#233;gation de deux ou trois jours ou m&#234;me plus, et rester dans sa place ; ou bien accepter partir en d&#233;l&#233;gation et &#234;tre cong&#233;di&#233;. Comme la dur&#233;e de la d&#233;l&#233;gation est limit&#233;e : dix jours par exemple, le onzi&#232;me jour, le propagandiste est dans l'obligation de reprendre. ses occupations journali&#232;res et de chercher un patron qui consente &#224; l'embaucher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et l&#224; encore, ce sera la m&#234;me chose. Aussi comme solution, je propose que le mandat du propagandiste ait une dur&#233;e de trois mois. R&#233;tribution : salaire-moyen de la corporation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; question. &#8211; Dans le but de ne pas faire perdre aux syndiqu&#233;s l'habitude d'exercer leur profession et pour ne pas cr&#233;er, au c&#339;ur du Syndicalisme, une caste de privil&#233;gi&#233;s, il est n&#233;cessaire que la dur&#233;e des fonctions ou mandats soit limit&#233;e et il faut que, &#224; l'expiration de leur mandat, les propagandistes entrent dans le rang. Ils ne seraient donc pas r&#233;&#233;ligibles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;5&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; question. &#8211; Dur&#233;e maxima des fonctions : trois mois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bott
&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Syndicat des M&#233;taux&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:right;&quot;&gt;Marseille, le 17 f&#233;vrier 1922.&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Camarade S&#233;bastien Faure.
&lt;p&gt;Je re&#231;ois votre circulaire avec le n&#176; 1 de &lt;i&gt;La Revue Anarchiste&lt;/i&gt;, et je vous remercie d'avoir pens&#233; &#224; moi comme &#171; syndicaliste notoire &#187; ! Hier, j'avais du galon conf&#233;d&#233;ral et j'ai d&#233;fendu avec &#226;pret&#233; mes id&#233;es, d'accord avec les militants r&#233;volutionnaires des Bouches-du-Rh&#244;ne ; c'est sans doute pourquoi vous m'avez consid&#233;r&#233; comme &#171; notoire &#187; ; aujourd'hui. dans le rang, je conserve la m&#234;me ind&#233;pendance qu'hier. Je suis donc tr&#232;s &#224; l'aise pour parler du Fonctionnarisme syndical. Eh bien, j'estime que tout le bruit fait autour de la question ne rime &#224; rien. Pour moi, il ne s'agit pas de savoir si les secr&#233;taires des groupements syndicaux seront appoint&#233;s ou non, il s'agit de savoir &lt;i&gt;s'ils dirigent&lt;/i&gt; le groupement qui les a &#233;lus ou &lt;i&gt;s'ils sont dirig&#233;s&lt;/i&gt; par lui. Tout est l&#224;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car on peut fort bien concevoir un camarade qui, tout en faisant son travail quotidien, demeure un petit tyran &#224; la t&#234;te de son organisation : on peut m&#234;me admettre &#8211; c'est connu &#8211; qu'un secr&#233;taire de syndicat non appoint&#233;, obtient, &#224; cause de sa fonction, de tels avantages du patron, qu'il trahit tout doucement les int&#233;r&#234;ts de ses camarades dans ses rapports avec ledit patron &#8211; sans pour cela avoir pr&#233;lev&#233; un sou dans la caisse syndicat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Maintenant, comme il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, je crois impossible que tous les adh&#233;rents du syndicat s'int&#233;ressent &#224; la vie de leur organisation et contr&#244;lent, effectivement, leurs mandataires. Cela pourra venir, mais nous n'en sommes pas encore l&#224;. En attendant, il faudrait donc former dans chaque groupement, du syndicat &#224; la C.G.T., des &#171; noyaux &#187; de camarades d&#233;vou&#233;s et d&#233;sint&#233;ress&#233;s qui exerceraient le contr&#244;le n&#233;cessaire. Le pouvoir individuel et absolu dispara&#238;trait ainsi du mouvement syndical.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre question, plus terre-&#224;-terre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je veux bien admettre que, pour le travail mat&#233;riel, les syndicats, unions d&#233;partementales et f&#233;d&#233;rations aient des employ&#233;s ordinaires ; mais, pour la propagande, surtout &#224; travers tout le pays, les d&#233;l&#233;gations temporaires peuvent ne pas suffire : les militants capables de les remplir sont assez peu nombreux et, s'ils sont embauch&#233;s, ils craindront de perdre leur travail s'ils le quittent &#224; tout bout de champ, pour trois, quatre ou huit jours. Il ne s'agit pas de d&#233;clamer, mais de voir comment les choses se passent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En conclusion, j'estime qu'il faut que les secr&#233;taires, appoint&#233;s ou non, soient &#233;troitement contr&#244;l&#233;s et que le syndicat (ou un groupe de camarades d&#233;sint&#233;ress&#233;s) puisse les changer en cas de d&#233;viation (trahison). Que, partout o&#249; il est possible de se passer de permanents, on s'en passe, mais qu'on n'h&#233;site pas &#224; y recourir d&#232;s que c'est utile ; et surtout qu'on ne perde pas son temps &#224; discutailler sur des questions d'importance secondaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas r&#233;pondu point par point au questionnaire, je m'en excuse. Je crois cependant devoir indiquer un moyen simple de pallier &#224; l'inconv&#233;nient qu'il y aurait &#224; se priver brusquement des services d'un camarade permanent, car je suis pour la limitation de la dur&#233;e du mandat (r&#233;tribu&#233; ou non) ; mon moyen, c'est de nommer un secr&#233;taire adjoint qui, automatiquement, remplacera le secr&#233;taire. Celui-ci, &#224; son tour, pourrait revenir &#224; son &#171; fauteuil &#187; apr&#232;s un stage a l'atelier. Mais, encore une fois, ces mesures et toutes celles qu'on pourra envisager ne vaudront que ce valent les hommes charg&#233;s de veiller &#224; leur application.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien cordialement &#224; vous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Fran&#231;ois Mayoux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;chec de la R&#233;volution allemande et hongroise. Les difficult&#233;s de la R&#233;volution russe</title>
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		<dc:date>2010-07-27T09:48:32Z</dc:date>
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		<dc:creator>Corn&#233;lissen (Christian)</dc:creator>


		<dc:subject> R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>

		<description>Trois empires d&#233;truits et, rien qu'en Allemagne, 23 couronnes de grands et petits potentats enlev&#233;es dans la bourrasque ! Et pourtant nous nous permettons aujourd'hui de dire qu'en Allemagne et en Autriche-Hongrie la r&#233;volution a &#233;chou&#233; et que, s'il n'en est pas encore de m&#234;me en Russie, la r&#233;volution y rencontre des difficult&#233;s s&#233;rieuses et se trouve dans une extr&#234;me d&#233;tresse. Les insurrections qui ont balay&#233; les potentats, n'ont port&#233; qu'un caract&#232;re politique ; l'&#233;tiquette imp&#233;riale, tsariste ou (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot109" rel="tag"&gt; R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trois empires d&#233;truits et, rien qu'en Allemagne, 23 couronnes de grands et petits potentats enlev&#233;es dans la bourrasque !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et pourtant nous nous permettons aujourd'hui de dire qu'en Allemagne et en Autriche-Hongrie la r&#233;volution a &#233;chou&#233; et que, s'il n'en est pas encore de m&#234;me en Russie, la r&#233;volution y rencontre des difficult&#233;s s&#233;rieuses et se trouve dans une extr&#234;me d&#233;tresse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les insurrections qui ont balay&#233; les potentats, n'ont port&#233; qu'un caract&#232;re politique ; l'&#233;tiquette imp&#233;riale, tsariste ou simplement princi&#232;re, a fait place &#224; l'&#233;tiquette r&#233;publicaine, mais l'ancien r&#233;gime continue, &#224; peu pr&#232;s avec la m&#234;me bureaucratie, le m&#234;me machinisme administratif, et sous la m&#234;me tyrannie dans la vie sociale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela est exact, rigoureusement exact, h&#233;las ! pour l'Europe centrale ; et, bien qu'en Russie il s'agit non pas seulement d'une simple insurrection politique, mais d'une v&#233;ritable r&#233;volution sociale, que reste-t-il, apr&#232;s deux ann&#233;es de r&#233;volution, des libert&#233;s sociales du d&#233;but, sous ce qu'on a voulu baptiser de &#171; Dictature dit Prol&#233;tariat &#187;, mais qui n'est, pour nous, que la caricature de la r&#233;volution prol&#233;taire et de l'Aurore d'un avenir de bien-&#234;tre et de libert&#233; pour tous.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque, en 1789, tombait la Bastille, les paysans avaient d&#233;j&#224;, dans plusieurs r&#233;gions de la France, commenc&#233; l'assaut des ch&#226;teaux f&#233;odaux ; or, d&#232;s le moment o&#249;, &#224; l'est de l'Elbe et &#224; travers l'Allemagne enti&#232;re, les paysans suivront l'exemple donn&#233;, il y a plus d'un si&#232;cle, par la France, nous consid&#233;rerons la r&#233;volution &#233;conomique comme engag&#233;e dans l'Empire allemand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On ne saurait nier qu'en Hongrie, dans les campagnes comme dans la capitale, la r&#233;volution a port&#233; un caract&#232;re &#233;conomique et social qui a, de loin, d&#233;pass&#233; le cadre de tout ce qu'on a atteint en Allemagne. Mais c'est pour cette raison m&#234;me que le mouvement a &#233;chou&#233;, et ce sont pr&#233;cis&#233;ment les causes de son insucc&#232;s qui nous int&#233;ressent ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Russie, o&#249; la r&#233;volution sociale a &#233;t&#233; aussi profonde qu'en Hongrie, les arm&#233;es bolchevistes tiennent encore t&#234;te aux troupes de la Contre-r&#233;volution. Les forces de r&#233;sistance de la R&#233;volution y sont plut&#244;t fournies par les paysans pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre &#233;nergiquement la propri&#233;t&#233; des terres jadis poss&#233;d&#233;es par leurs ma&#238;tres, que par le prol&#233;tariat des villes, ext&#233;nu&#233; par la mis&#232;re et tenu actuellement &#8212; nous ne parlons pas des premiers mois de la r&#233;volution bolcheviste &#8212; sous une tutelle &#233;conomique et politique aussi rigoureuse que celle de l'ancien r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Est-ce le Socialisme qui est r&#233;alis&#233; dans les campagnes russes ?&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
En ce qui concerne les paysans, du reste, la question est de savoir si le but pour lequel ils se battent est bien la r&#233;alisation de de que socialistes et communistes se sont toujours repr&#233;sent&#233;, lorsqu'ils pensaient &#224; une r&#233;volution agraire en Russie ! &lt;p&gt;Lorsque, avant la Guerre, les r&#233;volutionnaires russes parlaient de la R&#233;volution sociale et s'adressaient au prol&#233;tariat des campagnes, ils visaient la socialisation des terres et leur passage de le propri&#233;t&#233; particuli&#232;re en propri&#233;t&#233; communiste, sur le mod&#232;le de l'ancien Mir, maintenu dans nombreuses r&#233;gions du pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ils n'&#233;taient contredits, dans cette propagande, que par les Marxistes, en grande partie les m&#234;mes qui se pr&#233;sentent actuellement sous le nom de Bolcheviki, et dont le dogme pr&#233;voyait le passage de la petite propri&#233;t&#233; rurale actuelle en propri&#233;t&#233; capitaliste, et l'expropriation des petits paysans par l'usurier de la ville, avant qu'il y ait lieu &#8211; selon le m&#234;me dogme &#8211; de penser &#224; la socialisation des terres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les conceptions communistes de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re &#233;taient surtout repr&#233;sent&#233;es par les &#171; socialistes r&#233;volutionnaires &#187; (programme de Tchernof). Mais ceux-ci ont &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;s parce que les Bolcheviki savaient mieux qu'eux faire la surench&#232;re et se pr&#234;ter aux tendances majoritaires des masses. Et lorsque, en pleine d&#233;bandade des arm&#233;es, les &lt;i&gt;moujiks&lt;/i&gt; revenaient par dizaines de milliers du front, emportant fusils et mitrailleuses, se h&#226;tant, de peur de ne pas arriver assez t&#244;t dans leur village, le nouveau gouvernement bolchevik oubliant tous les principes socialistes, a laiss&#233; les paysans prendre les terres comme ils le voulaient. Et partout o&#249; l'ancienne institution du Mir n'&#233;tait pas profond&#233;ment enracin&#233;e dans les m&#339;urs, le &#171; partage des terres &#187; a pris ainsi la m&#234;me tournure en Russie qu'en France au d&#233;but de la Grande R&#233;volution. Cela est si vrai que quelques mois plus tard, la lutte s'engageait dans plusieurs r&#233;gions entre les &#171; paysans riches &#187; et les &#171; paysans pauvres &#187;, ces derniers &#233;tant, en grande partie, des prol&#233;taires des villes, venus trop tard pour recevoir leur part du butin. Les gouvernements bolcheviks prenaient alors le plus souvent parti contre les paysans riches. Quelle ironie de l'Histoire que de voir ces Marxistes qui avaient condamn&#233; le petit paysan &#224; la ruine, collaborer &#224; la cr&#233;ation de quelques dizaines de millions d'existences petit-paysannes !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour nous autres, communistes libertaires, il y a l&#224; une d&#233;ception am&#232;re, un v&#233;ritable &#233;chec, que nous attribuons, d'une part, &#224; l'&#233;go&#239;sme et au manque d'&#233;ducation communiste des masses du prol&#233;tariat rural de la Russie, d'autre part &#224; la volont&#233; in&#233;branlable des Bolcheviki de rester au pouvoir malgr&#233; tout, f&#251;t-il n&#233;cessaire pour cela, de sacrifier &#224; la fois leur propre th&#233;orie et les principes fondamentaux du socialisme !&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Les d&#233;sillusions dans les industries&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le domaine de l'industrie, les d&#233;sillusions n'ont pas &#233;t&#233; moins profondes. D'apr&#232;s les nouvelles qui nous sont parvenues, la &#171; prise en possession &#187; des industries par les travailleurs s'est manifest&#233;e, au d&#233;but de la r&#233;volution &#233;conomique, sous deux formes : Sous la forme la plus primitive, les ouvriers s'emparaient des entreprises sans se rendre compte de ce que c'est de diriger une industrie ; le personnel des tramways se partageait, &#224; la fin de la journ&#233;e, les recettes, sans m&#234;me penser aux r&#233;parations n&#233;cessaires, &#224; l'amortissement du mat&#233;riel, et se d&#233;fendait &#224; son tour contre les voyageurs, qui refusaient de payer. Sous l'autre forme de prise en possession de la production, les ouvriers n'exigeaient que le &#171; contr&#244;le &#187; des usines, grands ateliers, chemins de fer, etc., en obligeant souvent, par la force, le fabricant de rester &#224; son poste de directeur technique de leur &#233;tablissement. &lt;p&gt;Mais bient&#244;t la presse russe et les camarades rentrant de Russie nous rapportaient que m&#234;me cette derni&#232;re m&#233;thode ne donnait pas de r&#233;sultats satisfaisants : ou bien le contr&#244;le ouvrier n'exer&#231;ait aucune influence, le patron restant, de fait, omnipotent, ou bien c'&#233;tait le Comit&#233; ouvrier qui rempla&#231;ait le &#171; capitaliste &#187; d'autrefois, et agissait comme celui-ci. C'est alors que commen&#231;ait &#171; l'organisation &#187; des industries par le haut gouvernement bolchevik, c'est-&#224;-dire un r&#233;gime de &#171; centralisation industrielle &#187; &#224; outrance, selon les th&#233;ories marxistes sacr&#233;es, et qui transformait une industrie apr&#232;s l'autre en &#171; entreprise de l'&#201;tat &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, &#224; une compagnie de chemins de fer du sud de la Russie, le &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; exerc&#233; pat une commission mixte, fut remplac&#233; par la nomination d'un &#171; dictateur &#187;. (R&#233;cit d'un des directeurs de la Compagnie.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rapports officiels de Moscou nous ont &#233;tonn&#233;s, pendant cette p&#233;riode, par le manque effroyable de connaissances techniques et de science sociale r&#233;elle dont ils t&#233;moignaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous poss&#233;dons les &#171; dispositions prises par le &lt;i&gt;Conseil Sup&#233;rieur russe d'&#201;conomie Sociale&lt;/i&gt; &#187;, qui ont &#233;t&#233; reproduits par le &lt;i&gt;Vorwaerts&lt;/i&gt; de Berlin, num&#233;ro du 16 juillet 1918 ; nous avons aussi sous la main deux rapports de Larine, d'abord Commissaire du Peuple pour le Travail, devenu ensuite l'&#226;me du &#171; Conseil Sup&#233;rieur &#187; susnomm&#233;. Ces rapports ont &#233;t&#233; publi&#233;s par l'organe officiel du Comit&#233; ex&#233;cutif central des Soviets, &lt;i&gt;Izviestia&lt;/i&gt;, num&#233;ros des 20 mars et 17 avril 1918 (traduits en fran&#231;ais, par le &lt;i&gt;Bureau d'Information Russe&lt;/i&gt; dans les num&#233;ros 37 (19 nov. 1918) et 44 (24 d&#233;c. 1918).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle les fonctionnaires du Conseil Sup&#233;rieur d'&#201;conomie Sociale ont &#233;dict&#233; dans leurs dispositions, la nationalisation des banques en pleine guerre ; la nonchalance qui leur a fait &#171; ouvrir &#224; toutes les entreprises un cr&#233;dit dans les cadres du budget de l'&#201;tat &#187;, ou remplacer, dans la livraison des mati&#232;res premi&#232;res &#171; l'argent comptant &#187; par &#171; des op&#233;rations de virement et des lettres de change sur les banques &#187; ; la t&#233;nacit&#233; dogmatique qui les a pouss&#233;s &#224; vouloir organiser, &#224; Moscou, le monopole d'&#201;tat pour toutes les industries et pour le pays entier, avec la cr&#233;ation de &#171; Bureaux centraux de commandes &#187; ; etc., &#8212; cette l&#233;g&#232;ret&#233;, cette nonchalance et cette t&#233;nacit&#233; dogmatique d&#233;passent toute mesure et font croire &#224; une absence compl&#232;te du sens de la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir lu et relu les dispositions susdites du Conseil Sup&#233;rieur, nous sommes arriv&#233;s tout d'abord &#224; la conclusion suivante : Les individus qui ont r&#233;dig&#233; ces dispositions, avons-nous dit, n'ont pas une conception claire de ce qu'est une entreprise industrielle, ni des conditions auxquelles une telle entreprise doit r&#233;pondre &#8212; de quelque forme de soci&#233;t&#233; qu'il s'agisse &#8212; pour pouvoir produire sans perte et pour m&#233;riter d'&#234;tre conserv&#233;e. Ces individus n'ont de m&#234;me aucune id&#233;e du r&#244;le de l'argent et des conditions dans lesquelles &#171; l'argent comptant &#187; peut &#234;tre remplac&#233; par la monnaie-papier, en sorte que le paysan donne librement sa vache ou son bl&#233; pour un billet de banque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais lorsque, plus tard, nous avons lu les rapports de Larine, notre stup&#233;faction s'est chang&#233;e franchement en hostilit&#233; : &#171; La nationalisation des banques, dit-il par exemple (2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Rapport) doit &#234;tre achev&#233;e par la r&#233;union en un seul des comptes courants de &#171; chaque entreprise &#187;. M&#234;me si une telle &#171; nationalisation &#187; (lisez monopole d'&#201;tat) &#233;tait r&#233;alisable, elle ne serait autre chose que l'affreux esclavage de toute une population industrielle sous la bureaucratie &#233;tatiste ! La seule id&#233;e de voir toute entreprise industrielle dans l'immense Russie, forc&#233;e de d&#233;poser ses comptes courants dans la m&#234;me banque d'&#201;tat &#224; Moscou, cette seule id&#233;e suffit pour condamner un r&#233;gime qui se r&#233;clame de la r&#233;volution lib&#233;ratrice et de le qualifier de contre r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah, ce Marxisme &#233;tatiste et centralisateur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; l'heure qu'il est, le gouvernement des soviets, apr&#232;s les dures le&#231;ons que l'exp&#233;rience lui a inflig&#233;es, a d&#251; faire appel, dans ses services se rattachant au ravitaillement, aux transports, aux besoins les plus directs de la vie, sociale, &#224; un capitaliste de marque, r&#233;gnant v&#233;ritablement comme &#171; dictateur &#187;, qui fait distribuer des profits d'entreprise et, par contre, viole sans scrupule toute la l&#233;gislation protectrice du travail.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et les ouvriers ? Un ami de Kropotkine, r&#233;cemment arriv&#233; &#224; Paris, nous raconte qu'un extrait d'un des livres de notre v&#233;n&#233;rable ami, publi&#233; &#224; plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, a &#233;t&#233; &#233;puis&#233; en trois jours, les syndicats ouvriers ayant achet&#233; l'&#233;dition. Les ouvriers, apr&#232;s tant d'&#233;checs, d&#233;sirent plus que jamais &#171; lire, pour savoir que faire afin d'&#233;viter de nouvelles d&#233;ceptions &#187;.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Les gains de la R&#233;volution russe&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
Heureusement, il y a aussi &#224; enregistrer d'&#233;normes avantages, des tr&#233;sors inappr&#233;ciables pour les populations et pour l'humanit&#233; enti&#232;re, &#224; l'actif de la R&#233;volution russe, et il en est de m&#234;me des r&#233;volutions de l'Europe centrale. &lt;p&gt;Le plus heureux de tous, le r&#233;sultat essentiel, est que les esprits sont r&#233;veill&#233;s et que l'ancienne docilit&#233; servile des masses a fait place &#224; une heureuse vivacit&#233; et &#224; des initiatives merveilleuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'Histoire, les paysans et ouvriers russes se sentent des hommes libres, les &#233;gaux de leurs ma&#238;tres d'antan. On n'en saurait dire autant du paysan allemand ; en cela la R&#233;volution russe &#224; tout autrement r&#233;ussi que la R&#233;volution allemande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit r&#233;gnant actuellement en Russie est plein de promesses pour l'avenir ; &#224; condition qu'on ne pousse pas les masses ouvri&#232;res au d&#233;sespoir, en les faisant tomber d'erreur en erreur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Car il faut chercher les raisons principales des d&#233;sillusions et des &#233;checs auxquels la R&#233;volution russe a donn&#233; lieu, dans la compl&#232;te ignorance, le manque de culture chez les masses, et, d'autre part, dans le fait que les quelques milliers d'individus qui se sont pr&#233;sent&#233;s, en qualit&#233; de &#171; dictateurs du Prol&#233;tariat &#187; (le terme est bon dans deux sens diff&#233;rents) ont trop peu de connaissance de la vie r&#233;elle et sont trop dogmatiquement born&#233;s, pour pouvoir pr&#233;sider aux destin&#233;es de grandes populations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le manque d'hommes capables se pr&#233;sente partout comme un obstacle, m&#234;me dans les grands centres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il a &#233;t&#233;, en Allemagne comme en Hongrie et en Russie, une entrave au succ&#232;s du mouvement r&#233;volutionnaire, et ce facteur devait plus encore d&#233;tourner les ap&#244;tres de la R&#233;volution de faire la surench&#232;re et les engager &#224; chercher s&#233;rieusement jusqu'o&#249; on pourra aller, o&#249; il faut s'arr&#234;ter et comment nous pouvons nous entendre entre camarades de lutte au moment du danger.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Faut-il &#233;pargner la critique aux Bolcheviki ?&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il utile de, traiter ici, et &#224; l'heure qu'il est, les &#233;checs des r&#233;volutions en Russie et dans l'Europe centrale ? Les Bolcheviki sont, en somme, chair de notre chair. Ils ont s&#233;rieusement tent&#233; la r&#233;alisation du socialisme, et leurs erreurs sont toujours dues, en grande partie, &#224; leur dogmatique surann&#233;e, datant du p&#232;re Marx, et vieille de quelques quatre-vingts ann&#233;es. &lt;p&gt;On pourrait pr&#233;tendre qu'&#224; l'heure actuelle o&#249; les puissances r&#233;actionnaires de l'Entente essaient, &#224; l'aide de leur criminel blocus, de ma&#238;triser, par la famine, ces populations russes qu'ils n'ont pu vaincre par les armes, qu'&#224; cette heure la parole doit &#234;tre uniquement aux t&#233;moignages de solidarit&#233; et aux &#233;loges du r&#233;gime bolchevik.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eh bien, ce n'est pas l&#224; notre conception, du moins pas aussi longtemps que nous ne sommes pas appel&#233;s &#224; agir nous-m&#234;mes, et que l'unit&#233; s'impose par la n&#233;cessit&#233; de la lutte effective. Jusqu'alors, au contraire, la critique honn&#234;te et raisonnable s'impose. Nous autres, internationalistes r&#233;volutionnaires, nous nous rangeons aux c&#244;t&#233;s des Bolcheviki s'il nous faut choisir entre eux et les r&#233;actionnaires, les Koltchak-Denikine-Youd&#233;nitch, visant &#224; la restauration de l'ancien r&#233;gime.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais nous ne saurions oublier les fautes immenses commises par les Bolcheviki, car ce sont pr&#233;cis&#233;ment ces fautes qui ont &#233;t&#233; et sont encore le meilleur aliment de la r&#233;action internationale, et qui le seraient &#233;galement si demain les m&#234;mes fautes, les m&#234;mes erreurs &#233;taient commises dans l'Europe occidentale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les camarades fr&#233;quentant les multiples r&#233;unions publiques r&#233;volutionnaires qui se tiennent &#224; Paris s'inqui&#232;tent du verbiage, des bavardages dont ces r&#233;unions r&#233;sonnent, et de la l&#233;g&#232;ret&#233; avec laquelle on y parle de la prise en possession de toute la production par le Prol&#233;tariat, sans qu'on entende jamais traiter de toutes les difficult&#233;s que repr&#233;sente la direction d'une seule usine, d'un seul r&#233;seau de chemin de fer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Vivent les soviets ! &#187; &#171; Vive la Dictature du Prol&#233;tariat ! &#187; Les camarades qui poussent ces cris ne se rendent pas compte que les deux termes s'excluent, que le vote des soviets doit exclure l'id&#233;e m&#234;me de l'existence d'une dictature, et que la &#171; Dictature &#187; exerc&#233;e par quelques centaines d'individus, au nom du &lt;i&gt;Prol&#233;tariat&lt;/i&gt;, ainsi que la &lt;i&gt;Dictature militaire&lt;/i&gt;, qui remplace l'autre de plus en plus en Russie, exclut la possibilit&#233; d'ob&#233;ir &#224; la volont&#233; des soviets. Pour autant qu'on demande encore en Russie l'opinion des soviets des ouvriers, on dissout ces corps aussit&#244;t que les Bolcheviks n'y ont plus la majorit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Vive le Communisme ! &#187; Les Bolcheviki tiennent, depuis quelques mois, &#224; s'appeler communistes, d'apr&#232;s les termes du Manifeste communiste de Marx et Engels. Cependant, &#224; l'&#233;poque de Mark, les mots &#171; communiste &#187; et &#171; collectiviste &#187; avaient un sens absolument oppos&#233; &#224; leur sens actuel, les &#171; communistes &#187; &#233;tant les centralisateurs parlementaires et les &#171; collectivistes &#187; &#233;tant ce qu'on appelle actuellement des communistes libertaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voil&#224; qu'en France, quarante ans apr&#232;s cette &#171; Commune &#187; de Paris, qui &#233;tait tout except&#233; un mouvement centralisateur, on imite jusqu'&#224; la terminologie des social-d&#233;mocrates russes, sans r&#233;fl&#233;chir un instant que la vie d&#233;mocratique apr&#232;s tout un si&#232;cle serait, en France comme en Angleterre et aux &#201;tats-Unis, incompatible avec la centralisation politique et sociale dont r&#234;vent les Bolcheviki, et avec la &#171; dictature &#187; de n'importe quel groupement d'individus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Certes, il est non seulement permis, mais il est absolument n&#233;cessaire d'&#233;claircir les esprits et de faire la critique des dogmes et des erreurs du Bolchevisme &#8212; avant qu'il soit trop tard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Christian Corn&#233;lissen&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; propos de notre attitude pendant la guerre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kropotkine (Pierre)</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>

		<description>Comme on l'a vu dans le dernier article Kropotkine, d&#232;s 1913 et m&#234;me avant, avait pris nettement position sur la question de la guerre. Les lettres in&#233;dites &#224; Jacques Gu&#233;rin, durant celle-ci, montrent la parfaite continuit&#233; de vues de notre grand ami. Nous nous permettrons, en les commentant un peu, d'en publier quelques fragments : Brighton, 27 novembre 1914. &#8230;Nous vivons avec vous. Tout le reste dispara&#238;t, et depuis bon matin lorsque les journaux arrivent, C'est toujours l&#224; o&#249; l'histoire se (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;texteencadre-spip spip&quot;&gt;Comme on l'a vu dans le dernier article Kropotkine, d&#232;s 1913 et m&#234;me avant, avait pris nettement position sur la question de la guerre.
&lt;p&gt;Les lettres in&#233;dites &#224; Jacques Gu&#233;rin, durant celle-ci, montrent la parfaite continuit&#233; de vues de notre grand ami.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous nous permettrons, en les commentant un peu, d'en publier quelques fragments :&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:right;&quot;&gt;Brighton, 27 novembre 1914.&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8230;Nous vivons avec vous. Tout le reste dispara&#238;t, et depuis bon matin lorsque les journaux arrivent, C'est toujours l&#224; o&#249; l'histoire se forge pour tout un si&#232;cle &#224; venir, que sont nos pens&#233;es et. nos c&#339;urs. C'est horrible d'&#234;tre vieux et quoique jeune de sentiment de sentir sa carcasse d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'&#233;cris du matin au soir, de tous les c&#244;t&#233;s, ces derniers temps-ci c'&#233;tait l'Am&#233;rique, le Canada. Il y a des camarades qui m'en veulent pour ce que j'&#233;cris. Mais il y en a bien d'autres qui reconnaissent que je n'ai pas tort &#8212; et plus la lutte gigantesque se d&#233;veloppe, mieux on commence &#224; comprendre combien toute cette attaque contre la France et la Belgique avait &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e de longue date, combien la Serbie, l'Autriche et tout le bataclan de la Russie, n'&#233;tait que pr&#233;texte.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est vers la Champagne, vers les c&#244;tes de la mer du Nord, vers Calais, vers l'Alg&#233;rie, que les regards allemands &#233;taient dirig&#233;s depuis au moins 15 ou 20 ans. Au fond depuis 1875 on voit maintenant comment tout &#233;tait pr&#233;par&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous parlez, cher ami, des cl&#233;ricaux et de l'influence qu'ils se refont. C'est toujours ainsi lors des &#233;poques de grande calamit&#233;. Mais cela passera En tout cas, en Russie, et m&#234;me en Allemagne, ils n'ont pas une grande influence et il est certain qu'apr&#232;s la guerre, ce sera partout un renouveau de &lt;i&gt;science positive&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La civilisation bourgeoise, telle qu'elle se d&#233;veloppait pendant ces derni&#232;res vingt ann&#233;es, nous a amen&#233;s &#224; la catastrophe pr&#233;sente et forc&#233;ment elle va &#234;tre r&#233;vis&#233;e. Le &#171; chacun, pour soi &#187; et &#171; l'&#201;tat pour tous &#187; avec l'individualisme et le je m'en fichisme bourgeois, sont en faillite compl&#232;te. Quelque chose de nouveau doit forc&#233;ment venir.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et d&#232;s qu'on analysera les causes de la guerre pr&#233;sente on arrivera forc&#233;ment &#224; &#233;liminer, d'abord les causes secondaires, telles que la m&#233;chante volont&#233; ou l'absurdit&#233; de tels gouvernants, et on arrivera &#224; la cause fondamentale : &lt;i&gt;le d&#233;sir d'une partie assez nombreuse de la soci&#233;t&#233; de vivre dans l'aisance et la richesse par le travail d'autrui&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'on s'apercevait qu'on &#233;tait arriv&#233; &#224; peu pr&#232;s jusqu'&#224; la limite de l'exploitation dans son pays, on d&#233;cidait de marcher &#224; la conqu&#234;te de l'Inde, de l'&#201;gypte, de la Pologne, de l'Asie Mineure, des steppes de la Russie, de la Chine, de la Mandchourie, etc., pour s'enrichir aux d&#233;pens de ces populations.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et maintenant, on va voir que &lt;i&gt;cela co&#251;te cher&lt;/i&gt;. Les Allemands en &#233;taient arriv&#233;s &#224; faire croire &#224; leurs travailleurs que de cette fa&#231;on ils s'enrichiraient eux aussi, mais maintenant on va voir ce que cela co&#251;te de b&#226;tir sur les conqu&#234;tes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Forc&#233;ment ce sera une impulsion donn&#233;e &#224; l'id&#233;e socialiste anti-autoritaire, et avec cela, la r&#233;action ne sera pas &#224; craindre. Elle ne pourra jamais gagner la force qu'elle avait gagn&#233; apr&#232;s l'&#233;crasement de la France, avec un empire jeune comme l'Allemagne, s'imaginant qu'elle allait conqu&#233;rir le monde et amenant ses travailleurs &#224; le croire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout porte &#224; croire que la pire p&#233;riode d'arr&#234;t ou plut&#244;t de recul, est pass&#233;e, v&#233;cue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quant aux nationalistes dont vous me parlez et qui s'attaquent aux arts et aux lettres allemands, notre ami Rocker, qui est allemand, l'a si bien dit en deux mots : Il y a deux Allemagnes ; celle d'avant 1870 et celle d'apr&#232;s. Le Wagner que nous aimons, Beethoven, Goethe, Schubert, Heine, tout cela c'est l'Allemagne d'avant 1870. Wagner c'est le camarade de Bakounine, combattant &#224; ses c&#244;t&#233;s &#224; Dresde en 1849, &#233;crivant en 1850 ses superbes essais sur l'Art et l'Avenir et &#233;crivant entre 1850 et 1870 son cercle des &lt;i&gt;Nibelungen&lt;/i&gt; et son &lt;i&gt;Siegfried&lt;/i&gt; dans lequel &#8212; comme le dit moiti&#233; en plaisantant et moiti&#233; s&#233;rieusement Bernard Shaw &#8212; &lt;i&gt;il personnifia l'homme ne connaissant pas la peur, Bakounine&lt;/i&gt;. C'est pourquoi l'aime Brunehilde.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Goethe ! Mais l'autre jour on a publi&#233; un passage de lui o&#249; il disait carr&#233;ment &lt;i&gt;qu'il &#233;tait Fran&#231;ais&lt;/i&gt;. Et c'est vrai. Il devint un Staatsrat allemand, lorsqu'il n'&#233;tait plus le &lt;i&gt;grand Goethe&lt;/i&gt; qui disait apr&#232;s la bataille de Valmy : &#171; Aujourd'hui une &#232;re nouvelle de l'histoire s'est ouverte. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vous connaissez Tcherkesoff. Il est venu me voir il y a deux jours (je me fais vieux, je ne vais pas &#224; Londres cet hiver&#8230; poumons, etc.) et je l'encourageai beaucoup &#224; &#233;crire un article sur la &#171; culture &#187; allemande.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il dit vrai : &#171; Enlevez tout, mais absolument tout ce que nous a donn&#233; l'Allemagne : qu'y perdons-nous ? La loi de gravitation, Newton ; l'&#233;quivalent m&#233;canique de la chaleur, S&#233;guin ; la m&#233;canique c&#233;leste, Laplace ; la, philosophie inductive (Bacon), le calcul diff&#233;rentiel la machine &#224; vapeur, le poids de l'atmosph&#232;re, la chimie (Liebig m&#234;me disait : &#171; C'est Dumas qui m'a fait &#187;) ; la biologie, Lamark, Darwin ; la philosophie positive les Saints-Simoniens et Thierry), etc., etc., etc., &lt;i&gt;bref tout&lt;/i&gt;. Rien n'y manque.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai beaucoup travaill&#233; dans ma vie, pour suivre le progr&#232;s des sciences, et je suis du m&#234;me avis. Les Allemands font beaucoup pour produire des cours universitaires, des manuels, mais c'est trop m&#233;canique, la pens&#233;e ne se r&#233;veille pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin &#8212; prenons-les pour ce qu'ils valent. Mais pendant ces derni&#232;res trente ou quarante ann&#233;es, je les voyais en Russie, on avait n&#233;glig&#233; les Universit&#233;s fran&#231;aises et italiennes pour les Universit&#233;s allemandes ; on n'appr&#233;ciait plus les Fran&#231;ais, les savants allemands faisaient la loi &#8212; et la science n'y gagnait pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et quant au socialisme allemand dont Marx saluait en 1871, le triomphe sur le &#171; socialisme fran&#231;ais ! &#187; &#8212; c'&#233;tait &lt;sc&gt;PURE PERTE&lt;/sc&gt; &#8212; la mort du socialisme pour le triomphe de l'&#201;tat faisant la l&#233;gislation ouvri&#232;re, qui &lt;i&gt;prot&#232;ge le patronat, le capitalisme&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour affranchir le socialisme, la d&#233;faite de l'Allemagne aurait une immense signification.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Kropotkine&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Dans le prochain num&#233;ro, nous continuerons la publication des lettres de notre ami que nous consid&#233;rons comme &#233;tant d'une importance capitale.
&lt;p&gt;J.Gu&#233;rin et A. Depr&#233;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ferdinand Domela Nieuwenhuis (31 d&#233;cembre 1846 &#8211; 18 novembre 1919)</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2810</link>
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		<dc:date>2010-07-27T09:44:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corn&#233;lissen-Rupertus (Lilly)</dc:creator>


		<dc:subject>N&#233;crologie</dc:subject>

		<description>Quand j'entendis pour la premi&#232;re fois mentionner le nom de Domela Nieuwenhuis, c'&#233;tait avec moquerie et d&#233;dain. La bourgeoisie hollandaise &#233;tait profond&#233;ment offens&#233;e qu'un des leurs l'eut abandonn&#233;e pour se tourner vers le peuple. C'&#233;tait &#171; incompr&#233;hensible &#187;, qu'un homme distingu&#233; p&#251;t quitter un milieu o&#249; il &#233;tait des plus appr&#233;ci&#233;s, o&#249; il tenait une large place &#224; la table de la vie. Certes, il fallait &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233;, pour se montrer si peu &#171; pratique &#187;. Que pouvaient donc faire de mieux les bourgeois que (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot237" rel="tag"&gt;N&#233;crologie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'entendis pour la premi&#232;re fois mentionner le nom de Domela Nieuwenhuis, c'&#233;tait avec moquerie et d&#233;dain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bourgeoisie hollandaise &#233;tait profond&#233;ment offens&#233;e qu'un des leurs l'eut abandonn&#233;e pour se tourner vers le peuple. C'&#233;tait &#171; incompr&#233;hensible &#187;, qu'un homme distingu&#233; p&#251;t quitter un milieu o&#249; il &#233;tait des plus appr&#233;ci&#233;s, o&#249; il tenait une large place &#224; la table de la vie. Certes, il fallait &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233;, pour se montrer si peu &#171; pratique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que pouvaient donc faire de mieux les bourgeois que de le contrarier autant que possible dans ses desseins criminels de &#171; partager tout entre tout le monde &#187; ? Alors commen&#231;a contre lui une campagne de m&#233;disance, de pair avec la pers&#233;cution mat&#233;rielle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'&#233;tait d'ailleurs pour la jeunesse bourgeoise, une occupation aussi utile qu'amusante, que d'aller chahuter dans les r&#233;unions du &#171; pasteur d&#233;serteur &#187;, comme on appelait Domela Nieuwenhuis, et maintes fois la grange d&#233;labr&#233;e ou la salle enfum&#233;e, o&#249; cet ap&#244;tre du socialisme pr&#234;chait le nouvel &#233;vangile d'&#233;galit&#233; et d'amour, voyait des sc&#232;nes r&#233;voltantes. Mais je, me rappelle aussi que des jeunes gens, partis avec l'intention de faire des &#171; actions d'&#233;clat &#187; dans ces r&#233;unions socialistes, en revenaient honteux de leurs intentions &#224; l'&#233;gard de cet homme qui, malgr&#233; eux, les impressionnait et qui for&#231;ait l'admiration d'un jeune c&#339;ur encore capable de s'enthousiasmer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah, les r&#233;unions de ces premiers temps du socialisme ! Peut-il exister encore un tel feu de sacrifice, un tel amour des mis&#233;rables, un tel d&#233;vouement &#224; la cause, comme le montraient ces premiers pr&#233;dicateurs du socialisme dans leur lutte contre l'ignorance, le fanatisme et la m&#233;chancet&#233; qui les entouraient de tous les c&#244;t&#233;s ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui, Domela, dans ce temps-l&#224;, &#233;tait avant tout un ap&#244;tre. Comme tel, il &#233;tait ador&#233; par ses adeptes et ha&#239; par ses adversaires. Il occupait une place &#224; part. La masse, &#224; laquelle il s'&#233;tait vou&#233;, l'idol&#226;trait. Ses paroles et ses actes n'&#233;taient jamais jug&#233; comme ceux d'un autre mortel. Ce qu'il faisait &#233;tait bien, m&#234;me quand on ne le comprenait pas. Les pauvres, les simples, les malheureux qui, en Hollande, et surtout dans les provinces du Nord, vivaient encore comme des b&#234;tes, t&#233;moignaient une reconnaissance sans bornes &#224; l'homme qui leur avait montr&#233; le chemin vers une meilleure vie.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Domela Nieuwenhuis avait quitt&#233; l'&#233;glise luth&#233;rienne o&#249; il &#233;tait pasteur, en 1879.
&lt;p&gt;&#192; partir de cette date, toute sa vie appartint &#224; la cause socialiste. C'est lui, qui le premier, porta la pens&#233;e socialiste avec &#233;clat dans le monde ouvrier de Hollande. Il fut, lui aussi, le premier r&#233;dacteur d'un organe socialiste, le premier socialiste au Parlement, le premier coop&#233;rateur, et, enfin, sinon le premier, en tout cas le plus &#233;nergique anti-parlementaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pendant de longues ann&#233;es, l'existence de Domela ne fut rien que luttes. Il vivait seulement pour la propagande, et le mouvement r&#233;volutionnaire avait en lui l'agitateur par excellence. Tenir des r&#233;unions, &#233;crire des articles de propagande, ce fut sa raison d'&#234;tre pendant plus de vingt ans.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il n'a pas seulement souffert dans ses efforts quotidiens des pers&#233;cutions de ses adversaires : il connut aussi la prison sous des conditions exceptionnellement cruelles. Ce fut plut&#244;t un acte de vengeance de la classe capitaliste d&#233;sirant frapper en lui la masse du prol&#233;tariat qui commen&#231;ait &#224; se r&#233;veiller et &#224; se r&#233;volter.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais c'&#233;tait mal compter. &#192; la sortie de prison, Domela, blanchi par la souffrance, fut f&#234;t&#233; et acclam&#233; plus qu'un roi. La graine socialiste, sem&#233;e par lui, n'avait que mieux germ&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques mois plus tard, en 1888, les &#233;lecteurs des provinces du Nord &#233;lirent Domela d&#233;put&#233; au Parlement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce fut l'apog&#233;e de sa popularit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais il aper&#231;ut vite l'impossibilit&#233; d'influencer ce corps l&#233;gislatif et depuis il resta convaincu que l'affranchissement de l'ouvrier de son esclavage mat&#233;riel et moral, doit &#234;tre l'&#339;uvre de l'ouvrier lui-m&#234;me. Ainsi, il se s&#233;parait du socialisme parlementaire, ce qui lui attira de nouveaux ennemis, lesquels ne demandaient pas mieux, eux, que d'entrer dans la carri&#232;re d'un d&#233;put&#233; ouvrier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est Domela Nieuwenhuis qui, au Congr&#232;s de Bruxelles, en 1891, d&#233;fendit la r&#233;solution hollandaise, concernant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en cas de guerre, r&#233;solution que Liebknecht d&#233;signait comme de la phras&#233;ologie. L'anti-militarisme fut de m&#234;me d&#233;fendu par lui au Congr&#232;s international suivant (Zurich, 1893).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, dans le courant des ann&#233;es, les conceptions de Domela s'inclinaient de plus en plus vers la gauche. Anarchiste, il penchait bient&#244;t vers l'individualisme : &#171; L'homme le plus puissant du monde, c'est celui qui est le plus seul. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le grand solitaire, &#233;tait-il satisfait de son isolement ? Quoiqu'il en soit, d'anciens amis et camarades le plaignaient.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ainsi que, dans la derni&#232;re dizaine d'ann&#233;es, on ne voyait presque plus le nom de Domela en rapport avec les &#233;v&#233;nements du jour. N&#233;anmoins, il ne s'&#233;tait pas enti&#232;rement retir&#233; de la vie politique. C'est seulement la guerre qui lui a port&#233; un coup dont il ne put se remettre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans une interview, &#224; l'occasion de son 70&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire, Domela disait : &#171; Malgr&#233; les ann&#233;es, je me sentais encore jeune, courageux et en &#233;tat de travailler, jusqu'en 1914&#8230; Je me sentis alors envahir d'un grand vide. Le d&#233;cha&#238;nement de la guerre m'a vieilli. Jamais, je n'aurais cru que les hommes pouvaient s'abrutir &#224; ce point&#8230; N&#233;anmoins, je n'ai pas perdu mon id&#233;al ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Son &lt;i&gt;id&#233;al&lt;/i&gt;, c'&#233;tait l&#224; la grande force de cet homme. Il a v&#233;cu et il a souffert pour cet id&#233;al.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Domela Nieuwenhuis fut le premier et le plus aim&#233; des leaders du prol&#233;tariat hollandais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La jeune g&#233;n&#233;ration profita de son courage moral et de sa t&#233;nacit&#233;. Tout le peuple hollandais et pas seulement l'ouvrier, lui doit de la reconnaissance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme champion fid&#232;le et d&#233;sint&#233;ress&#233;, pour lequel tous ceux qui s'appellent socialistes, ne peuvent que ressentir de l'admiration et du respect, il vivra dans le souvenir du mouvement hollandais et international.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L. Corn&#233;lissen-Rupertus&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La production agricole</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2809</link>
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		<dc:date>2010-07-27T09:39:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierrot (Marc)</dc:creator>


		<dc:subject>Agriculture</dc:subject>

		<description>(suite) [1] Moins cultiver pour mieux cultiver, telle devrait &#234;tre la formule du paysan, surtout si l'on a en vue la culture intensive, la culture des produits de choix. Au lieu de cela, avant la guerre, le paysan s'&#233;chinait &#224; mettre tout son bien en labour ; il obtenait, faute de fa&#231;on convenable, faute d'engrais, des rendements m&#233;diocres. La guerre a modifi&#233; un peu cette conception culturale. Devant l'&#233;l&#233;vation des prix des produits laitiers et des produits de boucherie, et aussi &#224; cause du manque (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot234" rel="tag"&gt;Agriculture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(suite) [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir les num&#233;ros 4 et 5.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moins cultiver pour mieux cultiver, telle devrait &#234;tre la formule du paysan, surtout si l'on a en vue la culture intensive, la culture des produits de choix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lieu de cela, avant la guerre, le paysan s'&#233;chinait &#224; mettre tout son bien en labour ; il obtenait, faute de fa&#231;on convenable, faute d'engrais, des rendements m&#233;diocres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La guerre a modifi&#233; un peu cette conception culturale. Devant l'&#233;l&#233;vation des prix des produits laitiers et des produits de boucherie, et aussi &#224; cause du manque de main-d'&#339;uvre, beaucoup de paysans ont converti une partie de leurs champs en pr&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Qu'on ne croie pas cependant, comme le pensent ing&#233;nument les citadins, qu'un pr&#233; est simplement une terre en friche o&#249; l'herbe pousse naturellement et o&#249; le paysan n'a rien &#224; faire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute en est-il parfois ainsi. Mais ces p&#226;turages maigres sont une anomalie &#224; l'&#233;poque actuelle. Il devrait y avoir une sp&#233;cialisation pour les p&#226;turages comme pour toute autre branche de l'agriculture. Et, en principe, il ne devrait exister que des p&#226;turages gras.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Rendre au boisement les terres ingrates, transformer les autres. Des adaptations peu connues peuvent &#234;tre faites. Certaines landes granitiques pourraient &#234;tre cultiv&#233;es en ajoncs, lesquels y croissent spontan&#233;ment. Cette plante d&#233;daign&#233;e et encombrante, qui ne sert gu&#232;re, &#231;a et l&#224;, que comme cl&#244;ture, est employ&#233;s dans quelques r&#233;gions (pays de Galles, etc) comme fourrage frais d'hiver. C'est un fourrage tr&#232;s nutritif, qui exige pourtant un travail suppl&#233;mentaire, le broyage, pour enlever les &#233;pines ; il existe des machines &#224; broyer l'ajonc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un pr&#233; doit &#234;tre soign&#233; pour donner un rendement r&#233;mun&#233;rateur, c'est-&#224;-dire une herbe abondante et nutritive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En premier lieu, la question de l'irrigation. Sans eau, pas d'herbe. Il s'agit donc de donner &#224; boire au pr&#233;, &#224; certaines &#233;poques, pas trop non plus. Les Latins le savaient d&#233;j&#224;. J'ai vu dans le Limousin des canaux d'irrigation savamment entretenus ; j'en ai rarement vus en Auvergne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'irrigation a pour contre-partie le drainage des pr&#233;s humides ou mar&#233;cageux, pour faire dispara&#238;tre mousses, pr&#234;les, rumex, etc. Dans ces pr&#233;s humides, &#224; terreau acide, le chaulage ou l'apport de cendres devient n&#233;cessaire pour aider au d&#233;veloppement des esp&#232;ces herbac&#233;es utiles (gramin&#233;es et l&#233;gumineuses). Je me souviens d'avoir vu sur les bords de la Dore des monceaux de sciure, destin&#233;s &#224; s'en aller &#224; vau-l'eau, pour d&#233;barrasser la scierie, alors que les pr&#233;s avoisinants en eussent tir&#233; grand profit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Non seulement les amendements, mais les engrais sont utiles pour faire donner aux prairies leur maximum de rendement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a m&#234;me utilit&#233; &#224; faire parfois passer le scarificateur. Enfin, il y a int&#233;r&#234;t &#224; enrichir la fenaison en valeur nutritive, en apportant au sol un m&#233;lange de semences de bonnes esp&#232;ces, choisies d'apr&#232;s la nature du terrain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On voit, qu'on passe insensiblement des prairies naturelles aux prairies artificielles, disons plus simplement des prairies maigres, capables tout juste de nourrir des moutons ou de faire l'&#233;l&#232;ve des veaux, aux prairies grasses dans lesquelles on peut faire soit l'industrie laiti&#232;re, soit l'engraissement des adultes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais quelques soins que demande un bon pr&#233;, un cultivateur y consacrera moins de temps qu'&#224; une culture sarcl&#233;e. Il a donc tout avantage &#224; r&#233;duire l'&#233;tendue cultiv&#233;e de ses champs &#224; ce qu'il peut faire, et bien faire, sans trop de peine, et &#224; transformer le reste en prairies bien entretenues.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que faire d'un pr&#233; dans un petit domaine ? En r&#233;alit&#233; le pr&#233; naturel ou la prairie artificielle existe presque toujours ; mais son. &#233;tendue est limit&#233;e aux besoins du paysan, qui, je le r&#233;p&#232;te, a surtout pour ambition de se suffire &#224; lui-m&#234;me. Une extension des herbages change l'&#233;conomie de son exploitation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suppose qu'il se d&#233;cide &#224; faire une plus grande quantit&#233; de beurre, c'est l'utilisation la plus habituelle du lait ; on donne le reste aux cochons pour l'engraissement. Quant au fromage, au fromage de vente, au fromage fin, sa fabrication est moins r&#233;pandue (par ignorance souvent).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici donc le cultivateur amen&#233; &#224; faire du commerce, non un commerce occasionnel, mais un commerce courant, puisque sa production. est plus importante. Or, si la fermi&#232;re est capable de vendre au march&#233; de la ville voisine un peu de beurre aux consommateurs, elle est incapable d'en vendre une grande quantit&#233;. Pour l'&#233;coulement de ce produit, elle deviendra la proie assur&#233;e des interm&#233;diaires (des &#171; leveurs &#187;, comme on dit en Auvergne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans ce cas, il n'y a qu'un moyen de se tirer d'affaire, c'est l'association des cultivateurs en &lt;i&gt;syndicat&lt;/i&gt; de vente.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'association s'impose d'ailleurs pour d'autres raisons. Le cultivateur peut-il continuer &#224; faire son beurre lui-m&#234;me avec les anciens proc&#233;d&#233;s ? Ainsi il continuera &#224; faire du beurre de mauvaise conservation et de mauvaise qualit&#233;, et qui sera de plus en plus d&#233;pr&#233;ci&#233; sur le march&#233;, quand les conditions &#233;conomiques seront redevenues normales. La recherche de la qualit&#233; devient n&#233;cessaire, si l'on veut sortir de la routine et faire un commerce r&#233;mun&#233;rateur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsqu'ils furent ruin&#233;s par le phyllox&#233;ra, les vignerons du nord de la Charente-Inf&#233;rieure qui faisaient du cognac de deuxi&#232;me ou troisi&#232;me zone, au lieu de reconstituer les vignobles &#224; grands frais avec des plants am&#233;ricains, &#233;tablirent tout d'abord des prairies artificielles sur l'emplacement de leurs vignes. Un essai de coop&#233;rative beurri&#232;re fut fait ; et peu &#224; peu cette industrie s'&#233;tendit dans la Charente-Inf&#233;rieure, la Vend&#233;e, les Deux-S&#232;vres et les d&#233;partements avoisinants ; on y comptait, en 1917, 129 coop&#233;ratives beurri&#232;res associ&#233;es en f&#233;d&#233;ration Ainsi une calamit&#233; force souvent les gens &#224; sortir de la routine et &#224; faire un effort pour tenter une nouvelle adaptation. Toute transformation, tout progr&#232;s sont des risques ; les gens ais&#233;s ne risquent pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Charente, ce n'est plus la paysanne qui fait le beurre. Le lait est transport&#233; &#224; la Coop&#233;rative. L&#224; existe une installation moderne dans un local propre et bien agenc&#233;. La force &#233;lectrique est fournie par une machine &#224; vapeur ; rien ne se fait &#224; la main. Le lait une fois centrifug&#233;, la cr&#232;me est pasteuris&#233;e &#224; 70&#176;C, elle subit ensuite l'acidification avec des ferments s&#233;lectionn&#233;s, puis elle est baratt&#233;e et malax&#233;e. Le beurre ainsi produit est d'un go&#251;t excellent et d'une conservation prolong&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; visiter une beurrerie ainsi install&#233;e, un cultivateur se rendrait compte, de ses propres yeux, des conditions n&#233;cessaires &#224; une bonne fabrication ; il comprendrait le peu d'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; faire du beurre en petite quantit&#233; et l'inconv&#233;nient de se servir de proc&#233;d&#233;s primitifs [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour alimenter convenablement une fabrique de beurre, il faut un minimum (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Mais qui s'en doute dans la plupart des campagnes ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que faites-vous du petit lait ? demandai-je au directeur de la coop&#233;rative, lors de ma visite en 917. Tout d'abord, on donnait ce petit lait aux cochons pour les engraisser. Puis des soci&#233;t&#233;s allemandes s'&#233;tablirent autour des coop&#233;ratives et firent l'extraction industrielle de la cas&#233;ine. Celle-ci, coagul&#233;e par pr&#233;sure, est s&#233;ch&#233;e (l'industrie de la s&#233;cherie s'&#233;tait fort d&#233;velopp&#233;e en Allemagne pour toute sorte de produits alimentaires), puis moulue. Elle est vendue, soit pour &#234;tre incorpor&#233;e dans des sp&#233;cialit&#233;s alimentaires, dites de r&#233;gime (sur le prospectus desquelles on ne lit pas le nom de cas&#233;ine), soit pour servir &#224; la fabrication de colle sp&#233;ciale, de papier couch&#233;, ou encore de simili-ivoire (galalithe), comme manches de parapluies, de porte-plume, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La cas&#233;ine enlev&#233;e du petit lait, reste le s&#233;rum. De celui-ci on. pourrait encore extraire le lactose (sucre de lait). On l'utilise simplement &#224; la nourriture des cochons. Notez que les cultivateurs de l'endroit n'ont pas voulu se charger de cet engraissement ; ils ont eu peur des &#233;pid&#233;mies, et ce risque n'est pas n&#233;gligeable avec la routine des paysans sur l'hygi&#232;ne des porcs et leur logement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On vend donc le s&#233;rum &#224; des &#233;leveurs plus audacieux qui engraissent une centaine de cochons dans une porcherie, &#233;tablie sur un plan tr&#232;s simple, o&#249; r&#232;gne la propret&#233; et o&#249; les animaux sont isol&#233;s &#224; deux ou trois dans des boxes. Il n'y a jamais eu d'&#233;pid&#233;mie ; et le profit de ces &#233;leveurs pendant la guerre a &#233;t&#233; &#233;norme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les coop&#233;ratives fabriquent leur glace et poss&#232;dent des wagons sp&#233;ciaux pour le transport du beurre aux centres de consommation. Elles sont f&#233;d&#233;r&#233;es pour l'organisation de la vente ; aucune partie du b&#233;n&#233;fice n'est pr&#233;lev&#233;e par des interm&#233;diaires, celui-ci est r&#233;parti an prorata du lait apport&#233; et de sa richesse en beurre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui se fait pour la fabrication du beurre dans l'Ouest, se fait depuis tr&#232;s longtemps en Franche-Comt&#233; pour la fabrication du fromage. Dans presque toutes les communes existe une coop&#233;rative ; les paysans portent leur lait &#224; la &#171; fruiti&#232;re &#187; o&#249; un fromager appoint&#233; fabrique le gruy&#232;re. M&#234;me organisation en Savoie. Toutefois, j'ignore si les coop&#233;rateurs ont r&#233;ussi &#224; organiser un service de vente. Lorsque je visitai la Franche-Comt&#233;, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, ce service n'existait pas ; et les paysans producteurs &#233;taient la dupe des marchands interm&#233;diaires qui venaient sur place rafler la production.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec une organisation coop&#233;rative, les cultivateurs obtiennent un meilleur produit. En Auvergne et dans le Velay, pays d'industrie laiti&#232;re, il n'existe actuellement aucune coop&#233;rative ; le beurre n'est pas de la meilleure qualit&#233;, et des fromages, comme le Saint-Nectaire, qui pourraient &#234;tre excellents, sont assez souvent g&#226;t&#233;s par des fermentations secondaires. Chacun produit individuellement, et suivant la vieille routine, sans aucun soin de propret&#233;, sans le guide du thermom&#232;tre, sans aucune id&#233;e de ce que peut &#234;tre une bonne fabrication. Et la plus grande partie du b&#233;n&#233;fice passe dans la poche du &#171; leveur &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La coop&#233;rative permet aux cultivateurs d'avoir moins de travail. Ils se d&#233;chargent sur elle de la fabrication du beurre ou du fromage. Ainsi, ils ont avantage, comme je disais plus haut, &#224; donner plus de place dans leur domaine aux prairies ou aux p&#226;turages. Ils peuvent alors, sans trop de peine, se livrer sur une &#233;tendue plus r&#233;duite &#224; la culture intensive ou &#224; celle des produits de choix, c'est-&#224;-dire mieux cultiver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M. Pierrot
&lt;br /&gt;(&#224; suivre.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Voir les num&#233;ros 4 et 5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Pour alimenter convenablement une fabrique de beurre, il faut un minimum quotidien de 1.000 litres de lait en hiver et 2.000 litres en &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le mensonge du &#171; protectionnisme &#187;</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2808</link>
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		<dc:date>2010-07-27T09:37:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Grave (Jean)</dc:creator>


		<dc:subject>Economie</dc:subject>

		<description>( suite) [1] L'exemple du bl&#233; que je donne, s'il est frappant, parce que, en France, le pain est la base de l'alimentation des pauvres et des travailleurs, ne donne pas les pires effets du &#171; protectionnisme &#187;, ses effets s'&#233;teignant avec la consommation du pain ou des p&#226;tes qu'il sert &#224; fabriquer. Mais lorsque la &#171; protection &#187; est impos&#233;e &#224; des mati&#232;res premi&#232;res entrant, par exemple, dans la fabrication des machines, l'augmentation ne s'arr&#234;te pas &#224; la machine fabriqu&#233;e ; de celle-ci elle passe aux (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;Economie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;( suite) [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir le num&#233;ro 5.' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'exemple du bl&#233; que je donne, s'il est frappant, parce que, en France, le pain est la base de l'alimentation des pauvres et des travailleurs, ne donne pas les pires effets du &#171; protectionnisme &#187;, ses effets s'&#233;teignant avec la consommation du pain ou des p&#226;tes qu'il sert &#224; fabriquer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais lorsque la &#171; protection &#187; est impos&#233;e &#224; des mati&#232;res premi&#232;res entrant, par exemple, dans la fabrication des machines, l'augmentation ne s'arr&#234;te pas &#224; la machine fabriqu&#233;e ; de celle-ci elle passe aux objets qu'elle-m&#234;me fabriquera. Comme le p&#233;ch&#233; originel, elle se transmettra d'un objet &#224; l'autre ; &#224; des objets qui, n'&#233;tant pas impos&#233;s eux-m&#234;mes, n'en subiront pas moins la tache originelle, mettant leurs producteurs en mauvaise situation vis-a-vis de leurs concurrents &#233;trangers. Ce qui d&#233;montre que les uns ne sont &#171; prot&#233;g&#233;s &#187; qu'au d&#233;triment des autres. Ou bien, ce qui est pis encore, qu'il faut &#233;tendre la &#171; protection &#187; sur tout ce que l'on produit, sur tout ce que l'on fabrique, ce qui ferait monter le co&#251;t de la vie &#224; un taux impossible.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Dans- son livre, &lt;i&gt;Le Bilan du Protectionnisme en France&lt;/i&gt; [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Un volume, 2 francs chez Alcan, 108, Boulevard Saint-Germain.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;], M. Schelle, &#224; c&#244;t&#233; de nombreux exemples, cite un calcul de M. Millerand, alors qu'il &#233;tait Ministre du Commerce, constatant que les droits de douane sur les produits m&#233;tallurgiques avaient une r&#233;percussion n&#233;faste sur une quantit&#233; de produits qui, &#224; leur tour, r&#233;percutaient leur chert&#233; sur les objets qu'ils aidaient &#224; fabriquer. Je raccourcis la liste. Quelques exemples suffiront :
&lt;p&gt;Les droits sur les produits m&#233;tallurgiques augmentent de 33 % le prix des wagons &#224; voyageurs ; de 9 % le prix des voitures de tramways ; de 6 % le prix des machines hydrauliques ; de 33 % le prix des machines dynamo-&#233;lectrique ; de 4 % le prix des machines &#224; imprimer ; de 5 % le prix des constructions navales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour les constructions navales, il semble que les choses auraient beaucoup empir&#233; depuis les calculs de M. Millerand, si nous en croyons des chiffres que M. G. T&#233;ry donne dans l'&lt;i&gt;&#338;uvre&lt;/i&gt;, du 31 janvier 1919. Il nous parle de boulons qui, tout fabriqu&#233;s, co&#251;teraient, en France, 2 francs le kilo, et 0 fr. 85 en Belgique. Ces boulons entrant dans la fabrication des navires en un nombre tel qu'ils augmenteraient le prix du navire bien au-del&#224; des 4 % de M. Millerand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ceci n'est qu'une diversion, revenons &#224; nos chiffres :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il va de soi que, si les Compagnies de Tramways et de Chemins de fer, paient leur mat&#233;riel plus cher, elles feront payer plus cher aux voyageurs pour les transporter, eux ou leurs marchandises.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Admettons que, pour quelques-unes de ces machines, l'augmentation soit minime ; mais lorsque cette augmentation se transmet &#224; d'autres objets qui, &#224; leur tour, la transmettront &#224; d'autres, on conviendra que cela finit par devenir on&#233;reux.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Dans cet ordre d'id&#233;es, M. Y. Guyot donne l'exemple des chemins de fer russes.
&lt;p&gt;Par suite des droits douaniers sur les produits m&#233;tallurgiques, le kilom&#232;tre de voie ferr&#233;e co&#251;te, en Russie, 20 % plus cher qu'il ne devrait normalement co&#251;ter !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, comme elle avait 200.000 kilom. &#224; construire, &#224; 100.000 francs le kilom., cela lui a co&#251;t&#233; 20 milliards au lieu de 16. C'est-&#224;-dire quatre milliards de plus, dont l'int&#233;r&#234;t devra &#234;tre pay&#233; pendant des ann&#233;es et des ann&#233;es &#224; ceux qui avanc&#232;rent l'argent, portant, ainsi, le co&#251;t de la construction au double du prix normal si les actions ne sont remboursables qu'au bout de 80 ans ; &#224; condition que le taux de l'int&#233;r&#234;t ne soit que de 5 % ; beaucoup d'emprunts russes, si je ne me trompe, ayant &#233;t&#233; &#233;mis &#224; 6 %.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui fait que, du fait d'avoir pay&#233; un quart de plus la construction de leurs lignes, les Compagnies de chemin de fer seront entra&#238;n&#233;es &#224; taxer les transports, le double de leur valeur pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec les voyageurs, le mauvais effet, pour la plupart, finit avec leur voyage. Pour les marchandises il n'en est pas de m&#234;me. L'augmentation vient s'incorporer &#224; leur co&#251;t, et &#224; celui des objets qu'elles contribueront &#224; produire, si, au lieu d'&#234;tre consommables, elles entrent dans la fabrication de l'outillage.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est que, &#224; c&#244;t&#233; des effets &#171; directs &#187; de la &#171; protection &#187;, il y a ce que l'on pourrait appeler les effets &#171; indirects &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu, par exemple, que la fabrication des machines &#224; imprimer co&#251;tait 4 % plus cher par suite de la &#171; protection &#187; des produits m&#233;tallurgiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Or, si nous nous en tenons &#224; l'industrie du livre, nous voyons que d&#233;j&#224; grev&#233; par suite du co&#251;t des machines, l'effet est encore grev&#233; dans le papier, les p&#226;tes de bois entrant dans sa fabrication payant, en France, tin droit de 50 %. (&lt;i&gt;avant la guerre&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais ce n'est pas tout. Le &lt;i&gt;Bulletin de la Ligue du Libre-&#201;change&lt;/i&gt; (num&#233;ro de mars 1917), auquel j'emprunte le renseignement, explique que la percaline employ&#233;s dans la reliure est frapp&#233;e d'un droit &#171; protecteur &#187; &#224; son entr&#233;e en France, et que ce droit ne profite qu'&#224; la seule usine qui existe en France fabriquant ce genre de percaline ; et que cette usine ne produit pas 10 % de la quantit&#233; consomm&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, l'industrie du livre a trois causes de rench&#233;rissement, rien que du fait du &#171; protectionnisme &#187;, l'imp&#244;t sur les machines, l'imp&#244;t sur la p&#226;te de bois, l'imp&#244;t sur la percaline. Et, peut-&#234;tre, &#231;a ne serait pas tout, si nous pouvions consulter la liste des produits &#171; prot&#233;g&#233;s &#187;. N'y a-t-il pas, par exemple, la colle de p&#226;te, avec le droit sur les bl&#233;s !&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Autres faits :
&lt;p&gt;En 1892, la France s'avisa, apr&#232;s un r&#233;gime de presque libert&#233; commerciale avec la Suisse, de vouloir imposer tr&#232;s durement les produits que celle-ci lui envoyait.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La Suisse, pour ne pas &#234;tre en reste de politesse, riposta par des tarifs plus hauts. Effet &#224; pr&#233;voir : les importations de France en Suisse qui, en 1890, d&#233;passaient 200 millions de francs, tomb&#232;rent 171 ; les exportations de Suisse en France qui tournaient autour de 124 millions, tomb&#232;rent &#224; 71 millions [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Bilan du Protectionnisme en France.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis, les deux pays semblent &#234;tre revenus &#224; une meilleure compr&#233;hension de ce que doivent &#234;tre les relations commerciales, l'entente et non la guerre, et semblent s'&#234;tre fait des concessions mutuelles : les choses semblent s'&#234;tre am&#233;lior&#233;es ; mais l'augmentation des &#233;changes qui s'en est suivie n'a pas, jusqu'ici, r&#233;ussi &#224; atteindre les chiffres de 1880.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Quant au rel&#232;vement des salaires que, soi-disant, le &#171; Protectionnisme &#187; aiderait &#224; maintenir, C'est &#233;galement un mensonge.
&lt;p&gt;En Angleterre, pays de libre-&#233;change, les salaires sont plus hauts, et on y travaille moins d'heures par semaine qu'en France, pays &#171; prot&#233;g&#233; &#187;. Le co&#251;t de la vie y est moins cher.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En Am&#233;rique, pays de protectionnisme, les salaires, il est vrai sont encore plus hauts qu'en Angleterre ; mais la vie y est beaucoup plus ch&#232;re, en ce qui concerne les produits manufactur&#233;s, surtout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et encore, d'apr&#232;s le &lt;i&gt;Bulletin de la Ligue du Libre-&#201;change&lt;/i&gt; (num&#233;ro de d&#233;cembre 1918), y aurait-il des r&#233;serves &#224; faire. Il cite le Pr&#233;sident Wilson. qui, dans une publication am&#233;ricaine &lt;i&gt;New Freedom&lt;/i&gt; (La Libert&#233; Nouvelle) aurait &#233;crit :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#171; Savez-vous que 90 % des travailleurs de ce pays (l'Am&#233;rique) ne sont pas employ&#233;s dans les industries prot&#233;g&#233;es et que leurs salaires sont plus &#233;lev&#233;s que ne le sont ceux donn&#233;s par les industries prot&#233;g&#233;es ? Il n'y a pas un &lt;i&gt;corner&lt;/i&gt; pour les charpentiers, pour les poseurs de briques, pour les vingtaines de cat&#233;gories d'individus, ouvriers de m&#233;tier. Mais il y a un &lt;i&gt;corner&lt;/i&gt; pour les ouvriers m&#233;tallurgistes et pour les mineurs ; ils sont pris dans l'&#233;tau de la puissance qui commande la marche des salaires aux &#201;tats-Unis. Le seul travail hautement pay&#233; en Am&#233;rique est le travail libre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si le &#171; Protectionnisme &#187; n'y produit pas tous ses mauvais effets, cela tient &#224; l'&#233;tendue de son territoire qui, pour les produits de l'agriculture surtout, lui fournit, et au-del&#224;, pour sa consommation.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
Il est un autre c&#244;t&#233; du syst&#232;me douanier qui, en plus d'&#234;tre d&#233;sagr&#233;able, entra&#238;ne perte de temps pour le public, exige un nombreux personnel qui semble &#234;tre pay&#233;, tout simplement pour emb&#234;ter le public.
&lt;p&gt;Tous ceux qui ont eu &#224; exp&#233;dier par la douane, et surtout, &#224; aller y chercher des marchandises venant de l'&#233;tranger, peuvent se rendre compte du tas de paperasses &#224; remplir, du nombre de corridors &#224; courir pour aller de bureau en bureau, sans compter les rebuffes et l'insolence de certains fonctionnaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; ce point de vue, les octrois ne sont pas moins aga&#231;ants. Que de fois, il faut se tenir &#224; quatre pour ne pas foutre son poing sur la gueule du goujat qui semble se plaire &#224; vous &#233;nerver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je n'ai pas trouv&#233; les chiffres du nombre de commis qui, dans les bureaux de la douane, perdent leur temps &#224; faire perdre celui du public ; ni de l'arm&#233;e de douaniers qui encombrent c&#244;tes et fronti&#232;res, mais cela doit monter &#224; un chiffre respectable. Rien que les octrois emploient un personnel de 25 &#224; 30.000 hommes [&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='La Vie Ch&#232;re, brochure, 0 fr. 40, &#224; la Ligue des Droits de l'Homme, rue de (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;], et d'apr&#232;s &lt;i&gt;L'&#338;uvre&lt;/i&gt;, co&#251;te 18 millions de frais pour percevoir 70 millions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J. Grave&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P.-S. &#8212; La Ligue vient de publier une lettre &#224; ses membres : La politique &#233;conomique depuis l'armistice et les &#233;lections, qui est excellente, et contient des faits et chiffres que, non seulement les &#233;lecteurs, mais tous feront bien de m&#233;diter. S'adresser &#224;:Mme Lesport, 44, rue de Rennes, pour la recevoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] Voir le num&#233;ro 5.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] Un volume, 2 francs chez Alcan, 108, Boulevard Saint-Germain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Le Bilan du Protectionnisme en France&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[&lt;a href='http://www.la-presse-anarchiste.net/#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;La Vie Ch&#232;re&lt;/i&gt;, brochure, 0 fr. 40, &#224; la Ligue des Droits de l'Homme, rue de l'Universit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Vieux-Colombiers</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2807</link>
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		<dc:date>2010-07-27T09:34:24Z</dc:date>
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		<dc:subject>Art. th&#233;&#226;tre</dc:subject>

		<description>Le Th&#233;&#226;tre du Vieux-Colombier s'organise pour la saison prochaine. C'est une des manifestations les plus intelligentes de la pens&#233;e moderne qui se continue. Jacques Copeau renoue la grande tradition comique. Avec des moyens. simplifi&#233;s, il s'agit de lib&#233;rer l'art dramatique de l'industrie. Nous croyons que tous ceux de nos camarades qui le peuvent se doivent d'y aider. Nous suivrons ici, avec la plus ardente sympathie, cet effort d'affranchissement qui, dans un domaine diff&#233;rent, s'exerce pourtant (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot15" rel="tag"&gt;Art. th&#233;&#226;tre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Th&#233;&#226;tre du Vieux-Colombier s'organise pour la saison prochaine. C'est une des manifestations les plus intelligentes de la pens&#233;e moderne qui se continue. Jacques Copeau renoue la grande tradition comique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Avec des moyens. simplifi&#233;s, il s'agit de lib&#233;rer l'art dramatique de l'industrie. Nous croyons que tous ceux de nos camarades qui le peuvent se doivent d'y aider.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous suivrons ici, avec la plus ardente sympathie, cet effort d'affranchissement qui, dans un domaine diff&#233;rent, s'exerce pourtant parall&#232;lement aux n&#244;tres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A. B.&lt;/p&gt; &lt;div class=&quot;spip&quot; style=&quot;text-align:center;&quot;&gt;&lt;b&gt;* * * * *&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;
&lt;br /&gt;
N.-B. &#8212; Pour recevoir les int&#233;ressantes communications concernant l'organisation du Vieux-Colombier, il suffit d'envoyer son nom et son adresse &#224; l'Administration : 21, rue du Vieux-Colombier, Paris (6e).&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nocturne</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2806</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2806</guid>
		<dc:date>2010-07-27T09:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques (Henri)</dc:creator>


		<dc:subject>Litt&#233;rature. Po&#233;sie</dc:subject>

		<description>Nuit froide et molle, sans vert&#232;bres. Serrant son carcan noir au cou, Me voici, je ne sais plus o&#249;, Emprisonn&#233; dans les t&#233;n&#232;bres. Les corridors du fond du puits M'entourent de cloisons opaques, Je t&#226;tonne le sol, par plaque, Mes mains sont des yeux dans la nuit. Comme une b&#234;te aux dents d'un pi&#232;ge, Se r&#233;vulse ma volont&#233; De n'&#234;tre dans l'obscurit&#233; Qu'un peu plus d'ombre qui s'agr&#232;ge. Je me sens coul&#233; dans le bloc D'une onde insaisissable et dure, Qui, par d'invisibles fissures, Glisse en moi, sans (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot1" rel="tag"&gt;Litt&#233;rature. Po&#233;sie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;Nuit froide et molle, sans vert&#232;bres. &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Serrant son carcan noir au cou,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Me voici, je ne sais plus o&#249;,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Emprisonn&#233; dans les t&#233;n&#232;bres.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les corridors du fond du puits&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;M'entourent de cloisons opaques, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je t&#226;tonne le sol, par plaque,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Mes mains sont des yeux dans la nuit.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Comme une b&#234;te aux dents d'un pi&#232;ge, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Se r&#233;vulse ma volont&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;De n'&#234;tre dans l'obscurit&#233;&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qu'un peu plus d'ombre qui s'agr&#232;ge.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Je me sens coul&#233; dans le bloc &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;D'une onde insaisissable et dure, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui, par d'invisibles fissures,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Glisse en moi, sans bruit et sans choc.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;La conscience ramass&#233;e,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Pour s'abolir d'&#234;tre aux abois, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Flotte comme un morceau de bois &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;S&#251;r l'eau pesante, sans pens&#233;e.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle &#233;coute un silence noir,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Fait de mille ombres chuchotantes : &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Les fluides humains en attente&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Qui se cherchent par les couloirs.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un peu plus elle d'&#234;tre nue, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Elle ose scruter son destin, &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et par del&#224; les mots d&#233;teints &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Sent des v&#233;rit&#233;s inconnues.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt; &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et j'entends, du profond en-bas &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Se d&#233;gorger sa voix fun&#232;bre : &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Que fais-tu dans cette t&#233;n&#232;bre ? &lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Et mon c&#339;ur dit : je ne sais pas.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt; &lt;p&gt;Henry-Jacques
&lt;br /&gt;(&lt;i&gt;La symphonie h&#233;ro&#239;que&lt;/i&gt;, Scherzo).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fin d'une mission</title>
		<link>http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?article2805</link>
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		<dc:date>2010-07-27T09:30:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierrot (Marc)</dc:creator>


		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre. Premi&#232;re guerre mondiale</dc:subject>

		<description>(suite) Le d&#233;part de Prizrend Jeudi 18 novembre. &#8212; Il fait froid, mais beau. Avec deux camarades et notre interpr&#232;te, je sors de bonne heure pour acheter mulets ou chevaux de montagne. Il faut, en effet, se d&#233;brouiller co&#251;te que co&#251;te. Les membres de la mission se sont associ&#233;s par petits groupes. J'ai li&#233; mon sort &#224; celui de deux confr&#232;res, dont l'un a fait route avec moi depuis Jagodina. Les Albanais ont tout cach&#233;, de peur de la r&#233;quisition, mais ils vendent tr&#232;s bien aux particuliers et tr&#232;s (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot176" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot208" rel="tag"&gt;Guerre. Premi&#232;re guerre mondiale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(suite)&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;Le d&#233;part de Prizrend&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Jeudi 18 novembre&lt;/i&gt;. &#8212; Il fait froid, mais beau. Avec deux camarades et notre interpr&#232;te, je sors de bonne heure pour acheter mulets ou chevaux de montagne. Il faut, en effet, se d&#233;brouiller co&#251;te que co&#251;te. Les membres de la mission se sont associ&#233;s par petits groupes. J'ai li&#233; mon sort &#224; celui de deux confr&#232;res, dont l'un a fait route avec moi depuis Jagodina. &lt;p&gt;Les Albanais ont tout cach&#233;, de peur de la r&#233;quisition, mais ils vendent tr&#232;s bien aux particuliers et tr&#232;s cher. Au bazar (un bazar de bois, circulaire, avec arcades), situ&#233; sur la rive droite, on nous apprend que nous trouverons ce qu'il nous faut dans le faubourg.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous passons &#224; c&#244;t&#233; d'une mosqu&#233;e peinte en bleu, et de quelques vieilles maisons dont les portes sont orn&#233;es de sculptures sur bois. En montant vers le plateau, nous apercevons un magnifique paysage de neige ; les cimes sont ensoleill&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Longue discussion avec des paysans albanais. Finalement, on nous vend pour 200 francs en or, un bidet blanc qui, en temps normal, aurait co&#251;t&#233; 50 &#224; 60 francs. Je remarque que dans le faubourg, les maisons ne sont pas blanchies ; les murs sont de terre rouge&#226;tre. Comme le bois manque par ici, on voit des bouses de vache, coll&#233;es au mur pour s&#233;cher et servir de combustible.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au retour, nous apprenons que le d&#233;part est remis. Le bruit court que nous passerons par le Mont&#233;n&#233;gro en m&#234;me temps que la mission anglaise. Mika&#239;lovitch organise le convoi et dispose de 30.000 fr. pour assurer le ravitaillement. Je suis devenu fataliste. J'attendrai la confirmation de cette nouvelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous retournons &#224; l'h&#244;tel Servia pour le d&#233;jeun&#233; qu'on n'apporte qu'&#224; 2 heures de l'apr&#232;s-midi. Cette fois, arriv&#233; les premiers, je me suis empar&#233; d'une assiette, et j'ai attendu trois heures ma pitance avec l'assiette sous le bras.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le bruit de ce matin &#233;tait erron&#233;. Nous ne sommes pas partis, il est vrai, parce qu'il &#233;tait impossible de finir nos pr&#233;paratifs &#224; temps, et puis, parce qu'il est trop tard pour se mettre en route &#224; midi : l'&#233;tape est longue. Mais l'ordre subsiste. Le chef de la mission nous confirme que l'attach&#233; militaire s'oppose au passage par le Mont&#233;n&#233;gro et nous enjoint formellement d'aller &#224; Salonique par Dibra.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous sortons pour faire encore quelques achats indispensables ; il faut avoir de l'avoine pour le cheval (il n'y a rien dans la montagne), et tenter d'acheter du saucisson de brebis (nous sommes en pays musulman). Je parcours le quartier de la rive droite ; les artisans sont group&#233;s par m&#233;tier : au bord de l'eau, les forgerons, avec une installation primitive ; dans une rue perpendiculaire, les marchands de fer ouvrag&#233; ; plus loin, les marchands de peaux, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En revenant, je rencontre un ami serbe qui m'affirme que la route de Dibra est coup&#233;e et m'adjure de ne pas la prendre. En tout cas, je pars demain matin ; on verra en route. Nous h&#226;tons nos pr&#233;paratifs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Des prisonniers autrichiens, mis&#233;rables et affam&#233;s, errent dans la ville, lamentablement. Un de nos camarades a l'id&#233;e d'en prendre un comme ordonnance. Bient&#244;t, d'autres se pr&#233;sentent au couvent. Notre petit groupe en choisit un ; c'est un Tch&#232;que, cordonnier de son m&#233;tier ; nous lui donnons un peu d'argent et du linge, car il n'a plus de chemise et est d&#233;pourvu de tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soir, au d&#238;ner, si j'ose ainsi appeler le repas en commun &#224; l'h&#244;tel Servia, nous recevons l'ordre du suspendre notre d&#233;part. L'&#233;tat-major serbe a fini par avouer que la route du sud est coup&#233;e ; et l'attach&#233; militaire nous dirige sur Scutari ; au lieu de prendre la route la plus courte vers l'ouest en suivant le Drin, &#224; travers l'Albanie, nous passerons par le Mont&#233;n&#233;gro : Diakova, Ipek, V&#233;lika, Andr&#233;vitza, Podgoritza. Cet itin&#233;raire, qui passe par la haute montagne, d&#233;crit les trois quarts d'un cercle dont la route d'Albanie (que suivra l'attach&#233;), forme la corde. Notre d&#233;part est recul&#233; au surlendemain samedi, et nous partirons tons ensemble, soit 48 m&#233;decins et 25 infirmi&#232;res environ.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;I1 fait beau ce soir-l&#224;. Les lumi&#232;res marquent de points brillants l&#224; cit&#233; en amphith&#233;&#226;tre. Les rues sont encombr&#233;es d'une foule grouillante. Les nouvelles sont de plus en plus mauvaises. L'arm&#233;e serbe est presque encercl&#233;e ; elle n'a plus pour refuge d&#233;sol&#233; que les montagnes de l'Albanie ; et elle est sans ressources, sans munitions, qui, pis est, sans nourriture ; elle est r&#233;duite &#224; la famine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vendredi 19 novembre&lt;/i&gt;. &#8212; C'est le d&#233;gel ; on patauge dans la boue.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arriv&#233;e des 17 camarades qui avaient quitt&#233; Mitrovitza. avec des chars &#224; b&#339;ufs. Nous ne les attendions plus. Ils ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par la temp&#234;te de neige et ont beaucoup souffert du froid. Ils racontent quelques sc&#232;nes d'horreur auxquelles ils ont assist&#233; : la d&#233;bandade des soldats serbes &#224; la recherche d'un g&#238;te et de nourriture, et p&#233;n&#233;trant de force chez les Arnautes, l'hostilit&#233; de ces dentiers allant jusqu'&#224; l'assassinat, la rencontre de sept cadavres de soldats serbes, victimes du froid, etc.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous faisons les derniers pr&#233;paratifs, ce qui consiste &#224; jeter les derniers bagages et &#224; nous d&#233;pouiller du peu de linge qui nous reste. Je conserve un n&#233;cessaire de toilette avec savon, brosse &#224; dents, trousse de couture, une chemise de rechange, deux paires de chaussettes, une paire de pantoufles, des notes (mes clich&#233;s photographiques sont rest&#233;s dans. mes cantines). Malheureusement, j'emporte aussi des poux. La benzine a peut-&#234;tre tu&#233; les adultes, mais probablement ils avaient d&#233;j&#224; pondu. J'imbibe encore une fois mon linge avec le reste du flacon, mais cette fois, avec plus de pr&#233;caution, pour ne pas &#234;tre mis &#224; vif.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai, en outre, un bidon, une timbale plate, mon manteau et un manteau serbe achet&#233; &#224; la foire d'empoigne. Je donne ma vareuse de rechange &#224; une infirmi&#232;re, et mon linge au prisonnier. Nous avons en commun des cordes, une lanterne, des bougies, un sac d'avoine, une demi-toile de tente, une vingtaine de biscuits et quelques boules de pain. Je crois que c'est tout.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notre groupe sera de cinq personnes : mes deux camarades, l'interpr&#232;te et le prisonnier. Nous n'avons pas de femmes avec nous. Nous esp&#233;rons aller vite. Les Allemands sont signal&#233;s &#224; Mitrovitza, au Nord-Est, et nous devons, &#224; cause du d&#233;tour inutile qui nous a men&#233;s &#224; Prizrend, remonter jusqu'&#224; Ipek, au Nord-Ouest, pour trouver un chemin qui p&#233;n&#232;tre dans le chaos du Mont&#233;n&#233;gro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Samedi 20 novembre&lt;/i&gt;. &#8212; Nous sommes debout &#224; 4 h. du matin. Il fait nuit noire. Pour comble de malchance, il pleut. Et ce n'est pas tout : il faut charger le bidet. O vous qui avez lu les r&#233;cits d'explorateurs, vous n'avez attach&#233; qu'une attention distraite &#224; la ligne qui revient chaque jour : &#171; On b&#226;te les animaux et on part. &#187; C'est un art de b&#226;ter les b&#234;tes de charge, et nous en ignorons le premier principe ; l'animal n'a pas fait deux pas que la charge s'&#233;croule. Au milieu des jurons, et dans l'obscurit&#233;, sous la pluie, il faut recommencer la besogne. Heureusement, un vieux factionnaire quitte son fusil pour nous aider. Il nous montre l'art de disposer les cordes autour des colis ; ceux-ci doivent &#234;tre &#233;quilibr&#233;s parfaitement des deux c&#244;t&#233;s et ne pas &#234;tre attach&#233;s trop haut. Tout va bien ; on descend avec pr&#233;caution la ruelle glissante qui conduit vers la grande mosqu&#233;e. H&#233;las ! nouveau d&#233;sastre : la sous-ventri&#232;re s'est rompue ; et il faut reb&#226;ter le cheval avec des moyens de fortune.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous trouvons des camarades au carrefour de la grande mosqu&#233;e. Avec eux nous passons sur la rive droite pour remonter &#224; travers le faubourg jusqu'aux baraquements des chol&#233;riques o&#249; a lieu le rassemblement. Le jour se l&#232;ve au moment o&#249; nous y arrivons. Les missions m&#233;dicales fran&#231;aise, anglaise et russe, sans compter un certain nombre de Serbes, y sont r&#233;unies. Mais le d&#233;part tarde ; on perd deux heures, sous pr&#233;texte que nous devons partir tous ensemble. Or, nous. n'avons pas les m&#234;mes moyens de transport. Comme il y a encore une route relativement bonne jusqu'&#224; Diakova, deux camions automobiles emm&#232;neront les femmes et les moins valides ; les camarades, venus avec leurs chars &#224; b&#339;ufs, continuent avec le m&#234;me mode de locomotion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je regarde encore une fois le paysage. Le fonds est form&#233; par les montagnes albanaises. Les maisons de Prizrend sont accroch&#233;es jusqu'&#224; mi-hauteur ; la vieille citadelle turque avec son minaret, s'&#233;rige au-dessus, tout en haut. Un rideau de peupliers, tout pr&#232;s de nous, sur le plateau, produit une bizarre impression visuelle ; des corbeaux se sont perch&#233;s en grand nombre sur les branches sup&#233;rieures qui, sous le poids, se sont courb&#233;es et donnent l'illusion de palmiers fun&#232;bres.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;De prizrend &#224; Diakova&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
Nous partons enfin vers 8 heures, laissant notre interpr&#232;te, qui s'est mis dans la t&#234;te d'acheter un second cheval. Les autos filent en avant ; et nous remarquons qu'elles transportent, en m&#234;me temps que les femmes et les plus &#226;g&#233;s d'entre nous, quelques-uns de nos camarades qui sont parmi les plus jeunes et les plus ingambes. &lt;p&gt;La route parcourt un plateau d&#233;nud&#233; qui, plus loin, se rel&#232;ve en mamelons couverts de gen&#233;vriers et de buissons de ch&#234;nes. Nous rejoignons la vall&#233;e du Drin ; mais faut passer les affluents &#224; gu&#233; ; nous pataugeons dans l'eau jusqu'au mollet.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vers midi, notre petite troupe s'arr&#234;te pour d&#233;jeuner : du biscuit, un peu de mauvais saucisson de brebis que nous m&#233;nageons, et l'eau du ruisseau. Je suis assez fatigu&#233; ; je porte mon manteau, un gros manteau de cavalerie alourdi par la pluie, et le sac qui contient mon bagage. J'avise un bidet sans charge, et je me d&#233;barrasse sur lui du manteau et du sac. Il &#233;tait temps ; je n'aurais jamais pu faire l'&#233;tape.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le hasard de l'allure a group&#233; une douzaine de bidets de charge, leurs propri&#233;taires et quelques interpr&#232;tes ou prisonniers. Mais la fatigue emp&#234;che tout entrain ; nous marchons, moroses, sans aucun go&#251;t pour &#233;changer des paroles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai voulu m&#233;nager mon unique paire de bottines, et j'ai mis des snow-boots pour les pr&#233;server de l'humidit&#233;. Mais ces caoutchoucs sont trop petits, et je n'avais pas pr&#233;vu les gu&#233;s et le bain de pieds. Je me d&#233;cide &#224; retirer ces snow-boots qui sont devenus une torture, et ne pouvant me r&#233;signer &#224; les abandonner, je les lave avant de les placer dans mon sac. L'eau est glac&#233;e et j'attrape une ongl&#233;e douloureuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est la succession de ces petites mis&#232;res qui forme pour moi tout le souvenir de cette &#233;tape. Cependant, je retrouve dans ma m&#233;moire l'image de deux longs ponts albanais en dos d'&#226;ne ou, plus exactement, en forme d'accent circonflexe. Quelques-unes des arches in&#233;gales sont en ruine ; on a r&#233;par&#233; les ponts, tant bien que mal, avec des planches.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus grand de ces ponts est jet&#233; sur le Drin, et forme la fronti&#232;re entre la Serbie actuelle (sandjak de Novi-Bazar) et le Mont&#233;n&#233;gro. L'endroit est tout &#224; fait sauvage et pittoresque ; c&#244;t&#233; (&#224; gauche), c'est une large vall&#233;e ; de l'autre (&#224; droite), c'est une gorge resserr&#233;e avec des falaises taill&#233;es &#224; pic. Les montagnes couvertes de neige que nous apercevons &#224; l'Ouest forment un magnifique panorama.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La nuit tombe. La plupart de mes camarades sont ext&#233;nu&#233;s. Chose bizarre, ma fatigue a disparu, ou, du moins, je ne la sens plus. Enfin, on aper&#231;oit des lumi&#232;res au-devant de nous ; c'est Diakova ou Diakovitza, ville albanaise du sandjak qui, depuis 1893, appartient au Mont&#233;n&#233;gro.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous nous arr&#234;tons machinalement &#224; une boutique encore &#233;clair&#233;e. Quelques camarades nous y ont pr&#233;c&#233;d&#233;s ; on y vend des pommes et du vin. Je remplis mon bidon et je secoue mes camarades, dont l'un s'est affal&#233; sur le sol. On nous a dit qu'il y a un campement pr&#233;par&#233; pour nous quelque part.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s quelques t&#226;tonnements et quelques erreurs, nous finissons par trouver une &#226;me charitable qui nous conduit dans l'obscurit&#233; jusqu'en dehors de la ville, &#224; un grand b&#226;timent qui n'est autre qu'une ancienne caserne turque. Les camarades, arriv&#233;s en auto, sont d&#233;j&#224; install&#233;s dans la grande salle du rez-de-chauss&#233;e, o&#249; nous coucherons tous, hommes et femmes, au petit bonheur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais les premiers arriv&#233;s, dont les jeunes gens que nous avons remarqu&#233;s au d&#233;part, ont accapar&#233; les lits, faits avec des planches et du foin. Nous, qui avons fait l'&#233;tape &#224; pied, devons nous r&#233;signer &#224; coucher sur les dalles, &#233;tendus sur les manteaux humides. Pourtant, l'un de mes camarades, celui qui est malade de fatigue, a trouv&#233; un lit, gr&#226;ce &#224; la piti&#233; des femmes. Mon autre compagnon et moi &#233;chouons entre deux lits, dont la haute couche de foin, bien tass&#233;e, forme, une &#233;paisseur d'au moins soixante centim&#232;tres. Ce sont deux confr&#232;res, multigalonn&#233;s, deux vieux grigous, les plus ladres et les plus &#233;go&#239;stes de toute la mission, qui se sont octroy&#233; cette couche moelleuse. Nous sommes trop las pour protester. Mais cette in&#233;galit&#233; provoque l'indignation de deux infirmi&#232;res qui, de leur propre autorit&#233;, nous font une liti&#232;re de fortune avec quelques brass&#233;es enlev&#233;es aux lits des deux avares.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous nous &#233;tendons, apr&#232;s une distribution de pain et de viande en rago&#251;t. Pour ma part, j'ai bu presque tout le vin achet&#233; &#224; la boutique. La nuit se passe assez bien, malgr&#233; le vacarme des derniers arrivants, ceux de la caravane &#224; b&#339;ufs.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;De Diakova &#224; Detchani&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Dimanche 21 novembre&lt;/i&gt;. &#8212; L'interpr&#232;te est arriv&#233; la veille au soir avec un autre cheval, un petit bidet brun, qu'il n'a pay&#233; que cent francs, gr&#226;ce &#224; des marchandages infinis et la mise en &#339;uvre de toute sa rouerie orientale. Ce renfort all&#233;gerai la premi&#232;re b&#234;te, et nous permettra de nous d&#233;barrasser de nos manteaux pour une marche plus rapide. &lt;p&gt;Nous sommes debout &#224; 6 heures. Mais les pr&#233;paratifs tra&#238;nent un peu. Nous d&#233;couvrons dans le pays des boulangers qui vendent un pain dor&#233;, &#224; mie noire, qui ressemble &#224; de la brioche. Nous nous en r&#233;galons ; et nous entrons dans un caf&#233; pour boire chacun deux petites tasses de caf&#233; turc, sans oublier le prisonnier.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, nous partons &#224; 8 heures &#189;. Nous suivons de nouveau le plateau, qui est bord&#233; &#224; l'ouest par les montagnes mont&#233;n&#233;grines. Le chemin est coup&#233; de. fondri&#232;res invraisemblables. Bient&#244;t m&#234;me, nous rencontrons une rivi&#232;re, sur laquelle une &#233;quipe d'Albanais est en train d'&#233;tablir un pont de fortune ; mais le pont n'est pas fait. Nous passons &#224; la queue leuleu sur une poutre, jet&#233;e en travers, tandis que les b&#234;tes franchissent le guet. Au passage, le petit bidet brun fait un faux pas, et voil&#224; tout le bagage &#224; l'eau. Cris, jurons ; on rep&#234;che le mat&#233;riel, on reb&#226;te l'animal et on repart.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Vers midi, nous rattrapons quatre de nos camarades qui sont partis avant nous. Ils viennent de d&#233;jeuner au bord. d'un ruisseau, dans un joli site bois&#233; de taillis. Nous prenons leur place ; et nous poussons le feu pour faire r&#244;tir trois poulets, achet&#233;s en chemin par l'interpr&#232;te. Pendant ce temps, nous faisons au ruisseau un brin de toilette.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous d&#233;vorons un des poulets et nous reprenons la route. Le chemin est de plus en plus mauvais &#224; cause des fondri&#232;res ; on passe sur des pistes &#224; travers les pr&#233;s. De temps en temps, on trouve des maisons, dont quelques-unes suffisent &#224; former un village. Ce sont des constructions de pierre &#224; un &#233;tage et fortement barricad&#233;es. Les portes de la cour sont hautes et pleines, et faites, soit de planches renforc&#233;es de barres de fer, soit de grands panneaux d'osier. La maison ne prend jour que par des lucarnes qui paraissent faire office de meurtri&#232;res. Le premier &#233;tage sert de logement, et re&#231;oit m&#234;me les latrines ; la chute de vidange est prot&#233;g&#233;e. pur des planches ou une large goutti&#232;re d'osier appliqu&#233;e contre le mur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les arbres sont ici des ch&#234;nes, dont plusieurs portent du gui, comme je l'avais constat&#233; assez souvent en Serbie, et des ch&#226;taigniers. On vend, en effet, dans les localit&#233;s, depuis Mitrovitza, de petites ch&#226;taignes grill&#233;es ou cuites &#224; l'eau. On rencontre aussi des cerisiers, dont quelques-uns, tr&#232;s vieux, sont &#233;normes. Malheureusement, comme en Serbie d'ailleurs, les p&#226;tres ont l'habitude d'&#233;tablir leurs feux au pied ou dans le creux des arbres, qui en cr&#232;vent naturellement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous traversons encore deux gu&#233;s, et nous arrivons un peu apr&#232;s 4 heures aux premi&#232;res maisons de Detchani. C'est un petit bourg, je veux dire le village le plus important que nous ayons rencontr&#233; depuis Diakova. Nous d&#233;cidons de ne pas aller plus loin et d'y passer la nuit. Il s'agit de trouver l'hospitalit&#233; quelque part ; mais notre interpr&#232;te a rencontr&#233; un paysan avec un cochon, et s'est mis, par manie commerciale, &#224; marchander l'animal. Nous nous impatientons, car les pourparlers, comme toujours en Orient, n'en finissent plus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin l'achat est conclu, et nous voici devant un fonctionnaire mont&#233;n&#233;grin, &#224; casquette plate, que le gouvernement de Cettign&#233; a impos&#233; comme chef de village &#224; ce bourg albanais. &#192; proprement parler, il fait les fonctions de chef d'&#233;tapes. Apr&#232;s de longs palabres, il d&#233;cide une famille musulmane &#224; nous donner l'hospitalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ces Albanais musulmans sont des paysans cossus. Nous p&#233;n&#233;trons avec eux, trois fr&#232;res bien d&#233;coupl&#233;s, dans l'enceinte d'o&#249; s'&#233;l&#232;ve leur maison de pierre &#224; deux &#233;tages. Mais notre interpr&#232;te manque de tout g&#226;ter en voulant y entrer avec son cochon. Haro sur l'animal impur ! Nous chassons cochon et interpr&#232;te. Ce dernier ira faire cuire son compagnon chez un indig&#232;ne orthodoxe.&lt;/p&gt; &lt;h2&gt;De Detchani &#224; Ipek&lt;/h2&gt;
&lt;br /&gt;
Nos h&#244;tes nous conduisent au deuxi&#232;me &#233;tage et nous font entrer dans une grande pi&#232;ce, o&#249; des paquets de feuilles de tabac s&#232;chent au plafond. Un parquet, sur&#233;lev&#233; de quelques centim&#232;tres, occupe les deux c&#244;t&#233;s de la salle, laissant un passage qui conduit &#224; la chemin&#233;e. Sur ce parquet, il y a des nattes et des coussins nous comprenons que c'est l&#224; o&#249; nous passerons la nuit. &lt;p&gt;On nous fait signe de quitter nos chaussures et de les laisser &#224; l'entr&#233;e. Nous nous asseyons, tout r&#233;jouis de d&#233;tendre nos membres fatigu&#233;s, pendant qu'un des musulmans se h&#226;te d'aviver le feu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous entreprenons d'y faire cuire &#224; la ficelle les poulets qui nous restent, mais nos h&#244;tes se chargent de faire eux-m&#234;mes le r&#244;tissage &#224; la cuisine. Ils reviennent avec une table ronde, haute de vingt centim&#232;tres environ, une jatte de lait, des oignons crus, du mouton r&#244;ti avec des boulettes de riz, les poulets, du fromage blanc et une jarre d'eau fra&#238;che. Mais d'abord chacun doit faire ses ablutions &#224; l'eau d'une aigui&#232;re, puis nous nous accroupissons &#224; la turque autour de la table basse &#8212; position singuli&#232;rement incommode et fatigante pour des Occidentaux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s le repas, nous assistons aux pri&#232;res de nos h&#244;tes, qui nous laissent ensuite coucher seuls dans la pi&#232;ce.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain matin, lundi (22 novembre), nous partons vers 8 h. &#189;, apr&#232;s congratulations mutuelles. Nous faisons d'abord un crochet pour aller chercher le cochon qui, la veille, avait failli g&#226;ter l'accueil de nos h&#244;tes musulmans. Il est r&#244;ti et m&#234;me un peu carbonis&#233; d'un c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous reprenons la route ou plut&#244;t la piste qui va vers le Nord, &#224; Ipek. Elle suit le bord occidental de la plaine qui forme ce qu'on appelait autrefois. le sandjak de Novi Bazar, et longe le pied des Montagnes Noires qui constituent, &#224; notre gauche, le massif du Mont&#233;n&#233;gro. Aussi est-elle coup&#233;e &#224; chaque instant par des ruisseaux et des torrents qu'il faut franchir &#224; gu&#233;. On cherche en ce moment, sinon &#224; am&#233;liorer la route, du moins &#224; jeter des ponts de bois sur les rivi&#232;res un peu fortes. Je me souviens dans cette &#233;tape, d'une rivi&#232;re assez grande que nos chevaux eurent du mal &#224; traverser, tandis que nous passions un par un sur les poutres d'un pont en construction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La campagne para&#238;t assez riche ; elle est cultiv&#233;e ; on voit les vestiges des champs de ma&#239;s et de nombreux vergers d'arbres fruitiers. Les villages sont moins rares et moins pauvres. J'ai quelquefois l'impression de traverser un petit village fran&#231;ais ; mais le minaret remplace le clocher, et le cimeti&#232;re est toujours un terrain vague sans cl&#244;ture, o&#249; quelques pierres blanches et quelques renflements &#233;pars indiquent les tombes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous traversons le lit immense d'un torrent presque &#224; sec en ce moment. C'est un oued, un d&#233;sert de cailloux et de blocs roul&#233;s, qui ai bien un kilom&#232;tre de large.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et le chemin continue ensuite sur une piste tr&#232;s large, assez mar&#233;cageuse. Nous faisons halte vers 11 heures, sur le bord d'un pr&#233; humide, pour prendre h&#226;tivement un repas froid, alourdi par du pain de ma&#239;s, et nous repartons. Bient&#244;t apparaissent devant nous plusieurs minarets ; un bourg para&#238;t peu &#224; peu sortir du repli de terrain o&#249; il est cach&#233; ; c'est une ville, c'est Ipek ; nous ne le croyions pas si pr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le chemin prend l'apparence d'une route nationale mal entretenue. Nous croisons des soldats mont&#233;n&#233;grins, portant des vestes d'artilleurs fran&#231;ais et la calotte plate nationale, des femmes sans voile avec le costume occidental, c'est-&#224;-dire avec des jupes, mais portant, elles aussi, sur le chignon, la calotte mont&#233;n&#233;grine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous retrouvons des camarades arriv&#233;s avant nous. Ils nous apprennent que la mission campe &#224; la caserne et que les repas ont lien &#224; la Croix-Rouge. Cette proposition ne nous s&#233;duit pas. Nous voudrions nous reposer tranquillement, et nous avons besoin de confort. Quoique l'&#233;tape ait &#233;t&#233; courte, puisqu'il est &#224; peine 1 heure de l'apr&#232;s-midi, je me sens fatigu&#233; ; il a fait du soleil toute la journ&#233;e, et j'&#233;prouve un accablement comme apr&#232;s une marche d'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au lieu de nous arr&#234;ter &#224; la caserne pour y coucher sur la dure dans une salle commune, o&#249; plusieurs de nos camarades ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; vol&#233;s, nous descendons vers le Drin, torrent aux flots verts, nous passons le pont et nous remontons vers les hauts quartiers o&#249; se trouve le si&#232;ge de la municipalit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;M. Pierrot
&lt;br /&gt;(&#224; suivre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; travers le monde</title>
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		<dc:subject>Allemagne</dc:subject>
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		<description>Journaux allemands : Il serait important, &#224; l'heure actuelle, que nous entretenions un contact actif avec les anarchistes d'outre-Rhin. Voici quelques indications pour ceux de nos amis qui lisent l'allemand. Nous recevons Der Freie Arbeiter et Der Syndikalist. Nous parlerons ult&#233;rieurement de celui-ci. Der Freie Arbeiter (Le Travailleur Libre, 12 marks par an, Berlin 0.17. B&#246;dikerstrasse 30), para&#238;t depuis longtemps ; il en est &#224; sa 12e ann&#233;e. Mensuel au d&#233;but de 1919, il donne maintenant 2 num&#233;ros (...)

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?rubrique325" rel="directory"&gt; Les Temps Nouveaux n&#176;6 (15 d&#233;cembre 1919)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot33" rel="tag"&gt;Allemagne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="http://www.la-presse-anarchiste.net/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;Mouvement anarchiste&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Journaux allemands : Il serait important, &#224; l'heure actuelle, que nous entretenions un contact actif avec les anarchistes d'outre-Rhin. Voici quelques indications pour ceux de nos amis qui lisent l'allemand.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous recevons &lt;i&gt;Der Freie Arbeiter&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Der Syndikalist&lt;/i&gt;. Nous parlerons ult&#233;rieurement de celui-ci. &lt;i&gt;Der Freie Arbeiter&lt;/i&gt; (Le Travailleur Libre, 12 marks par an, Berlin 0.17. B&#246;dikerstrasse 30), para&#238;t depuis longtemps ; il en est &#224; sa 12&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e. Mensuel au d&#233;but de 1919, il donne maintenant 2 num&#233;ros de 4 pages par mois. Au-dessous du titre, deux mains brisent un fusil ; puis le motto : &lt;i&gt;Savoir et Vouloir&lt;/i&gt; ; enfin l'indication, organe de la F&#233;d&#233;ration des anarchistes d'Allemagne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous croyons. bon. de donner ici un r&#233;sum&#233; de la d&#233;claration de principe parue dans le n&#176; 13.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'organisation. actuelle de la Soci&#233;t&#233; repose sur la propri&#233;t&#233; individuelle et sur l'&#201;tat. Le but du propri&#233;taire terrien n'est pas de satisfaire aux besoins de ses semblables, mais de gagner de l'argent. Le commerce repose sur le m&#234;me principe. Et chaque progr&#232;s technique avantage le capital. Sur le terrain international, la concurrence des capitalistes est la cause permanente de conflits. La protection de la propri&#233;t&#233; et la division des populations en &#171; classes &#187; expliquent l'existence de l'&#201;tat. La forme de l'&#201;tat, R&#233;publique ou Despotisme, n'a aucune importance. La centralisation &#224; outrance est l'&#339;uvre de l'&#201;tat et de l'&#201;glise. Toute initiative est contraire au principe de l'&#201;tat, aussi s'oppose-t-il &#224; tout progr&#232;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et textuellement : &#171; Les communistes-anarchistes sont adversaires de tout monopole ; ils d&#233;sirent la mise en commun du sol, des instruments de travail, des mati&#232;res premi&#232;res et de toutes les richesses sociales, et la r&#233;organisation de toute la soci&#233;t&#233;, sur la base du Communisme libre. Partant du fait qu'en fin de compte le socialisme est une question de culture et ne peut venir que d'en bas par l'activit&#233; cr&#233;atrice du peuple, les communistes-anarchistes rejettent tout &#233;tatisme ; elle ne pourrait amener que la pire forme d'exploitation, le capitalisme d'&#201;tat, et jamais le socialisme &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce ne sont pas les d&#233;crets et les ordonnances qui am&#232;neront &#224; une organisation, mais l'initiative des individus et des groupes travaillant dans l'int&#233;r&#234;t de l'ensemble. Le but du communisme-anarchisme n'est pas la division du travail, mais la synth&#232;se des productions agricoles, industrielles et intellectuelles. Ils repoussent la centralisation et lui opposent le syst&#232;me f&#233;d&#233;ratif. Ils ne veulent pas conqu&#233;rir le pouvoir central, mais le d&#233;truire. Ils sont ennemis du Parlementarisme et des &#233;glises. Ils veulent un syst&#232;me d'&#233;ducation qui s'appuie sur la nature, et tendent &#224; d&#233;velopper le sentiment de la responsabilit&#233;. Ils proclament l'&#233;galit&#233; des sexes. Ils s'&#233;l&#232;vent contre les fronti&#232;res et en faveur de la libert&#233; des peuples. &#171; Ils rejettent radicalement toute tendance vers une soi-disant unit&#233; nationale derri&#232;re laquelle ne se cache que la domination des classes dirigeantes &#187;. Ils se tiennent sur le terrain de l'action directe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette d&#233;claration n'est point celle que je concerte, mais elle a sur celle-ci : elle existe et peut servir de base &#224; une discussion. Ce qui me frappe, c'est ce qu'elle tait plut&#244;t que ce qu'elle dit. Elle est sans aucun rapport avec les donn&#233;es particuli&#232;res du temps pr&#233;sent. Elle ignore totalement les &#233;volutions actuelles. Pas la moindre allusion &#224; la secousse formidable que vient de subir l'humanit&#233;, ni aux espoirs que suscite sa terminaison, ni &#224; la r&#233;volte russe. Elle peut aussi bien avoir &#233;t&#233; &#233;crite il y a nombre d'ann&#233;es, ce qui excepterait l'absence totale du mot &#171; militarisme &#187;, de ce document.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, je trouve un autre d&#233;faut &#224; cette d&#233;claration ; c'est qu'elle soit uniquement une d&#233;claration de principes, de principes sous forme de logique touchante. Or, le probl&#232;me qui se pose aux hommes, aux r&#233;volutionnaires, ne se r&#233;soudra pas &#8212; m&#234;me provisoirement &#8212; par la Raison pure. Il ne faut pas oublier les sentiments, les affinit&#233;s, les passion, en un mot, la nature m&#234;me de l'homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;P.R.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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