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Les temps nouveaux n°7 (15-21 juin 1895)
Mouvement social
France
Article mis en ligne le 11 novembre 2007

par Girard (André)
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PARIS.
Cette semaine a été féconde en incidents
instructifs, aussi n’aurons-nous que peu de lignes à consacrer
à chacun d’eux.

C’est d’abord le congrès
des mineurs. On s’y est occupé d’un projet de M. Lewy, relatif
à la question de la surproduction et tendant à faire
relever le prix du charbon par une réglementation nouvelle
diminuant le nombre des heures de travail. Suivant ce projet, il
s’agirait d’établir, entre mineurs, une entente
internationale, en vue de réduire, à titre d’essai, le
travail à quatre journées de huit heures par semaine,
lesquelles seraient d’ailleurs payées comme cinq. De cette
façon, dit-on, on évitera la formation des stocks, si
contraire à l’intérêt des ouvriers aussi bien que
des patrons.

Ce projet, dont
l’exécution serait l’application d’un des saints axiomes de
l’économie politique, n’est cependant qu’un trompe-l’œil.

D’abord, pour que
l’entente se fit aussi facilement qu’on semble le croire entre
patrons et ouvriers mineurs, il faudrait que la formation de ces
stocks de marchandises fût effectivement préjudiciable
aux patrons. Ce qui est loin d’être démontré. Le
patron peut, en effet, lorsqu’il lui plaît, ralentir à
son gré la production, soit en renvoyant des ouvriers, soit en
diminuant le nombre des heures de travail, ou, encore, compenser
l’abaissement du prix du charbon par celui de la main-d’œuvre. D’un
autre côté, cette réserve de marchandises lui
permet, en cas de grève, de satisfaire aux demandes de sa
clientèle, et, de venir à bout, dans une certaine
mesure, de la résistance de ses ouvriers. Le patron a cent
moyens de pallier les inconvénients de la surproduction ;
l’ouvrier n’en a qu’un la grève, c’est-à-dire une
aggravation de misère.

Il ne paraît donc
pas si évident que les patrons se rallient bénévolement
au système proposé. Leur adhésion, toutefois,
est secondaire, car, devant la volonté bien arrêtée
de leurs ouvriers, ils ne pourraient que céder.

Mais encore faudrait-il
que les mineurs fussent assurés, par l’application de ce
projet, d’une amélioration de leur condition. Est-ce bien à
eux, en effet, que profitera l’élévation du prix du
charbon ? Le patron, qui paie à ses ouvriers un salaire
fixe de tant par heure, augmentera-t-il ce salaire en proportion de
cette élévation ? Rien n’est moins prouvé.
Je sais bien que le projet de M. Lewy ajoute comme condition la
participation aux bénéfices. Mais ce palliatif, ainsi
que nous l’avons maintes fois démontré autrefois, est
encore un leurre. Il incite, en effet, l’ouvrier à augmenter
les bénéfices de son patron par une production plus
active et tend finalement à produire l’encombrement des
produits, ce que, précisément, on voulait éviter.

Quoi qu’il en soit,
quelle preuve éclatante cette question de la surproduction ne
fournit-elle pas de l’absurdité de l’organisation sociale
actuelle, dans laquelle la surabondance de richesses est un mal, une
cause de famine pour ceux qui les produisent, et pousse ceux-ci à
affamer la masse des consommateurs pour se garer eux-mêmes de
la misère ? Tandis que, dans une société
communiste, l’abondance des biens aurait pour effet une augmentation
du bien-être pour tous.

O

Le ministre du Commerce
a, paraît-il, convié les artistes du théâtre
de l’Œuvre — QUI ONT
ACCEPTÉ ! — deux représentations de gala
auxquelles assisteront le « corps diplomatique »
et « la haute aristocratie financière ».
Cette nouvelle nous attriste. Il est pénible, en effet, de
penser que les si fidèles interprètes de l’indompté
Ibsen vont parader devant les incompréhensives badernes et les
forbans de la Bourse et de la politique, et faire précieusement
ondoyer en des pâmoisons de commande toute la charnure étalée
des pécores du grand monde.

Non ! il est des
lieux où l’Art ne se commet pas !

O

Un sergent du 154e
de ligne s’est tué d’un coup de fusil dans sa chambrée.
Les journaux ajoutent qu’on ignore la cause de ce suicide. La cause ?
Sans doute, un trop grand amour pour le « noble métier
des armes ».

O

L’Intransigeant a
publié des révélations très intéressantes
sur les tortures infligées aux « joyeux »
et aux « zéphyrs » en Afrique. La place
nous manque pour en parler, mais nous y reviendrons dans notre
prochain numéro.

André Girard


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