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La Vie Ouvrière n°4 (20 novembre 1909)
Une esquisse du mouvement syndical au Japon
Article mis en ligne le 22 octobre 2007

par Takahashi (T.)
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 [1]

 À
l’inverse de ce qui arriva au Parti socialiste qui eut à subir
une terrible persécution de la part du gouvernement dès
sa fondation en 1900, le mouvement syndical fut reconnu au Japon par
les autorités, dès 1886, à cause de ses
tendances « paix sociale ».

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Les syndicats jaunes

 Sentant venir la lutte
entre le Capital et le Travail, lutte que produit inévitablement
le développement industriel, un politicien du nom de Yajiro
Shinagava, populaire à cause de ses opinions radicales, fit
campagne pour qu’on établisse une organisation nationale du
travail ayant pour but de s’interposer dans les conflits entre le
Capital et le Travail. Cette campagne fut bientôt suivie
d’effet : un syndicat des typographes de Tokio fut fondé
sur les bases actuelles de la Fédération civique
américaine [2],
avec Shinagava lui-même à la tête du comité.
J. Sakuna, propriétaire d’une des plus grosses maisons
d’imprimerie, et S. Katayama, le leader socialiste, faisaient partie
de ce comité.

 À
la suite de ce syndicat, beaucoup d’autres se constituèrent.
Le mouvement prit même une telle extension que dans plusieurs
régions, des règlements municipaux établirent
l’obligation de se syndiquer pour certaines catégories de
travailleurs.

 Il y eut quelque
agitation pendant les années suivantes ; néanmoins,
la grande majorité des ouvriers étaient tenus dans
l’ignorance et la soumission à l’égard des institutions
capitalistes dont le but est d’aveugler le peuple. Les syndicats
officiels étaient la pire de ces institutions.

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La première grève révolutionnaire

 Mais le socialisme
arriva bientôt au Japon et apporta l’espoir au cœur de ces
travailleurs qui, un demi-siècle auparavant, sous le régime
des Shognats, étaient relégués dans la quatrième
classe, la dernière de celles dont se composait la société
japonaise.

 Ceux-ci devinrent
bientôt agressifs et constituèrent une solide
organisation de classe contre l’oppression des riches et des nobles.

 En 1905, deux grandes
associations se créèrent sur le terrain économique,
inspirées toutes deux par le « Manifeste
communiste », complètement libres de toute attache
avec les puissances capitalistes, et sans rapports aucuns avec les
syndicats officiels.

 C’était le
« Miners’ Shisei-Kai », fondé dans le
district charbonnier de Yubari, et l’« Association
fraternelle des mineurs du Japon », constitué à
la mine de cuivre et aux usines de Shio, où les conditions les
plus lamentables étaient faites aux ouvriers. Plusieurs
villages voisins avaient été ruinés par les
émanations délétères qui résultaient
de la mauvaise installation des usines. On avait discuté
chaudement à la Chambre, à cette époque, la
question de savoir si l’on fermerait ou non cette mine.

 Ces deux organisations
ne furent pas seulement les premiers syndicats révolutionnaires ;
elles eurent encore une importance énorme dans l’histoire du
mouvement ouvrier japonais et leur rôle est capital pour tout
le mouvement ouvrier de l’Extrême-Orient dans l’avenir.

 Sur ces entrefaites, le
second Congrès national du Parti socialiste se réunissait
à Tokio, et ce parti, dont l’existence avait été
reconnue par le gouvernement, avait débuté dans la
propagande par un grand journal quotidien et plusieurs journaux
locaux. L’enthousiasme régnait chez tout le monde. Le Congrès
discuta sur cette proposition : « Fallait-il prendre
part à l’action politique ? Ou ne fallait-il s’attacher
seulement qu’à l’action économique ? »

 Au cours des années
précédentes, les socialistes avaient présenté
trois candidats : à Tokio, à Chiba et à
Mybashi. Les résultats furent maigres, sauf à Chiba, où
le candidat socialiste ramassa un nombre de voix relativement
important.

 Au contraire, la
croissance du mouvement syndical révolutionnaire était
merveilleuse. Les syndicalistes révolutionnaires organisés
en de nombreux endroits, devenaient de plus en plus le centre de tout
mouvement, conduisant de multiples grèves et boycottages. Si
vigoureux étaient leurs efforts que les travailleurs
obtenaient partout de grands avantages.

 Tout le mouvement
économique était en train de se régénérer.
Aussi, très naturellement, le Congrès inclina-t-il à
abandonner l’action politique et à concentrer ses efforts sur
l’action économique.

 Les mineurs d’Ashio,
chez lesquels « l’Association fraternelle des mineurs »
était établie solidement, déclarèrent la
grève au mois de février 1907, après avoir
constaté l’échec de leurs tentatives pacifiques pour
obtenir de meilleures conditions de vie. Les patrons avaient non
seulement rejeté leurs demandes, mais ils avaient encore
rapidement appelé l’armée, dans le but de créer
des conflits qui discréditeraient les grévistes et leur
feraient perdre la sympathie du public.

 L’indignation eut raison
de la patience ; les grévistes résolurent de
défendre leurs droits et leur liberté ; tous les
mineurs se soulevèrent. Ils s’emparèrent d’un dépôt
de dynamite et de revolvers. La bataille dura plusieurs jours entre
les grévistes et l’armée impériale. Il y eut de
nombreux blessés et quelques morts ; parmi ces derniers
se trouvait le directeur de la Compagnie des mines d’Ashio. Pour la
première fois le sang rouge des travailleurs était
versé sur la terre du mikado ! Depuis lors, jusqu’à
aujourd’hui, ou plutôt jusqu’au jour où la classe
capitaliste nous aura remis l’outillage de la production et de la
consommation, il n’y aura pas un instant de paix entre le prolétariat
et la bourgeoisie du Japon.

 Le drapeau rouge déployé
sur la montagne est le présage de la victoire finale du
prolétariat. Après la bataille, des arrestations de
militants furent faites. Les camarades S. Minami, T. Nagaoka et
d’autres, accusés d’être les instigateurs du mouvement,
furent maintenus un an au pénitencier de Tokio, mais, en fin
de compte, le grand jury fut obligé de reconnaître
qu’ils n’étaient pas coupables.

}}}

La situation actuelle

 Il y a aujourd’hui deux
fractions dans le mouvement ouvrier japonais. L’une, représentée
par S. Katayama, cherche des succès politiques par le bulletin
de vote ; l’autre, représentée par D. Kataku, veut
s’emparer de la terre par l’action directe du syndicalisme
révolutionnaire. Mais la vérité est que
l’activité socialiste est quelque peu entravée par le
gouvernement à l’heure actuelle, par suite du manque
d’organisation systématique et d’éducation. Le
mouvement a été gêné, en outre, par ces
discussions personnelles et par le sentimentalisme particulier aux
Japonais. Le gouvernement et la police en ont profité pour
infliger une défaite à la classe ouvrière
japonaise.

 Aussi y a-t-il lieu de
modifier le mouvement ouvrier du Japon. Il ne faut pas d’une tactique
uniforme. Dans une lutte où les capitalistes usent de toutes
les connaissances et de toutes les armes possibles pour détruire
ce qui peut nuire à leurs intérêts de classe, une
stratégie plus adaptée aux circonstances est
nécessaire.

 Loin de se localiser,
l’agitation syndicaliste révolutionnaire doit s’exercer
désormais à travers tout le pays. Nous ne permettrons
ni aux capitalistes de s’emparer de la direction du mouvement
ouvrier, ni aux politiciens de se servir de ce mouvement pour leur
ambition personnelle. C’est en organisant une armée de
producteurs animée seulement de la volonté de défendre
les intérêts ouvriers que nous nous dirigerons vers
notre but, « l’abolition du salariat ».

 Le syndicalisme
révolutionnaire s’est affirmé déjà une
fois à Ashio par l’action de « l’Association
fraternelle des `mineurs » et il a remporté la
victoire, malheureusement, il a disparu prématurément.

 Nous devons reprendre ce
travail avec toute la patience et toute l’habileté
nécessaires, et même avec une certaine pointe de
timidité, si c’est nécessaire, jusqu’au jour où
nous aurons acquis une puissance suffisante.

 Quel coup ce serait pour
la classe dirigeante si elle apprenait un jour que chaque salarié
s’est organisé dans son intérêt propre, et que
notre propagande antimilitariste a vidé les casernes de leurs
régiments !

 Une vigoureuse agitation
en faveur du syndicalisme révolutionnaire doit se produire
maintenant au Japon, c’est le moment !

T. Takahashi (Traduction
de R. Louzon.)

Notes :

[1Nous sommes heureux de reproduire cet article du journal The Proletarian, publié, en langue anglaise et en langue japonaise, à Chicago, par les organisations ouvrières d’émigrés japonais. Malgré sa brièveté, il contient quelques précieux renseignements.

[2La Fédération
Civique Américaine est une organisation mixte, à
laquelle appartiennent à la fois des milliardaires comme
Pierpont Morgan, et des leaders ouvriers comme Gompers, Mitchele,
etc. L’idée à la base de, la Fédération,
Civique, c’est naturellement l’alliance du Capital et du Travail.


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