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La Vie Ouvrière n°4 (20 novembre 1909)
Assurance contre la grève
Article mis en ligne le 21 octobre 2007

par Normand (Henri)
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 Les vœux exprimés
par le récent Congrès des Maîtres Imprimeurs,
concernant, l’assurance contre la grève et l’organisation
d’une assurance contre le chômage, sont l’objet d’une étude
intéressante dans le Bulletin officiel de l’Union syndicale
des Maîtres Imprimeurs de France
(numéro de septembre).

 On a l’impression que
les Maîtres Imprimeurs ont la ferme résolution de
résister à l’organisation ouvrière et cherchent,
avec persévérance, les moyens les plus efficaces pour y
parvenir. Tous les travailleurs doivent s’intéresser à
ces tentatives particulières. Le jour où les patrons
d’une corporation auront découvert un organisme pratique de
défense de leurs intérêts, ils trouveront des
imitateurs.

 Le journal des Maîtres
Imprimeurs, par la plume de M. Vignal, demande si « l’Imprimerie
doit elle-même constituer sa caisse d’assurance contre la grève
au moyen d’une Mutuelle, et tenter l’essai qui a d’ailleurs réussi
pour les Sociétés Métallurgiques, ou doit-elle
s’adresser à une Société existante ? »

 Les détails très
complets donnés sur le fonctionnement possible d’une caisse
corporative n’offriraient aucun intérêt général.
Ils tendent à montrer que le groupement des Imprimeurs
gagnerait à être autonome. « Mais ce
groupement lui-même peut-il se constituer ? »,
demande le rapporteur de la Commission de l’Union. Et il répond :
« C’est l’impossibilité absolue où nous
sommes de pouvoir former ce groupement qui nous rallie à
l’opinion de nous affilier, au moins provisoirement, à la
Caisse Mutuelle Industrielle et Commerciale. » Mais le
rapporteur n’est pas partisan d’une affiliation immédiate, il
est pour qu’on attende le moment « par une compréhension
mieux étendue de leurs intérêts, les Imprimeurs
se décideront à s’assurer contre la grève en
assez grand nombre pour former un groupement suffisant ».

 Un seul fait met donc en
échec le projet de Caisse corporative d’assurance contre la
grève : le manque d’empressement des Maîtres
Imprimeurs à s’assurer. Mais cette éventualité
peut se réaliser sous l’action d’un événement
inattendu. Les ouvriers devront suivre avec attention les efforts
faits en ce sens par leurs employeurs.

 La constitution d’une
caisse d’assurance contre la grève pourra modifier
profondément la tactique ouvrière. Dans le rapport qui
a servi de base de discussion à la Commission de l’Union. des
Maîtres Imprimeurs, on estime, en effet, que la Caisse-grève
entre Imprimeurs est possible par ce fait que « les
Imprimeurs disséminés sur tout le territoire ne
sauraient être atteints, tous ensemble, par la grève,
qui ne pourrait jamais être déclarée que dans une
petite région ».

 Le rapporteur de la
Commission de l’Union estime bien que « la possibilité
d’une grève générale corporative est dans
l’ordre des choses », mais la même possibilité
de constitution d’une Caisse d’assurance contre la grève va
obliger, inévitablement, les Organisations ouvrières à
combiner des mouvements d’ensemble de plus en plus considérables,
et les entraîner, de gré ou de force, à sortir du
cadre corporatiste, et à constituer des fédérations
d’industrie.

 Un excellent aveu à
retenir : l’impuissance momentanée et absolue de
constituer cette Caisse-grève corporative.

 En ce qui concerne
l’assurance à la Caisse Mutuelle industrielle et Commerciale,
il semble que les Maîtres Imprimeurs n’aient pour elle, aucun
enthousiasme. La prime à payer est trop considérable,
et, au Congrès des Maîtres Imprimeurs de la région
du Centre, l’un d’eux déclara catégoriquement que
« l’intérêt des Maîtres Imprimeurs à
l’égard d’une telle caisse était de s’assurer le plus
tard possible ».

 Devant l’impossibilité
momentanée de faire fonctionner la Caisse-grève, la
Commission de l’Union préconise l’organisation d’une assurance
contre le chômage, dans la croyance que le jour où elle
sera réalisée « le motif le plus dangereux
de la grève aura disparu et que toute autre assurance contre
la grève sera inutile ».

 Le journal patronal
déclare qu’actuellement l’ouvrier peut atténuer la
misère causée par la maladie avec l’aide des Sociétés
de Secours mutuels ; que la loi sur les accidents, bien
qu’imparfaite encore, assure les moyens d’existence à la
victime d’un accident professionnel ; et qu’enfin une loi
prochaine assurera une vieillesse digne à une longue vie de
travaux.

 En veine de tendresse,
le porte-parole de l’Union ajoute « Il ne faut pas
craindre de le dire, c’est une grande injustice sociale, que
l’ouvrier le plus valide et le plus désireux de trouver à
s’occuper ne puisse même pas avoir la certitude d’avoir du
travail, alors que ce seul travail peut assurer son existence. »

 Quand on pense que ce
sont les patrons les plus résolument adversaires des
revendications ouvrières qui contresignent ces paroles, on
reste rêveur. Les fédérés du Livre, pour
diminuer le chômage, ont fait une grève très rude
pour obtenir la journée de neuf heures. Et ils ont trouvé
en face d’eux, tous, ou presque tous les membres du Comité de
l’Union des Maîtres Imprimeurs !

 Ne récriminons
pas, et voyons le projet d’assurance contre le chômage. Il
contient, en germe, une idée intéressante.

 Les patrons proposent
d’assurer le chômage involontaire comme on assure les accidents
ou l’incendie. Ce chômage involontaire, disent-ils, par son
caractère fortuit et accidentel, constitue un risque, et tout
risque est assurable. Et les patrons voudraient voir se constituer
une Société d’assurances à primes fixes.

 Voici leur hypothèse :
L’indemnité de chômage serait de 50 % du salaire
et, comme dans l’assurance-accidents, proportionnelle au salaire ;
l’industriel n’assurerait que les ouvriers ayant un certain temps de
présence chez lui. Cette durée de présence,
point très intéressant, n’est pas fixée.

 Ce projet n’a de brillant
que l’apparence. Si sa loyauté n’était pas suspecte, si
la bourgeoisie était capable de réaliser pour tous les
travailleurs, un pareil projet, il aurait une répercussion
profonde sur la vie ouvrière.

 Mais on s’imagine
difficilement les industriels faisant des sacrifices volontaires pour
conserver des ouvriers dont l’existence leur est totalement
indifférente.

 Les déclarations
des Maîtres Imprimeurs au Congrès de Marseille ont été
catégoriques.

 Ce qu’ils espèrent,
c’est avoir à leur disposition, à la faveur de
promesses illusoires, des serviteurs dociles et résignés,
prêts à trahir leurs camarades.

 Nous commençons à
comprendre. Il y a bien longtemps qu’on nous montre la lanterne
magique et nous nous fatiguons les yeux pour ne rien voir. Si vous
allumiez un peu la lanterne, messieurs les Maîtres Imprimeurs !

Henri Normand


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