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L’Unique n°7 (janvier/février 1946)
Défense du pluralisme
Article mis en ligne le 15 octobre 2007

par Livinska (Véra)
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Je viens de relire avec
attention l’article de Malatesta sur le « Problème
de l’amour » — j’écris « relu »
parce que je connaissais l’original italien — et de parcourir
celui, moins étoffé il faut l’avouer, signé
Pervenche.

Apercevoir le nom de
Malatesta à la fin d’un article me ramène à
Londres bien des années en arrière, alors que cet
éminent propagandiste-écrivain, réfugié
en Angleterre, y exerçait son métier d’électricien.
Malatesta — c’était le dévouement, l’intégrité,
le courage incarnés. J’étais bien jeune alors, mais mes
courtes rencontres avec lui m’ont laissé un ineffaçable
souvenir. Pourquoi faut-il que de tels révolutionnaires nous
quittent, eux dont la tâche n’est jamais achevée ?

Je voudrais examiner
brièvement les questions que soulèvent ces deux
articles, dûs à des unicistes, cela est évident.

Qu’on le déplore
ou qu’on s’en réjouisse, le besoin d’amitié ou d’amour
préoccupe un grand nombre de personnes, malgré leur
situation difficile ou amoindrie au point de vue social ou
économique. Et cela justement dans la mesure où,
évoluée intellectuellement et moralement, leur
sensibilité s’affirme et s’affine.

Je sais, par expérience,
qu’il est très difficile à un pluraliste (le pluraliste
défini dans l’exposé paru ici-même sous le titre
« comment choisir son compagnon »), de se faire
comprendre d’un uniciste, même le moins dogmatique.

Ceci dit, je sais
parfaitement bien qu’une phrase comme « quand un homme et
une femme s’aiment, ils s’unissent, et quand ils cessent de s’aimer,
ils se quittent » ne signifie absolument rien, puisque se
mettre à s’aimer et cesser de le faire en même temps, ne
se réalise pas toujours, puisqu’on peut aimer sans être
payé de retour, puisqu’on peut aimer encore alors qu’on n’est
plus aimé. Il faudrait savoir pourquoi il en est ainsi et
répondre autrement que par des affirmations d’enfant gâté
et capricieux. Il faudrait connaître, analyser, étudier,
disséquer les motifs qui font qu’un être aimé ne
vous paie pas de retour ou ne vous aime plus, alors que vous ne lui
avez porté aucun tort, causé aucun dommage, nui en
aucune façon. Répondre qu’il en est ainsi parce ce que
c’est comme ça, est puéril et ne mérite aucune
considération. Je soutiens que tout camarade pour de bon
regardera à deux fois lorsqu’il s’agira d’infliger de la
souffrance à son amie ou à son ami et réfléchira
que ce n’est pas la peine de s’élever contre l’archisme en
théorie, pour le pratiquer, quand il s’agit d’imposer à
quelqu’un des « siens » une rupture indésirée
ou une séparation inacceptée.

Je maintiens qu’il faut
toujours se demander s’il n’existe pas, dans le domaine de l’amitié
ou de l’amour, un moyen de concilier les divergences, de rapprocher
les oppositions, d’atténuer les incompatibilités
jusqu’à ce qu’elles s’évanouissent. Je maintiens que
c’est une affaire de volonté et de bonne volonté,
d’éducation de la volonté et de la bonne volonté.
Que ce que j’écris reste lettre morte pour des gens incapables
de maîtriser leurs passions, leurs caprices, pour des esclaves,
je le conçois parfaitement. Mais j’affirme qu’il en va tout
autrement quand il s’agit d’êtres sélectionnés,
raisonnables, maîtres d’eux-mêmes, suffisamment, pour
être décidés, dans un monde où la haine
fait tant de ravages à ce que l’amour soit un producteur de
satisfaction et de joie intérieure, non une source de
tragédies et de drames. Et cela sans attendre l’avènement
d’une société meilleure, avènement qui demeure
hypothétique, ce que nul n’ignore.

Il importe de savoir
quels mobiles réels s’opposent au manque d’adaptation de
celle-là ou de celui-ci à la pratique de la
simultanéité des affections. Il importe de savoir
pourquoi l’apparence extérieure peut être un obstacle à
la réciprocité affective. Et une fois connus les
motifs, de chercher les remèdes.

Pour en revenir au
pluralisme en amitié ou en amour, j’avoue que je ne puis
comprendre pourquoi il serait incompatible avec l’amour de la famille
ou des enfants. Je ne puis comprendre pourquoi une mère ou un
père de famille, pour attaché tendrement et
profondément qu’il soit au père ou à la mère
de sa progéniture — et à celle-ci — ne pourrait
nourrir une affection aussi tendre et aussi profonde pour un ami ou
une amie autre que son compagnon ou sa compagne, tous les intéressés
étant au courant et d’accord ? Je ne puis non plus
comprendre pourquoi il serait impossible de découvrir deux ou
trois « âmes-sœurs », par exemple, et
pourquoi, dans les relations qui en seraient la conséquence,
l’amour dit « physique » devrait forcément
occuper la première place ? Que l’uniciste en amitié
ou en amour, à cause d’une capacité d’affection
restreinte — et qui le lui reprocherait — ne puisse le
concevoir, fort bien, mais que partant de ce manque de capacité,
il fasse la leçon aux pluralistes, voilà qui me
dépasse !

Sans doute, il existe
des gens qui considèrent comme du « pluralisme »,
les coucheries, le papillonnage, les relations physiques sans
lendemain et n’ont de cesse qu’ils ne soient arrivés à
soumettre à leur caprice l’objet qu’ils convoitent. Mais ce
n’est pas cela qu’ici on entend par pluralisme ou simultanéité
affective. Notre pluralisme consiste en une union — à
plusieurs — sur laquelle les influences extérieures
n’exercent aucune emprise, union dont la raison d’être est sa
durée, dont la réalisation est conditionnée par
un accord ou une entente qui ne peut cesser que par consentement
mutuel. Les participants a ladite union possédant assez de
maîtrise de soi et de décision pour ne permettre à
aucun obstacle de troubler ou de déranger la réussite
de leur entreprise. Voilà la thèse, Je prétends
que nombre d’unicistes ne se montrent pas aussi consciencieux que je
le suis quand ils contractent mariage ou s’unissent sans formalités.
Et que leurs ménages sont loin d’être des exemples de
vie harmonieuse… Il me serait cruel d’insister.

J’achève. Et
pourquoi. du simultanéisme amoureux, l’amour avec un grand A.
l’amour-oiseau bleu. etc., serait-il absent ? Je ne puis non
plus me rendre compte pourquoi la cohabitation ou la non-cohabitation
ait quoi que ce soit à faire avec le bonheur « immense,
infini » qui peut résulter d’une amitié,
d’un amour partagé par plusieurs. À mon sens, c’est une
question de tempérament ou d’opportunité. Tout
véritable pluraliste sait que la simultanéité en
amitié ou en amour procure plus de bonheur que l’unicité,
lorsque durable et excluant la préférence, etc. Cela,
l’uniciste l’ignore et ne peut faire autrement. C’est pourquoi les
discussions entre unicistes et pluralistes laissent chacun sur son
propre terrain.

Véra Livinska


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