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La Lanterne Noire N°11 (juillet 1978)
Courrier
Article mis en ligne le 25 octobre 2007
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Chers camarades,

Vous trouverez ci-joint une « Réflexion pour un constat politique réel » qui, nous l’espérons, s’accordera à nombre des positions que vous développez depuis quelques années, notamment dans la Lanterne Noire [1]. Pour notre part, les « Additifs à nos points communs » de la L.N. n° 9 nous avaient fait croire, avec diverses positions à la même époque (appel de T.A.C., prises de positions d’O.C.A., de l’O.C.L., groupes divers de province…) que différentes composantes du mouvement libertaire se « débloquaient en vue d’échéances pressantes à assumer en commun, voire entamaient un processus convergent dans le débat et la coordination pratique des activités militantes.

Pour la L.N. cela apparaissait comme l’abandon de « sensibilités » un peu trop spontanéistes au profit d’une volonté plus organisationnelle. Bien entendu, il semble admis que cela a trait à la nécessité d’un certain nombre de fonctions (débat théorique, apparition d’une hypothèse alternative plus unifiée et cohérente, coordination pratique.) qui toutes excluent la vision avant-gardiste, autoproclamée et monolithique. Par ailleurs, l’évolution des positions exprimées dans l’appel de T.A.C. semblait signifier l’abandon d’un certain « frontisme » autogestionnaire et le souhait d’un regroupement préalable des anarchistes-communistes (en grande partie par la base) avant de prétendre avoir une stratégie opérationnelle dans le mouvement social contemporain. Pour ce qui est des nombreux groupes organisés ou pas, la nécessité de l’unité des libertaires est un vœu idéalisé et mythique mais majoritairement ressenti et qui exprime tout de même une nécessité et, surtout, l’impression que de nombreuses divisions sont artificielles : soit qu’elles procèdent de querelles de mots et d’un débat insuffisant, soit de pratiques locales différenciées vécues comme unique possibilité généralisable, soit du personnalisme et du sectarisme d’étiquette.

Où voulons-nous en venir ?

Il nous semble que la solution à terme est de combiner les initiatives centrales utiles en ce moment et les débats et coordinations qui essaieront de se constituer à la base.

L’unification par la base dans les conditions actuelles est un leurre car elle ne s’applique pas au cas de beaucoup de personnes (combien de centaines de militants cela concerne-t-il ?) ; elle est réelle dans certains cas et ne fait pas beaucoup avancer les choses, elle ne débloquerait pas les carences ressenties par tous. Tout au plus son aspect formel et général, s’il était appliqué, amènerait-il une légère dynamique autour d’un courant de sympathisants déjà convaincus idéologiquement de la nécessité organisationnelle et donnant plus de crédibilité à ce qui naîtrait d’une fusion d’étiquettes. Mais qui cela concerne-t-il et en quoi les contradictions antérieures seraient-elles surmontées ? Car où en sommes-nous ? Le désir de construire une structure solide tout en ayant un mode de fonctionnement libertaire a amené toutes les organisations communistes libertaires depuis 15 ans à osciller entre deux dérives : une structure léniniste (de fait) avec une théorie auto-justificatrice (sous prétexte d’efficacité) et le contre-coup de toutes les contradictions que cela entraîne (peu attirant, départ de camerades, isolement, décalage entre le discours et la pratique et les théorisations, etc.), ou bien une attitude plus honnête mais qui confine rapidement à la non-utilité de la structure en place (par rapport aux nécessités ressenties), à l’incapacité de sortir du localisme et de théoriser sérieusement et aux régressions défaitistes et individualistes. Pour les communistes libertaires qui ont cru sortir du « ghetto » anarchiste ces dernières année et ont rejeté la « synthèse » au profit de l’apparition autonome du courant communiste libertaire débarrassé des hypothèques idéalistes, c’est un échec. Année après année cela est plus patent.

Nous pensions bénéficier inexorablement de l’aspect fondamentalement libertaire de la dynamique dans le mouvement social dont nous pensions représenter l’expression la plus cohérente, tout en bénéficiant de l’avantage d’une structure à tous les points de vue, y compris la capitalisation des crises de l’extrême gauche « gauchiste ».

Nous avions omis un point essentiel : la construction volontariste d’un outil ne peut inverser les processus politiques, culturels et sociaux qui lui auraient donné jour en période dynamique, active de façon correcte (fédéralisme, démocratie directe) en prétendant représenter la même chose.

C’est à dire que la construction volontariste d’une structure dans ces conditions n’a aucune signification et aucun rôle par rapport aux « masses ». Elle n’a d’utilité réelle que pour ceux qui la composent, puis ne peut assumer qu’une fonction : apporter des éléments de théorisation basés sur des hypothèses d’analyse, des informations à caractère historique et international, favoriser un débat clarificateur et la convergence d’éléments que l’on suppose être des éléments, des moments ou des lieux d’une alternative globale.

Sans cette fonction théorique la seule fonction organisationnelle « centralée » qui eût été nécessaire, rien n’a de sens. Les ruptures et les recherches d’individus ou de petits groupes peuvent difficilement profiter des éléments d’information de tous ordres d’une petite élite. Pour les militants de cette petite élite, leur soi-disant « conscience révolutionnaire » plus élevée ne leur sert pas à grand chose dans leur pratique locale fut-elle réelle ; tout au plus à résister un peu mieux aux « dérives d’usure ». C’est une des problématique posée par ce texte. Bien que très incomplet et confus, nous avons décidé malgré tout de nous en servir pour favoriser un débat qui fait cruellement défaut entre les camarades qui pensent que la situation du mouvement spécifique libertaire est en contradiction (décalé) avec les préoccupations et les sensibilités des ruptures les plus significatives de notre époque. C’est à dire, d’une façon trop simpliste : les organisations libertaires n’assument pas leurs fonctions (au niveau, en force et en qualité) dans un environnement qui leur est favorable à tous points de vue. D’autre part nous pensons que c’est du côté de la presse (et notamment dans les revues, pour diverses raisons, en particulier leur technicité et leur adaptation à l’apport et aux commentaires complets et adaptés) que les carences sont les plus manifestes et pourtant les nécessités et les possibilités les plus évidentes. Nous avons plusieurs pistes et contribuerions à toutes les initiatives qui seraient convergentes aux nôtres. Dans l’attente de votre réponse, quelle qu’elle soit, et d’un minimum d’échange d’idées là-dessus, recevez nos amitiés communiste-libertaires.

L.M.


Salut,

Nous avons bien reçu le numéro 10 de la Lanterne. À ce propos il nous semble que vous êtes un peu durs, p. 39, dans la note sur le n° 1 de la GUERRE SOCIALE.

Vous dites d’abord « considération intéressante mais théorique », qu’est-ce ça veut dire ? N’est-ce pas justement une particularité de la Lanterne d’aborder le domaine théorique sans la répulsion ou la panique que l’on trouve chez beaucoup d’anarchistes ? Mais, sans parler du texte sur les Indiens, de la mesure par le temps de travail et de l’automation, qui sont les textes centraux, vous citez nos citations d’Harasezti : « mais justement la perruque, comme le vol dans les supermarchés, n’est-elle pas prévue dans les frais des entreprises ? » Est-ce le problème ? Ce n’est pas parce que quelque chose est prévu dans les frais d’entreprise que ça prouve quoi que ce soit : les capitalistes sont bien obligés d’en tenir compte, du vol et du perruquage ! Alors évidemment ils prévoient une fraction de plus value pour cela ; de là à ce qu’ils l’encouragent ! Mais l’important n’est pas la perruque considérée aujourd’hui dans ce qu’elle apporte immédiatement. L’important, c’est ce que cette activité manifeste comme capacité chez celui qui l’exerce, c’est qu’elle instaure un autre rapport avec l’objet, c’est qu’elle est une des tendances communiste que l’on peut voir aujourd’hui. Elle aussi préfigure « l’activité humaine pratique » qui pour Marx était synonyme de Communisme.

Bonne lecture

LA GUERRE SOCIALE.

Réponse de la Lanterne.

Je suis d’accord avec les deux remarques du camarade, à condition de s’entendre sur les mots : l’appréciation de « théorique » (n° 10, p. 39) a été faite par rapport à des prises de position dénonçant le travail, aussi bien capitaliste que socialiste, et préconisant l’absentéisme, le sabotage etc. Donc il n’a pas le sens péjoratif que semble y trouver le camarade. Ensuite, sur le fait que « l’important c’est ce que cette activité… » cet aspect positif est parfaitement juste, mais en ne présentant que cela on tombe dans la démagogie, on oublie la récupération que le capitalisme peut faire (et qu’il a parfaitement réussi avec la disparition de la virginité comme signe de morale, ce qui pourtant semblait difficile à admettre en 36 pour les propagateurs de l’union libre).

M.Z.

Notes :

[1Il fait référence à un texte qui rejoint dans ses grandes lignes ce qui est exposé dans cette lettre.


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