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La Vie Ouvrière n°3 (5 novembre 1909)
À travers les revues
Un nouvel emprunt russe de 20 milliards
Article mis en ligne le 19 août 2007

par Desailly (Robert)
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La Revue (15
septembre) contenait sur la situation financière de la Russie
quelques renseignements instructifs.

Le bas de laine français
a versé pendant quinze ans dans les caisses du tsar une
quinzaine de milliards pour favoriser le développement
industriel et militaire de l’Empire, et pourtant l’état des
finances russes est plus désespéré que jamais.

En 1904, le tsarisme
soutirait à nos braves rentiers 800 millions de bons du
Trésor, à titre d’emprunt de guerre. En 1906, nouvel
emprunt, de 2.250 millions celui-là. Cette formidable somme
a-t-elle servi à panser les plaies de la guerre et à
reconstituer l’armement ? Nullement, elle n’a fait que combler
le déficit qui, depuis la guerre de Mandchourie, s’est élevé
à un milliard par an.

Une situation
pareillement déficitaire ne permettait naturellement pas de
rembourser les 800 millions de bons du Trésor à courte
échéance. D’où un nouvel emprunt de 1.250
millions, dont pas un sou ne revint au Trésor russe : nos
intelligents rentiers s’étaient remboursés eux-mêmes.

C’est donc 3 milliards
et demi que la Russie a empruntés depuis la guerre, sans que
sa situation économique et militaire en ait été
le moins du monde améliorée.

Notez que ses
ressources, loin d’augmenter, diminuent, et que les charges
augmentent. La Douma, malgré l’opposition avertie du ministre
des finances Kokovtsef, a encore jeté 117 millions dans la
gueule du Moloch militaire.

La Revue a publié
sur tout cela l’opinion du célèbre comte Witte, opinion
qui s’est fait jour, en mars dernier, dans un discours au Conseil de
l’Empire.

Après avoir
brossé un tableau favorable de la situation des finances
russes durant les onze années (1892-1903) qu’a duré son
ministère, Witte montre que cette situation n’a fait que
péricliter et qu’un nouvel emprunt va devenir d’une nécessité
inéluctable : « En effet, déclare-t-il,
depuis que j’ai quitté le ministère, les dépenses
ont augmenté de 420 millions de roubles ; sur cette somme
90 millions reviennent à l’étranger comme intérêts
sur les nouveaux emprunts ; 170 millions sont dépensés
pour les chemins de fer ; 30 ou 40 millions servent au
renforcement de l’armée ; à peu près
autant à l’augmentation de la police
, et ainsi de suite.
En regard de cet accroissement de dépenses de 420 millions de
roubles, les recettes n’ont augmenté que de 260 millions, et
force nous est de constater que la plus grande partie de cette
plus-value est due au monopole de l’eau-de-vie. »

Suit une vive critique
de la manière dont est employé l’argent du budget. Les
calculs des militaires sont faux, les chemins de fer n’ont de
matériel que sur le papier, les fonctionnaires mal payés
vivent de chantage ou s’affilient à des bandes de malfaiteurs,
etc. Quant à la réorganisation militaire, elle est
aussi peu avancée qu’au lendemain de la guerre. L’enseignement
primaire qui aurait besoin de plusieurs milliards pour être mis
en état, voit au contraire diminuer ses crédits :
l’argent économisé sur l’enseignement sert à
augmenter la police, à construire des prisons, grossir le
nombre des magistrats effroyablement surmenés par
l’accroissement formidable des procès politiques.

Et le vieil homme d’État
de conclure qu’il faut à la Russie 15 ou 16 milliards pour
faire face à ses besoins. Encore la Revue
considère-t-elle ce chiffre comme un peu modeste : selon
elle, ce ne sont pas 15 milliards dont la Russie a besoin pour se
tirer d’affaire, mais au bas mot 20 MILLIARDS.

Et la Revue (qui
semble avoir oublié ses campagnes antitsaristes) de déclarer
qu’on ne peut abandonner le gouvernement ami et allié au
milieu des difficultés. où il se débat
désespérément. Elle démontre par a plus b
que la haute finance franco-anglaise se doit d’aider au relèvement
de cette grande nation russe qui recèle en son sein tant de
richesses ignorées. Elle rappelle avec quel enthousiasme (?)
le peuple anglais a fêté le tsar lors du voyage de Cowes
et termine par ces paroles où la menace se dissimule à
peine : « Le jour où, à la suite de
l’imprévoyance de nos gouvernants, le crédit russe
serait un véritable danger, la République subirait un
échec moral et une diminution qui pourraient lui coûter
cher, jusqu’à son existence… »

Allons, nous n’y
couperons pas d’un nouvel emprunt russe.

R. Desailly.


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