La Presse Anarchiste
Slogan du site
Descriptif du site
La Vie Ouvrière n°3 (5 novembre 1909)
À travers les revues
L’armée aux grèves
Article mis en ligne le 19 août 2007

par Amoré (Henri)
Visites : 536 - Popularité :
6%
logo imprimer

C’est le titre d’une
enquête ouverte par La Revue du Syndicalisme Français
(nº d’août), revue publiée — mince de
toupet ! — par un groupe de royalistes de l’Action Française,
qui se prétendent syndicalistes.

Deux officiers, jusqu’à
présent, ont donné leur opinion : les commandants
Dublaix et Héry.

Le premier approuve
l’intervention de l’armée dans les émeutes, mais la
réprouve dans les grèves pacifiques… à moins
que celles-ci n’entravent le fonctionnement d’un service
indispensable à la vie publique (grève générale
des boulangers, grève des postes, des télégraphes,
des chemins de fer, etc…) Il proteste contre l’interdiction faite à
l’armée d’user de ses armes alors même qu’officiers et
soldats sont « accablés d’injures, de crachats et
de projectiles, frappés, blessés, tués même,
soit par des foules affolées, soit par des bandits mêlés
à ces foules ». Sa protestation, d’ailleurs, est
sans fondement puisqu’il reconnaît aussitôt lui-même
que, dans ce cas, « les fusils partent tout seuls, et de
nombreuses victimes presque toujours innocentes sont frappées ».
L’intervention de l’armée dans les grèves a encore, à
ses yeux, l’inconvénient de suspendre l’instruction militaire
des soldats qui ne disposent que d’un temps déjà trop
court pour leur préparation à la guerre, et de
compromettre l’indiscipline par les suggestions auxquelles les
soldats sont en butte en temps de grève. Il conclut à
la nécessité de créer un corps spécial de
gendarmerie mobile, comprenant infanterie et cavalerie et
réparti en cinq ou six grosses garnisons.

Pour le commandant Héry,
la création d’une gendarmerie spéciale pour grèves
n’est pas une solution. Si la grève s’étend à
une région entière, cette gendarmerie ne suffira pas à
rétablir l’ordre s’il est troublé violemment et il
faudra encore réclamer l’intervention de l’armée. C’est
un fait inévitable, dit le commandant Héry.

Mais, s’il est disposé
à marcher contre les grévistes, ce militaire se refuse
à reconnaître, en ce cas, l’autorité des
fonctionnaires civils et il fait remarquer, avec raison, que la force
armée ne peut pénétrer dans un lieu public sans
un mandat de justice. Le refus d’obéissance à un ordre
administratif prescrivant de pénétrer dans un café,
comme à Draveil, dans une Bourse du Travail, dans une église,
est parfaitement légal.

« Si on
m’avait commandé aux grèves, dit le commandant Héry,
de pénétrer dans une Bourse du Travail ou dans un lieu
de réunion des ouvriers, sans exhiber un mandat de justice,
j’aurais fait aux grèves ce que j’ai fait aux inventaires,
j’aurais envoyé promener l’agent du gouvernement. »

Comme son collègue
Dublaix, il pense que l’intervention des soldats dans les grèves
développe chez eux l’esprit d’indiscipline et les idées
antimilitaristes. Et naturellement, il le déplore.

H. Amoré.


Mots-clés associés

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.89
Version Escal-V4 disponible pour SPIP3.2