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Le Libertaire n°3 du 15 mars 1945
Conscience d’hier et vouloir de demain
Article mis en ligne le 19 août 2007
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Avec plus de violence et
d’ampleur que jamais, la guerre persiste. De nouvelles générations
sont successivement jetées dans le creuset d’où sortira
ce que le langage usuel nous fait appeler la paix, mais qui ne sera,
en fait, qu’une trêve entre les impérialismes fatigués
et un répit laissé à des peuples à bout
de souffle.

Des pays entiers sont
vidés de leurs forces créatrices, d’autres les
prodiguent encore ; cependant que des conférences, des
accords, des missions diplomatiques se succèdent, accommodant
tristement le présent et « préparant »
l’avenir avec non moins de cynisme.

Et pendant ce temps, aux
abords ou au loin des champs de bataille, — comme si dans le fracas
des armes l’humanité ne payait pas assez cher son
inconscience, — règnent la misère et la faim.

Après six mois
d’attente, rien de ce qu’un peuple opprimé, affamé,
privé de tout, — sauf de l’espoir dont il se nourrissait, —
avait naïvement espéré ne se réalise.
Certes, il y a comme raisons le conflit qui persiste, les
destructions, les impossibilités. Constater, après tout
le monde, la misère des grandes villes, le manque
d’approvisionnement, la maladie plus généralisée
que beaucoup n’osent le dire tout haut, est un lieu commun. Contre de
tels fléaux, d’aucuns luttent — ou pour le moins s’insurgent
— spectaculairement ou silencieusement. Combien, par contre,
manquent de lucidité ou d’honnêteté pour en
arriver à cette conclusion !

Comment peut-il être
admis que des villes, des régions entières soient
sous-alimentées, que des enfants — ces victimes des graves
erreurs de leurs aînés — manquent de lait ? Cela
malgré que des plans cohérents de transport aient été
présentés parfois sans démagogie avec la seule
pensée de l’intérêt commun. On ne devrait plus
voir la majorité des secteurs de l’opinion publique demeurer
passive, indifférente à l’inertie — ou à la
complicité — des organismes responsables et ne pas
s’insurger contre la mise sous le boisseau des mesures de justice
sociale les plus élémentaires.

Le chef du gouvernement
provisoire a souligné récemment « l’état
où nous laisse l’abominable marée et l’étendue
de l’effort de reconstruction et de renouvellement que s’impose pour
de longues années la nation française ».
Mais il constate aussitôt que « malgré que
beaucoup de bonnes volontés, de dévouements, de
compétences soient à l’oeuvre, il persiste des méthodes
et des procédés dont la lourdeur passée s’est
accrue de celles qu’y ajoutaient les fausses réformes de
Vichy ». Dans ces constatations nous retrouvons les nôtres
propres. Mais il convient d’ajouter encore : malgré les
mesures de nationalisation officiellement annoncées, malgré
les « socialisations » envisagées
(partis socialiste et communiste), il reste à commencer la
lutte, non seulement contre les trusts — qui n’en ont pas été
atteints — mais contre le capital sous toutes ses formes, que tous
les bâtisseurs à la petite semaine oublient toujours
d’associer à l’État.

Alors que les fameux
« consultatifs d’entreprise » ne touchent
aucunement à l’autorité patronale, la nationalisation
accorde à l’État un pouvoir de tous les instants. C’est
aujourd’hui, après que le secteur ouvrier de la résistance,
ayant rendu d’immenses services aux classes possédantes de ce
pays, n’est plus, pour ces derniers, qu’un créancier qui
demande à être payé, que tombe le voile hypocrite
des bourgeois cocardiers et « démocrates ».
La trame de cette formidable escroquerie morale et matérielle
apparaît au grand jour. Mais, en supposant même que les
fameuses réformes promises aient été réalisées
— ce en quoi nous n’avons jamais cru, — le problème
économico-social n’était pas résolu pour cela,
car l’exploitation ne faisait que changer d’aspect, mais elle n’en
était pas moins réelle et dévastatrice.

La seule mesure qui
s’impose pour le bien actuellement possible est la gestion de la
production par les organisations syndicales ouvrières. Elle
seule mettra fin au gaspillage, au favoritisme et au parasitisme, que
toutes les nationalisations ou « socialisations »
étatisées n’empêcheront jamais. Par voie de
conséquence, dessaisissement immédiat des comités
dits d’organisation — ou de ce qui en subsiste — et des
organismes incapables. Suppression des prérogatives dont usent
les rois du négoce, de la transaction et remise de la
répartition et de la distribution aux organismes de
consommateurs.

Mais de telles solutions
supposent avant tout de la résolution, de la volonté
chez ceux qui subissent tous les méfaits de l’exploitation. Et
cette pensée qu’un peuple ne peut avoir que ce qu’il sait
VOULOIR ranime en nous le souvenir de l’immortelle Commune de Paris,
qui se manifesta dès le 18 mars 1871, il y a soixante-quatorze
ans. La bourgeoisie, qui s’était montrée aussi lâche
avec les Prussiens que sous l’Empire, s’enfuit devant la colère
du peuple de Paris. Elle fuyait, partageant avec l’ignoble Thiers le
secret espoir de revenir bientôt pour l’écraser, ce
peuple qui prenait, devant le monde, une éclatante conscience
de lui-même.

Et pendant trois mois il
a vraiment pris conscience de lui-même. Les travailleurs ont su
montrer le courage, l’abnégation, le sens de l’organisation
dont est capable un prolétariat décidé, bien que
nos édiles considèrent la masse livrée à,
elle-même comme inapte aux grandes réalisations.

Et si l’on veut parler
de « résistance à l’oppression »,
on peut citer celle des communards comme la plus caractéristique,
car ils ne s’en prenaient pas seulement à la puissance
économique, mais aussi au pouvoir politique, à
l’autorité de l’État. Puisse leur mémoire
ramener à une plus saine compréhension de la réalité
tous ceux qui se sont laissé séduire par un verbiage
subtil dont usent ceux qui s’imaginent être venus au monde pour
« diriger les foules » !


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