La Presse Anarchiste
Slogan du site
Descriptif du site
La Lanterne Noire n°10 (mars 1978)
La situation française en mars 1978
Article mis en ligne le 19 août 2007

par Lanterne Noire (la)
Visites : 600 - Popularité :
5%
logo imprimer

Élections toujours pièges à con

Nous
n’allons pas développer encore une fois l’argumentation
anarchiste contre les élections ;avant de passer au
contexte dans lequel va se dérouler la consultation de mars
1978, nous voulons simplement rappeler deux choses.

La
première, c’est que si le poids de nos arguments (qui ont
démontré d’innombrables fois l’inefficacité du
suffrage universel pour déloger la classe dominante) n’était
pas suffisant, il y a l’expérience
vécue d’élections nationales et de référendums
qui n’ont rien changé que les apparences, et donné
l’illusion, savamment entretenue, que les maigres conquêtes
obtenues grâce à la pression des rues et des usines
étaient le fruit d’un nombre suffisant de votes.

Il
est évident que toute la structure politique que nous
connaissons maintient la contradiction entre l’égalité
formelle du vote (un individu, un vote) [1] et l’inégalité réelle des revenus,
de la possession du capital, du pouvoir économique [2].

 La
seconde, c’est que le nombre d’années qui s’écoule
entre chaque consultation interdit toute efficacité :
imagine-t-on une voiture qui ne serait
révisée que tous les 4, 5, ou 7 ans ? de plus, la
complication des lois et des décrets permet au gouvernement de
bloquer complètement (par le refus ou le retard dans l’octroi
des crédits) toute action parlementaire ou municipale. Tout
cela en dehors de l’absence réelle et totale de contrôle
et de possibilité de révocation des élus par les
électeurs. Ainsi, même pour ceux qui sont « pour »
les élections, le système actuel est inefficace.

Il s’agit donc
d’une farce tant les problèmes de fond sont absents.

Des candidatures marginales

 Certains objectent
néanmoins que des candidatures « marginales »,
(antinucléaires, écologistes, féministes, de
soldats, homosexuels, régionalistes), ont un rôle à
jouer dans le sens où ELLES METTENT EN AVANT UNE CONTESTATION
PARTICULIÈRE DE LA SOCIÉTÉ et permettent de
populariser et de faire discuter certaines idées, généralement
« oubliées » par la politique
spécialisée.

 Or, ces
groupes,constitués sur une oppression particulière, ou
plutôt sur un aspect particulier de la domination, se
cantonnent le plus souvent à leurs problèmes
spécifiques, sans analyse globale de l’exploitation dans
l’économie, ni de la domination dans les rapports sociaux,
sans liens avec la politique française, et surtout sans projet
politique plus ou moins global qui pourrait relier leur problème
spécifique à ceux des autres exploités. Du point
de vue d’un changement fondamental de la société, ils
ne présentent donc pas plus de garanties qu’un quelconque
groupe parlementaire, ce qu’ils sont en puissance.

Mais surtout,ces
groupes ou mouvements [3] qui se sont stabilisés
sur des oppressions spécifiques, sont toujours LE RÉSULTAT
D’UNE PRISE DE CONSCIENCE PARTICULIÈRE DANS LA SOCIÉTÉ,
et NON LA CAUSE OU LE POINT DE DÉPART D’UNE NOUVELLE
PROGRESSION. Justifier donc une participation électorale pour
populariser une idée, ou en débattre
, c’est tromper
son monde.

Rien ne passera
auprès des gens, que ce qui est déjà passé,
que ce qu’ils ont déjà comprît, accepté ou
refusé. Ces idées, ces luttes, sont déjà
entrées en partie dans la société, même
comme questionnement ; ces groupes sont le produit frelaté
et détourné de ces luttes et de ces questions, en même
temps que le signe et le symptôme d’une impasse relative dans
un développement possible et radical.

Ce raisonnement
peut s’étendre à tout l’électoralisme dit
« révolutionnaire », qui SUIT TOUJOURS
UN MOUVEMENT SOCIAL, SANS JAMAIS LE CRÉER, NI MÊME LUI
SERVIR DE RELAIS. Cet électoralisme indique plus les
faiblesses du mouvement qu’il ne le renforce.

Il nous faut là
remarquer que les arguments de nos électoralistes, mêmes
« révolutionnaires », sont les mêmes
que ceux de toutes les forces politiques qui n’ont pour l’instant
aucune chance d’accéder au pouvoir politique réel, ou à
sa représentation ; de Michel Jobert au Front National de
Le Pen, du PSU a Gérard Furnon en passant par les sectes
gaullistes ou fédéralistes, l’argument est le même :
« populariser », utiliser une tribune.

Enfin, il nous faut
remarquer que tous ces mouvements sont FRONTISTES.

C’est-à-dire
qu’ils tentent d’unir sur une revendication particulière des
gens dont en outre, les intérêts de classe sont
différents.

Chacune de ces
oppressions spécifique traverse la société
au-delà de la division en classes sociales.

Il existe des
soldats, des homosexuels qui appartiennent à la
bourgeoisie ;l’écologie peut être aussi un souci de
l’extrême-droite ou de la bourgeoisie libérale éclairée.
Le féminisme de Florence d’Harcourt, de Françoise
Giroud ou du groupe psychanalyse et politique, ne saurait être
le même que celui des femmes qui sont en même temps que
dominées, exploitées.

Présenter
des candidats, c’est comme il était dit dans la Lanterne
Noire
nº 1 (au sujet des groupes spécifiques)
« s’attribuer la direction politique d’une catégorie
donnée », en en homogénéisant les
intérêts. C’est du frontisme, c’est finalement du
léninisme.

CEUX DONC DE CES
MOUVEMENTS SPÉCIFIQUES QUI SONT RÉVOLUTIONNAIRES, LIENT
LEUR LUTTE À CELLE D’AUTRES OPPRIMÉS OU EXPLOITÉS,
ET SE DOIVENT D’AVOIR UN PROJET POLITIQUE QUI EN EXCLU LA BOURGEOISIE
SOUS TOUTES SES FORMES. [4] Ils ne peuvent plus guère être
« électoralistes », et les militants qui
les composent ne peuvent être des « spécialistes »
de tels ou tels secteurs ; ils militent généralement
aussi ailleurs que dans le mouvement qui représente pour eux
un aspect précis de la domination qu’ils subissent.

Mais laissons pour
l’instant de côté la critique politique des
consultations électorales, et voyons un peu la situation
réelle de l’économie en France, au moment où un
tapage électoral sans précédent prétend
faire croire aux uns et craindre aux autres l’arrivée d’un
bouleversement profond de la société.

Le programme commun : diminuer le profit

Tous les programmes
des partis politiques, de droite comme de gauche, se présentent
comme des solutions à la crise ; à
l’extrême-droite, c’est simple : c’est la faute aux
travailleurs étrangers qu’il suffit de mettre dehors pour
résorber le chômage et reprendre la croissance
économique grâce à un argent qui resterait en
France, au lieu de partir on ne sait où nourrir des feignants
incapables de se développer eux-mêmes.

Outre le caractère
parfaitement inacceptable d’un point de vue moral de ce racisme, nous
verrons que d’un simple point de vue économique, celui de
l’économie capitaliste bien sûr, la présence des
travailleurs étrangers est au contraire un instrument pour ne
pas plonger davantage dans la crise.

À Gauche, le
Programme Commun ; il se fonde sur l’idée que la crise
vient du manque de débouchés du secteur de
consommation, lui-même dû à la baisse du pouvoir
d’achat ;les investissements diminuent alors le chômage
augmente, les petites entreprises ferment,… et la crise s’accentue.
La solution ? Elle est simple : prendre l’argent là
où il est, c’est-à-dire dans les tiroirs-caisses des
riches, des milliardaires : « ceux qui peuvent
payer » comme dit le P.C. Les nationalisations quant à
elles devraient servir plus à assainir les dépenses de
l’état, et à équilibrer la balance commerciale.
Il y a bien sûr les divergences entre le P.C. et le P.S. [5], mais
elles nous semblent plutôt secondaires, et liées aux
« nécessités de la désunion » ;
il s’agit donc de diminuer le profit, pour augmenter le niveau de
vie, ce qui entraînerait une relance de la consommation, donc
une possibilité d’investissements, donc… la fin de la
crise…OUF.

Il nous faut faire
quelques remarques sur le programme commun et sur les solutions qu’il
propose pour enrayer la crise, pour élever le niveau de vie
des Français, et même pour « changer cette
vie ».

La première,
c’est que la solution à la crise se situe DANS le système
capitaliste. Ce n’est rien d’autre que la vieille solution
keynésienne qui n’a bien entendu pas l’ambition de sortir de
ce système. L’innovation serait dans un glissement progressif
du capitalisme libéral, au capitalisme d’état.

La seconde
remarque, c’est le point de départ de l’analyse développée
par le programme commun, à savoir qu’il est vraiment possible
tout à la fois d’améliorer réellement le sort
des gens, tout en sauvant le capitalisme ; et en diminuant le
profit, qui nous paraît faux.

Expliquons-nous.

Nous n’avons rien
contre le fait de prendre l’argent là où il est [6], c’est-à-dire chez les riches. L’ENNUI,
C’EST QUE RÉELLEMENT DEPUIS 10 ANS, LES PROFITS ONT DIMINUÉ.
Bien entendu il ne s’agit pas d’un effondrement spectaculaire, ni
d’un phénomène généralisable à
tous les secteurs ; il ne s’agit, généralement,
pas des secteurs à technologie hautement développée
ou de pointe, ou des multinationales.

Et pourtant,
prenons le cas de quelques-unes de ces dernières, comme Rhone
Poulenc par exemple, qui sont en régression en France, alors
que globalement, elles sont en expansion. Elles investissent à
l’étranger, là où la main-d’œuvre est moins
chère et moins revendicative, accentuant par là même
le chômage en France. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une vraie
crise, ces transferts obligent à de gros investissements, et à
une relative stabilisation du profit, pour bien entendu se maintenir
dans un premier temps, puis se développer ensuite.

Que propose le
PCF ?

Nationaliser
parfois, mais surtout INVESTIR EN FRANCE et établir des
mesures protectionnistes pour pouvoir, ensuite, ACHETER FRANÇAIS
ET consommer français.

Outre le caractère
encore une fois moralement réprouvable et même raciste
de l’argumentation qui jette aux orties l’internationalisme
prolétarien, et échange le droit au travail du bon
français moyen, blanc, raciste, et communiste, contre le droit
au chômage (non payé) de l’ouvrier africain
sud-américain, ou asiatique, cette mesure n’est même de
ce point de vue d’aucune efficacité.

Car aux mesures
protectionnistes répondent toujours des mesures
protectionnistes qui seront immédiatement prises par d’autres
états, et qui auront comme effet de développer encore
davantage « les difficultés mondiales de
l’économie ».

Quant à
nationaliser, il ne peut s’agir que de la filière française,
et il est alors illusoire de penser que la gestion de celle-ci puisse
échapper aux intérêts globaux de la firme.

Or ces secteurs, en
difficulté momentanée de restructuration, sont en
France largement minoritaires, au sein d’un système de
production encore assez archaïque (l’un des plus archaïques
du monde industriel et développé).

Et ce secteur
archaïque majoritaire, subit lui une crise plus importante, qui
va jusqu’à faire fermer certaines entreprises, et en tous les
cas fait BAISSER RELATIVEMENT LE TAUX DE PROFIT.

La solution qui
consisterait à prendre une telle masse d’argent (pour résorber
le chômage et accroître la consommation) est strictement
impossible dans le cadre d’un système non remis en cause par
le programme commun.

La conséquence
serait certainement la fermeture d’un grand nombre d’entreprises sans
que cela puisse être encore compensé de manière
équivalente par le développement de ces secteurs de
pointe, ou des multinationales, qui sont eux aussi obligés de
contrôler leur profit pour se développer, comme nous
l’avons vu plus haut.

Au bout du compte,
c’est encore le pouvoir d’achat qui diminuerait.

Le plus probable
alors, c’est que le programme commun au pouvoir « compenserait »
quelques mesures démagogiques d’augmentation de salaire, et de
certains avantages pour les catégories les plus basses, non
par une diminution du profit là où il se trouve, mais
par un accroissement de la productivité là ou elle peut
avoir lieu, c’est-à-dire dans le monde du travail.

Il ne s’agira alors
que d’une variante de la seule solution possible : FAIRE PORTER
LE POIDS CE LA CRISE AUX TRAVAILLEURS.

Quelle crise

Il nous paraît
utile de rappeler maintenant ce que nous affirmions dans nos « points
communs » à savoir que « le socialisme
ne peut être contenu inéluctablement dans le capitalisme
à cause de (grâce à) ses contradictions
internes ». La crise n’est pas automatiquement un élément
de prise de conscience, une force de déstabilisation du
régime, un élément qui nous amène à
être encore plus révolutionnaires.

LA CRISE, ce n’est
pas la fin du capitalisme, car celui-ci s’en nourrit pour se
restructurer et redonner assise à sa domination. La mystique
de la crise chez les marxistes et chez certains anarchistes, cache
mal l’impuissance qu’ils ont à développer une pratique
offensive contre l’oppression et montre bien par contre une attente
que l’ennemi meurt de lui même.

En fait, cette
position classique sous-entend une série de positions dans le
genre : les masses abruties vont se réveiller, ou bien :
les révolutionnaires n’auront plus qu’a « révolutionner ».

À notre
avis, il faut se mettre dans la tête qu’il ne peut y avoir de
crise subite, car les blocs, de l’Est comme de l’Ouest (la Chine
aussi), ont des économies de plus en plus imbriquées et
imitatives (la consommation des uns étant échangée
contre la répression des autres). Par contre, les pays dits
neutres sont autant de satellites en puissance dont les évolutions,
les passages d’un camp à l’autre entraînent des
changements dans les blocs (hausse des matières premières,
ventes d’armes, par exemple).

Il n’y a donc pas à
l’heure actuelle de crise profonde du capitalisme ; pas de cette
crise en tout cas, telle qu’on nous la promet depuis sa naissance
comme le signal du matin du grand soir.

L’alternative ne
peut pas être, dans un avenir proche, « socialisme
ou barbarie », et de toutes les manières, le
capitalisme que nous connaissons est déjà la barbarie.

De toutes les
manières, et en revenant à la France, trois éléments
permettent à l’économie de ne pas sombrer dans le
marasme :


A. L’exploitation
des anciennes colonies africaines.

Toutes ces colonies
sont maintenant indépendantes, mais tous les régimes
sont fantoches, et dépendent directement des ambassades
françaises qui organisent le pillage des matières
premières, à l’aide des coopérants militaires,
des flics et des profs [7].

Bien souvent, la
France se sert de ces ex-colonies comme réserve de
main-d’œuvre et fourniture de produits agricoles (ananas, café,
concombres, etc.)

On peut mesurer
l’ampleur du profit par la superficie contrôlée : 7
millions 776 000 km2, avec une population de 52 millions de
personnes. Il s’agit des pays suivants : Cameroun, Côte
d’ivoire, Dahomey ou Bénin, Gabon, Haute Volta, Madagascar,
Mali, Mauritanie, Niger, République Centrafricaine, Sénégal,
Tchad, Togo, ex territoire des Afars et Issas. Tous ces états
dépendent directement du ministère de la défense
français et on peut juger du bénéfice de l’aide
française à deux caractères :

— la Haute Volta, le
Mali et le Tchad, figurent parmi les pays les plus pauvres du monde

— les dictatures avec
disparitions des emprisonnés, et autres fioritures :
Dahomey, Gabon, Madagascar, Mauritanie, Niger, RCA, Togo, Tchad. Les
autres pays sont un brin plus libéraux.

On peut ajouter
aussi 113 000 km2 et un million d’habitants dans les
colonies, déguisées en partie, de la France :
Guadeloupe, Guyane, Martinique et Nouvelle Calédonie.

On remarquera aussi
la forte influence sur le Maroc, l’Algérie, et la Tunisie
surtout le premier nommé avec ses 16 millions d’habitants et
ses 447 000 km2.

Si on compare les
satellites de la France à ceux de l’URSS, on constate que la
Russie ne contrôle que 1012 000 km2 en Europe, avec
105 millions d’habitants (Allemagne de l’Est, Bulgarie, Hongrie,
Roumanie, Pologne, Tchécoslovaquie).

B. Cette politique
de domination s’explique par la puissance militaire française
et son rôle de marchand de canons : troisième
exportateur mondial, ce qui correspond à 7 % des exportations
du pays, et à 270 000 personnes employées.

Apparemment, la
place de l’industrie d’armement n’est pas tellement grande, mais il y
a deux implications importantes, politique et économique.

Économiquement,
il faut remarquer que l’armement touche les secteurs de pointe :
l’aéronautique qui travaille majoritairement pour l’armée
et dont le reste du matériel peut aussi servir pour
l’armement ; les télécommunications et
l’électronique ;l’industrie automobile et maritime ;
des secteurs divers : Lip, emballage (des bombes), vêtements,
etc.

Politiquement, la
France vend à toutes les dictatures de droite (celles de
gauche sont fournies par l’URSS) : Chili, Argentine, Brésil,
Zaïre, Afrique du Sud, Égypte, Lybie, Israël…

C. Depuis la
limitation de l’entrée de la main d’œuvre étrangère
(1972), les travailleurs étrangers (2 millions, plus leur
famille soit 4 millions au total) servent de colmatage pour
l’évolution du chômage. La tendance est de plus en plus
d’avoir des travailleurs spécialisés français,
et non plus étrangers. Du reste, les appels au travail manuel
et la politique de sélection dans l’éducation
nationale, ont clairement pour mission de fournir de futurs manœuvres
français.

Exploitation des
noirs, ventes d’armes aux fascistes, exploitation des travailleurs
étrangers dont on se débarrassera progressivement,
telle est la base et le fondement du niveau de vie que nous avons. La
France est donc bien plus « nazie »
économiquement que l’Allemagne fédérale contre
laquelle luttent les groupes comme la RAF.

C’est un peu toutes
ces choses, avec d’autres bien sûr, que nous appelions les
vrais problèmes, et que le programme commun n’aborde pas.

D’un point de vue
réformiste, ce programme ne propose même pas la
fermeture des usines d’armement et leur transformation en lieu de
fabrication d’objets de longue durée… et pacifiques. Il ne
propose pas davantage le refus d’acheminer tout matériel de
guerre, ni l’appui aux groupes africains qui luttent contre
l’exploitation dans leur pays ; pas davantage la suppression des
industries nucléaires.

…Alors ?

Sur le plan de la
vie quotidienne dans les entreprises, peut-être y aurait-il des
choses nouvelles ?

Non plus.

Le P.-S. nous
prévient que dans les entreprises nationalisées les
travailleurs décideront de beaucoup de choses… sauf pour ce
qui concerne le plan (qui lui sera mis en place par des négociations
entre le PS, le PC, le patronat et les syndicats) dont on sait qu’il
concernera surtout les entreprises nationalisées.

Nous savons très
bien que le système parlementaire, c’est tour à tour la
gauche, qui pour se maintenir doit faire une politique de droite, et
la droite, qui pour ne pas être chassée doit faire des
concessions à la gauche. De plus en plus, les thèmes
traditionnels des uns sont repris et amplifiés par les autres.
Qui parle de « sécurité des citoyens »,
d’« ordre », d’« indépendance
nationale » ? la gauche autant que la droite. Qui
parle de « Liberté » de « niveau
de vie » ? la droite autant que la gauche. Nous
allons vers un modèle qui comme lors des dernières
élections en Allemagne fédérale, verra des
oppositions purement fictives, dans lesquelles rien ne distinguera
les uns des autres, sinon le sigle, la tête des chefs, et la
couleur des affiches.

De plus en plus, il
n’y a qu’un modèle de gestion du capitalisme et tous sont
obligés de s’y soumettre.

Changer la vie ?

Certainement peu
probable dans le cadre du programme commun ; et pourtant, s’il y
a crise, c’est beaucoup plus probable comme saturation des conditions
de vie artificielles.

C’est pourquoi, une
vision globale et critique de la société accompagnant
des débats sur « le futur », sur
l’utopie, sur des propositions concrètes, est très
importante ; elle devrait rendre alors plus violentes les
réactions à l’exploitation, sans les lier à un
quelconque électoralisme.

Encore faut-il que
cette violence ne refuse pas l’analyse de sa propre efficacité
et se fonde sur des principes élémentaires :
rotation, révocation, adéquation entre les moyens et
les fins, possibilité de regroupements affinitaires, etc.

La Lanterne Noire

Notes :

[1Et encore, sans tenir
compte des minorités dépossédées, des
émigrés et des jeunes ; sans parler des velléités
traditionalistes d’un Debré, voulant établir le vote
familial.

[2Quant à
la vie courante, trois faits quotidiens démontrent l’inégalité
flagrante, la fascisation de la vie française.

D’abord,
l’abrutissement par la propagande, le silence de la droite et de la
gauche sur les vrais problèmes (sans compter que la France est
toujours le premier pays consommateur d’alcool par habitant de plus
de 20 ans).

Ensuite, la
mortalité par catégories socio-professionnelle est
révélatrice des inégalités sociales :
à 35 ans, l’espérance de vie d’un manœuvre est de 68
ans, d’un salarié agricole de 70, d’un employé de
bureau, de 72, 73, des professions libérales, de 75 ans ;à50
ans, sur 100 000 employés du tertiaire, 500 meurent, alors que
sur 100 000 manœuvres, il y en a 1 300 ; et à 75 ans,
pour 1000 personnes vivantes à 35 ans, il reste 331
manoeuvres, 366 salariés agricoles, 450, 465 employés
de bureau, 555 de professions libérales, ou de cadres
supérieurs. Et il ne faut pas oublier la mortalité dans
les accidents du travail (2406 en 1972).

Enfin, un récent
article du Monde Diplomatique, révèle que les
assassinats sont 10 fois moindres que le nombre des morts par
accident du travail, et que les vols sont bien inférieurs aux
fraudes fiscales, douanières et financières. Du reste,
la catégorie sociale la plus condamnée est celle des
petits patrons (34 % des cas) alors que les prolétaires, qui
seuls vont en prison, forment 31,6 % de l’ensemble. Sans vouloir nier
l’augmentation et l’importance de la « délinquance »
il reste qu’elle est ridicule face aux tueurs et aux voleurs de haut
vol que sont les hommes du régime.

[3Ceux qui présentent des candidats ou
qui, s’ils n’en présentent pas, jouent le jeu de
« l’officialité », des médias,
voire de la respectabilité.

[4Lier, pour nous, ne signifie pas
homogénéiser, gommer les différences, les
oppositions ou les contradictions, mais prendre en considération
TOUT le problème social, dont « les autres »
font aussi parti.

[5Ces
divergences, sur lesquelles nous n’avons pas le temps de nous
appesantir ici nécessiteraient une étude fouillée
des possibilités de gestion étatisées qu’offre
l’économie française dans le contexte mondial. Le PC et
le PS, qui représentent des « clientèles »
différentes tant au niveau des catégories
socio-professionnelles que dans la classe dominante (voir Front
Libertaire
no 75-76) offrent bien sûr des
options possibles avec des modalités différentes, de
cette gestion planifiée et étatisée

[6Pas
seulement l’argent, d’ailleurs, mais tout ce dont tous peuvent avoir
besoin (maisons, terres, outils, etc.) puisque nous sommes pour
L’EXPROPRIATION

[7Voir à ce sujet dans la lanterne
noire
numéro 4 p 51 : « l’accident de
madame Claustre ».


Mots-clés associés

Dans la même rubrique

Évènements à venir

Pas d'évènements à venir


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.89
Version Escal-V4 disponible pour SPIP3.2