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L’ère nouvelle n°2 (juin 1901)
Le frère aîné
Article mis en ligne le 11 juillet 2007

par Le Péager (Jacques)
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Lire la parabole de l’Enfant Prodigue. — Évangile selon Saint-Luc chap. XV, verset 11 à la fin.

La vilaine créature que ce Frère Aîné dont la parabole nous a tracé un portait à jamais mémorable. Accapareur, envieux, jaloux, coléreux, le tableau est complet. Comme on a du plaisir à le démasquer et à le montrer tel qu’il est derrière son patois de Canaan et son manteau de propre justice.

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Hélas le Frère Aîné est toujours un juste, un de ces impeccables qui n’ont jamais enfreint d’un iota la loi morale ou divine. Il est d’une orthodoxie terrifiante et la lettre du texte sacré n’a pas de secret pour lui. Il la médite jour et nuit, en temps et hors de temps ; que dis-je, il s’en nourrit et personne, plus que lui, ne prêche avec autant de force le salut pour le plus coupable. C’est un homme à qui on ne peut pas reprocher la millième partie d’un accroc dans le Décalogue ; n’est-il pas toujours avec le Père ?

Tout cela n’empêche pas qu’il se proclame un pécheur tiré de « bien bas », qu’il est confit en humilité, farci de textes bibliques, beurré de paroles mielleuses ; il est tout cela, possède bien d’autres qualités encore. Il ne lui manque qu’une chose : l’amour.

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L’amour pratique, bien entendu, car, quant à la charité théorique, personne n’en a jamais possédé autant que le Frère Aîné. Il prend en paroles le parti de Madeleine contre Simon, du bon Samaritain contre les lévites et les rabbins, des ouvriers de la onzième heure contre les mécontents, de la femme adultère contre les pharisiens. Chose curieuse, son texte favori lorsqu’il adresse ses appels à la conscience est précisément la Parabole de l’Enfant Prodigue !

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Le Frère Aîné peut être un chrétien social, c’est-à-dire un des intellectuels du christianisme amené à partager des vues avancées dans le simple but de se mêler au mouvement pour le diriger. Vous le reconnaîtrez à ce signe : c’est que tout chrétien social qu’il est, il a toujours lieu où reposer sa tête et qu’il est sûr du lendemain. Au contraire, le chrétien vraiment converti à l’Évangile intégral ignore, lui, ce que lui apportera le jour qui suit, et quand il prêche l’Évangile, c’est sans savoir, le matin, s’il aura, pour lui et les siens, de quoi subsister le soir.

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Mais tout cela serait encore pardonnable, car nul n’est parfait. Le crime du Frère Aîné n’est pas tant de se mettre en colère, comme certains le lui ont reproché, que la raison qui l’y pousse. Vous la connaissez. Capitaliste gorgé de biens dans la maison du Père, il ne peut supporter que celui-ci traite mieux que lui ce va-nu-pieds de Fils Prodigue, ce vicieux encore mal débarrassé de ses vices, ce pécheur encore mal nettoyé de son péché, ce contempteur des morales divines et humaines : « Comment ! moi Église ; moi, œuvre d’évangélisation ; moi, feuille populaire, moi, chrétien archi-converti et membre respecté de ma dénomination, comment, dis-je, je souffrirai qu’un péager, qu’un inconnu, un ivrogne mal dégrisé ou un voleur rendu honnête d’hier, je souffrirai que transformé par l’accueil du Père, encouragé par Sa bonté, il se mêle de créer tout seul, s’il vous plaît, quelque chose d’indépendant et de nouveau ! Mais mon Père, s’oublie dans sa bonté. Imaginez-vous qu’il lui permet même une certaine réussite ! On dit bien qu’il a réparé, mais cette réparation ne l’a pas rendu parfait, comme moi, par exemple, qui sert mon Père depuis des années sans même recevoir de témoignage autre de son contentement que l’assurance continuelle de sa Présence. »

― O ―

Et sa langue de marcher ; comme la colère est toujours mauvaise conseillère, elle lui fait à plaisir grossir les faits réels. Relisez la parabole de l’Enfant. Prodigue. La première partie du récit nous raconte que le malheureux avait dissipé son bien, le Frère Aîné traduit charitablement dévoré. Dans la débauche ajoute le récit, avec des femmes débauchées renchérit le bon Apôtre. C’est qu’il a l’oreille aux aguets et qu’il écoute tous les racontars, tous les bruits, exacts ou non, colportés sous le manteau et que les soi-disant chrétiens sont renommés pour accueillie chaleureusement. Vous me direz peut-être que dans son culte matinal, il a médité le chapitre XIII des Corinthiens…

La charité ne soupçonne point le mal… elle croit tout… elle espère tout : Quel baume pour son âme, quel velours pour son cœur ! Mais le moment de la pratique est venu et autant en a emporté le vent !

Le Frère Aîné s’est attaqué à l’Ère Nouvelle. C’était inévitable. Mais son joug nous pèse depuis trop longtemps pour que nous n’essayions pas de le secouer. Ne vous déplaise, ici, on défend les péagers et les gens de mauvaise vie, les Madeleine, les Levi, les Zacchée, les malandrins, les faussaires, les prostituées amenés à l’Évangile et transformés par Sa puissance. Au second rang, les justes. Votre justice a dégoûté le monde. C’est aux « péagers et aux gens de mauvaise vie » vous dis-je, à figurer en première place. Nous en sommes, nous, et si nous n’en sommes pas, nous nous considérons en tout cas ; semblables à eux. Pas de place dans l’Ère Nouvelle pour les propres-justes. Point d’illusion. Si vous voulez être des nôtres, descendez jusqu’à nous, frayez avec nous ; partagez nos souffrances, nos luttes, nos misères, nos manquements même, car nous comptons dans nos rangs de ces âmes que seule une évolution lente, pénible, douloureuse a pu conduire ou conduira à la compréhension véritable de l’Évangile intégral. Le monde, même chrétien, peut les mépriser, les avilir, les soupçonner d’insincérité, railler leur enthousiasme, afficher leurs chutes, ils n’en ont cure, ils ont de leur cote Jésus-Christ l’ami des pécheurs, le compagnon des malheureux, l’ennemi des Pharisiens, le dénonciateur du Frère Aîné, c’est bien suffisant !

Jacques Le Péager


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