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Défense de l’homme n°1 (octobre 1948)
Défense de l’homme
Article mis en ligne le 23 juin 2007

par Lecoin (Louis)
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Le monde est anxieux au suprême degré et l’inquiétude emplit tous les cœurs si elle n’assombrit pas tous les visages. La peur est partout et chacun crâne, comme l’autre siffle, pour paraître courageux. La crainte du lendemain angoisse toute l’humanité ; elle obnubile tous les esprits, enveloppant dans son ombre tous les hommes, les défavorisés et les favorisés.

Les défavorisés qui, en travaillant, voient leur pouvoir d’achat s’amenuiser toujours plus, et que la lancinante question de la mangeaille tourmente au point de rayer de leurs préoccupations ce qui ne concerne pas directement le méchant plat du jour.

Les favorisés qui, appréhendant tous les effondrements, sont capables des pires canailleries plutôt que d’abandonner certains de leurs privilèges — risquant de tout perdre pour ne pas atténuer l’écart qui les sépare des premiers.

Le monde est anxieux parce que les humains, au lieu de panser leurs blessures, au lieu de réparer, en partie, les désastres d’une guerre affreuse, au lieu d’assurer les bases de nouvelles sociétés habitables pour tous, s’engagent dans une infernale course à l’abîme. Car, en fin de compte, nous nous jetterons de nouveau dans le plus vaste des conflits armés pour n’avoir pas voulu aborder et résoudre des problèmes urgents, dans l’espoir aussi de reculer certaines échéances.

Des gouvernants affolés et pleins de déraison, des gouvernés sans boussole, oscillant de tous côtés, voilà ce qui survit de la dernière guerre.

La méchanceté, la bêtise et un égoïsme monstrueux, voilà ce qui caractérise l’homme d’aujourd’hui ?

L’Homme ! Un bien beau mot pour désigner quoi ?

L’Homme est tout simplement en voie de disparition — rongé par une paperasserie tatillonne, annihilé par une machinerie abrutissante — ses organes sont atrophiés, ses sens avilis et un automatisme dégradant le diminue encore davantage de jour en jour.

Que faire ?

Une minorité qui désire agir, qui ne peut désespérer, se le demande.

Tout est à reconsidérer, tout est à recommencer, car tout a fait faillite.

Pourtant, les hommes ne sont pas plus mauvais maintenant qu’ils ne l’étaient autrefois. Ils sont déroutés. Tout leur échappe, jusqu’à leurs derniers droits — l’État-Tentacule, profiteur réel de la guerre, saignant sa proie jusqu’à l’ultime goutte.

On ment aux hommes effrontément. Jamais ils ne furent dupés avec une telle aisance, un pareil cynisme, à croire que la presse et la radio les desservent plus qu’elles ne les servent, à croire que les régimes que nous subissons sont terriblement pervertissant puisqu’ils transforment en moyens d’asservissement des modes d’expression inventés pour affranchir.

Les hommes vont à la dérive, les pauvres, et ils en sont bien excusables, quand on songe à leur cerveau vidé, à leur sang anémié par toutes les vicissitudes qu’ils connurent au cours des dix années passées.

Qui les sauvera ?

Hélas ! ils sont perdus s’ils comptent sur autrui, s’ils ne se tirent pas eux-mêmes d’embarras en prenant en main leur destin que les chefs et les mauvais bergers galvaudent. Ils consacreront leur anéantissement durant des générations s’ils ne s’agrippent aux berges et ne reprennent pied pour s’élancer à la reconquête du terrain abandonné.

Nous désirons ardemment les y aider, de toute notre clairvoyance et avec l’énergie que l’on est en droit d’attendre de nous.

Pourquoi ? Par solidarité, d’abord. Ensuite, parce que leur sort sera le nôtre.

Mais que nous apparaissons chétifs à côté des calamités déchaînées ou menaçantes, que notre voix semble faible en face du canon qui gronde et de la bombe, qui éclate.

Quand même, nous prenons la parole. Et notre revue s’apprête à mettre l’accent où il faut, où il est trop souvent oublié intentionnellement ; se met en mesure de parer les coups et d’en asséner au besoin.

Nous rappellerons des vérités premières et nous dirons toujours ce que nous pensons.

Nous écrirons que nous situons l’Homme au faîte de tout. Que le produit de ses laborieux efforts doit lui revenir entièrement et non être gâché pour des institutions dévorantes faussement parées d’éclatantes vertus.

Nous réhabiliterons l’Homme à ses propres yeux ; nous lui donnerons le goût de vivre en harmonie avec ce qu’il réalisera de profitable à son épanouissement. L’Homme devenu maître enfin de la création pour le bien-être de la créature, voila notre but.

Avenir encore lointain, sans doute ; mais, dans le présent, Défense de l’Homme accomplira une œuvre utile : nous dénoncerons les iniquités et les infamies si courantes maintenant ; nous nous porterons au secours de l’homme proscrit ou incarcéré, de l’homme victime des gangsters légaux ou illégaux. Défense de l’Homme fera réfléchir et penser, donnera peut-être à beaucoup le goût de l’action. Elle contribuera plus que quiconque à décentraliser l’existence des individus, à fédéraliser ceux-ci, afin qu’ils échappent plus aisément à l’emprise étatique, afin qu’ils assument une responsabilité vraie et qu’ils acquièrent une personnalité véritable. Car, condamner l’état de choses actuel ne servirait de rien si déjà nous n’envisagions de le remplacer avantageusement.

« Mais, s’écrie quelqu’un penché sur mon épaule, c’est le programme des anarchistes ! »

Qu’importe ! Ce devrait être le programme de tous les hommes de cœur, de ceux qui ne s’inclinent point devant les forces du mal. C’est du socialisme bien compris. Un socialisme qui ignore la dictature. Un socialisme que le parlementarisme n’a pas édulcoré, que le ministérialisme n’a pas domestiqué. Un socialisme conçu à la mesure des hommes décidés à se défendre et en passe de s’émanciper.

Louis Lecoin


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