La Conquête du pain n°2 (20 octobre 1934)
Considérations réalistes sur les événements d’Espagne
Article mis en ligne le 15 juin 2020

Le mouvement révolutionnaire, qui vient de s’achever en Espagne par le triomphe du gouvernement Lerroux, n’offre qu’un intérêt relatif dans le plan social, c’est-à-dire de l’émancipation du prolétariat espagnol.

L’examen objectif des faits permet en effet de placer ce mouvement, y compris la grève générale, dans le cadre des événements spécifiquement « politiques ». La jeune république espagnole est en évolution constante et toute prévision serait bien audacieuse en ce qui concerne son avenir.

En Espagne comme partout ailleurs en Europe, 1a crise économique se fait sentir, et conséquence fatale, le fascisme profile sa menace à l’horizon. Le mouvement fasciste est « tra los montes » dirigé par Primo de Rivera, neveu du trop célèbre dictateur. D’autre part, les monarchistes sont loin d’avoir abandonné toute idée de restauration et ils sont nombreux, riches et puissants.

Quant aux partis politiques dits « de gauche », il semble bien qu’ils s’ingénient à imiter ceux de France dans leurs palinodies et leurs renoncements.

Il faut enfin tenir compte de la dissemblance profonde que présentent entre elles les diverses régions de la péninsule ibérique : les Basques et les Navarrais des campagnes, catholiques fervents, tendent vers le séparatisme, mais n’ont que peu ou point d’idéal social. Dans les régions industrielles des Asturies et du Sud, les masses ouvrières sont divisées et le retard apporté par le Sud à la participation au mouvement fut une des causes de son échec.

Enfin, les dirigeants de la Catalogne crurent le moment venu de proclamer l’indépendance de leur pays. Leur acte irréfléchi ne pouvait qu’échouer, et par son échec renforcer le gouvernement de Madrid.

On peut conclure en affirmant que la grève générale et le soulèvement n’auront eu d’autre résultat que de sauver la république bourgeoise d’Espagne, menacée à droite par la réaction monarchiste et fasciste et à gauche par les forces révolutionnaires.

Quant à croire que M. Lerroux et ses amis radicaux manifesteront quelque reconnaissance au peuple espagnol pour avoir sauvé leur République, il faudrait être bien naïf pour cela !

G.