La Presse Anarchiste
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L’union anarchiste et le Libertaire
Article mis en ligne le 19 avril 2019

par Bergeron (Paul)
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« C.G.T.U. » et « Cottin » : tous les efforts de l’Union Anarchiste sont concentrés sur ces deux objectifs. Non syndiqué, je me refuse à étudier le premier. Passons de suite au second.

Cottin : sa personnalité, maladive, subit péniblement son emprisonnement au droit commun, d’autant plus péniblement que Cottin « pense » et que son âme d’apôtre aurait tendance, de par son attitude, à aggraver encore son sort, — son acte, sur lequel je fais toutes les réserves, que je ne puis considérer comme un moment de la conscience humaine, mais plutôt comme une inconscience. En face de ce fait : la Guerre, abattre Clemenceau n’était pas une solution. C’était en août 1914 que la solution devait intervenir : devant la veulerie de la foule, une action « collective » était en quelque sorte impossible, mais il y avait la « solution individuelle », maints camarades l’ont trouvée…

L’U.A. et le Libertaire veulent la libération de Cottin. Les moyens employés y parviendront-ils ? Je doute. Les tracts s’empilent dans les groupes, imparfaitement distribués ; — les réunions, les meetings, fréquents, sont suivis toujours par les mêmes : la masse n’est pas atteinte ; — les articles sur le ton « Libérez Cottin ou quelqu’un parmi nous se lèvera… » ouvrent à de nouveaux camarades les portes des prisons et ferment plus lourdement celle ou végète Cottin… Et puis pourquoi tant insister sur la haute portée morale de l’acte de Cottin ? C’est comme cela que vous espérez aboutir ?

Il est d’autres moyens : ils répugnent peut-être à l’U.A. À moi aussi, ils répugneraient peut-être. Et cependant… Oui, une action bien légaliste… Ligue des Droits de l’Homme, etc. Il est d’autres moyens… Du jour où l’on s’est occupé consciencieusement d’Armand, par des moyens légalistes et par des démarches, sa libération n’a guère tardée…

Et cette agitation autour de Cottin a crée chez nos camarades anarchistes communistes une atmosphère toute spéciale et qui peut devenir dangereuse. Ouvrez le Libertaire, il n’est question que de répressions, et les invectives combien vaines ; une rubrique « Figures Révolutionnaires » exalte les gestes d’action directe, d’un passé récent ; un feuilleton significatif : « De Ravachol à Caseiro » ; des articles véhéments contre « les brutes galonnées », auxquelles on promet, sur le papier, des « balles dans la peau ». Des arrestations, inévitables et dans la logique des choses, arrivent, prétexte à de nouvelles agitations. Lesquelles amèneront nouvelles arrestations. Et jusqu’à quand ? des camarades bien intentionnés, devant le mysticisme desquels je m’incline sans le partager, font la grève de la faim. Agitation nouvelle.

Le gouvernement cédera ? Non. Car il semble désirer sa répression intérieure, heureuse et nécessaire diversion pour poursuivre sa politique extérieure. Camarades, vous prêtez les flancs ! Ressaisissez-vous. Voyez où conduit le chemin sur lequel vous avancez, à grandes enjambées depuis quelques mois. Je ne les ai pas vécues, mais j’appréhende des années semblables aux années 1894-1898. Le geste de Juvénis légitime mon appréhension.

Il existe d’autres besognes. Et plus dangereuses pour nos ennemis. Un homme que notre propagande éducative tenace arrache au milieu ambiant, c’est une victoire ; six mois de prison pour un article « vive Cottin », c’est une défaite.

Camarades anarchistes communistes, ressaisissez-vous !

16 aout 1922
Paul Bergeron

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