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De l’humanisme
Article mis en ligne le 18 avril 2019

par P.R.
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Ce n’est pas parce que nos Cahiers viennent de s’intituler : « L’Humanisme Libertaire », mais je crois que ce mot d’humanisme est en passe de devenir très à la mode. Pourtant peu de termes sont aussi imprécis.

Pour Littré, l’humanisme serait la théorie philosophique qui rattache les développements historiques de l’humanité à l’humanité elle-même l’humanité étant la nature humaine, et l’humaniste celui qui étudie et enseigne les humanités.

Comme l’écrit notre ami Leval, lorsque nous parlons d’humanisme libertaire nous élargissons, nous approfondissons le problème. Ce qu’il faut, c’est trouver ce qui peut « accrocher » et retenir les hommes capables de s’intéresser comme nous aux problèmes de l’humanité, au bonheur et à la dignification de notre espèce. « Le progrès, ajoute Leval, est l’œuvre de ceux qui ne se découragent jamais. »

On peut aussi définir l’humanisme comme un effort pour permettre à l’homme de résoudre tous les problèmes qui lui sont posés dans le monde. Il donne valeur et dignité à la personne en s’appuyant sur sa faculté de penser.

Dans le monde actuel où nous vivons, je pense qu’il est fatal que quelque angoisse vienne saisir ce monde. L’aventure humaine est en effet une histoire qui concerne chacun de nous.

L’humanisme ne peut plus être seulement étude et connaissance de l’humain : il nécessite aujourd’hui un engagement dans le devenir humain.

En effet, l’évolution s’accélère, les événements vont vite et semblent dépasser notre volonté.

Aujourd’hui, c’est l’humanité tout entière qui doit participer à la conduite du navire et diriger sa route. Si nous prenons conscience de cela, nous devenons responsables. Nous accédons à une conscience nouvelle, une conscience mondiale avec des responsabilités et une mission.

Nous ne devons pas combattre les valeurs de l’humanisme traditionnel, mais chercher à les adapter, à les repenser, compte tenu du stade d’évolution actuel, stade vers lequel nous devons regarder et dont nous devons prendre conscience. L’humanisme qu’il nous faut ne doit pas être une doctrine, mais, je crois, un esprit, une attitude. C’est cela qu’il faut inculquer après l’avoir pensé.

Nous vivons dans un monde dont la cadence est très difficile à suivre. Nous constatons qu’une nouvelle civilisation s’instaure. Elle se distingue en premier lieu par la vitesse : vitesse des déplacements, de la transmission de la pensée, des fabrications, des découvertes et des créations nouvelles avec comme conséquence vitesse aussi de l’évolution. Tout cela va croissant. Comment l’homme pourra-t-il s’adapter à ces changements qui se font à de telles allures ? « Emporté dans ce tourbillon, va-t-il devenir un étranger dans le monde qu’il a créé ? », écrivait G. Véraldi. Les hommes qui mesurent l’ampleur de cette révolution et ses incidences dans le futur, futur tout aussi proche que lointain, sont encore peu nombreux. Ce qui apparaît clairement, c’est ce qui freine. La société humaine ne peut plus tarder sans danger à se débarrasser de tout ce qui l’alourdit et entrave sa marche vers le mieux-être : le nationalisme, le racisme, la misère et la faim.

Nous voyons dans notre monde que des structures nouvelles se cherchent et apparaissent comme devant être d’une réalisation sinon impossible, du moins laborieuse. Bien que des intérêts particuliers s’opposent à cette réalisation. S’y opposent aussi certains affrontements d’idéologies dont chacune se prétend la seule valable.

Hélas, on ne constate encore pas une prise de conscience d’une grande masse d’hommes ; aussi faudrait-il que par-dessus toutes les barrières se tendent des mains, les mains de guides éclairés et désintéressés qui montreraient aux autres les bons chemins.

Quels seront ces guides ? Quels principes doivent les inspirer ? Avant tout, le souci de l’homme, de son progrès. C’est pour cela que l’essentiel de toute pensée humaniste doit être défini d’urgence. La recherche dans ce domaine doit être comme le monde où nous vivons : accélérée.

Le principe d’un humanisme apparaît clairement, il peut se réaliser dans un rassemblement des richesses humaines et en leur harmonisation : tâche complexe qui ne peut être effectuée en effet que par des groupes culturels capables d’établir entre eux de fructueux échanges.

Ce qu’il faut, c’est regarder vers un avenir où l’esprit d’entraide et de coopération dominera les incompréhensions et les luttes sectaires.

Créer des liens de solidarité qui puissent unir les hommes plus étroitement, inspirer une morale moderne adaptée au monde actuel, morale fondée sur la responsabilité, la justice et la fraternité. Les hommes ne devraient pas attendre passivement l’entrée dans un paradis, mais aider de leur mieux, chacun selon ses possibilités et ses capacités, à la réalisation d’un monde où il ferait vraiment bon vivre.

Aujourd’hui notre planète est tout entière connue, reconnue, explorée, mesurée, parcourue. L’homme y règne, il l’explore et l’exploite, s’installe, s’y multiplie, s’y organise. Les voies de communication, les relations (amicales et aussi agressives), passionnelles, économiques, culturelles, se nouent entre tous les pays.

Une ère nouvelle s’ouvre : celle de l’évolution de l’humanité entière, totale, disposant des énergies énormes qu’elle peut tirer de la matière de notre globe, et confrontée par là même à de nouveaux et extraordinaires destins.

Les morales traditionnelles, longtemps suffisantes, s’effondrent devant l’ampleur et la complexité des problèmes de notre temps. Nos valeurs doivent être repensées, revivifiées, si nous voulons rester fidèles à ce qu’elles ont d’essentiel :

La valeur « famille », dans un monde où la vie collective prend une place chaque jour un peu plus grande, dans un monde où la sécurité tend à devenir « sociale », où les progrès de la psychologie éclairent de plus en plus les rapports des générations et des personnes au sein du groupe familial ;

La valeur « profession » : les progrès des techniques sont extrêmement rapides, à tel point qu’il ne faut plus former les jeunes pour un métier bien déterminé qu’ils devront faire toute la vie, mais au contraire leur donner une grande facilité d’adaptation à des changements d’activité inévitables ;

Les valeurs dites « nationales » : la facilité que nous avons aujourd’hui à les franchir enlève toute signification aux frontières.

L’interdépendance économique et les institutions qu’elle nécessite préparent en effet la voie à une unité organisée.

L’énumération de ces valeurs est bien loin d’être épuisée, c’est, je crois, à nous de les classer dans un ordre d’urgence.

Il faut aussi trouver les moyens de lutter pour autant contre l’égoïsme, la routine, les préjugés raciaux, la courte vue, le manque de courage mental face aux problèmes de nos sociétés.

Comment y arriver ? Je crois qu’il y un moyen, c’est l’information. L’intérêt que nous portons au vaste monde nous aide à surmonter nos problèmes personnels, en leur donnant dans l’ensemble leur juste place et leur juste sens. Mais il y a un danger : l’équilibre, l’intégrité de l’humain sont précisément menacés par les moyens mêmes dont dispose l’information moderne.

Presse, radio, télévision, enfin tous les moyens d’agir sur les masses, de leur imposer cette culture de masse, deviennent une anticulture.

Puisque l’information représente un risque, s’impose l’information sérieuse, à partir de ce que nous connaissons bien par l’observation directe et l’expérience personnelle et sur quoi nulle propagande ne saurait nous en conter ; par exemple, l’expérience professionnelle, la connaissance d’un milieu, d’un pays, d’un problème, soit social, économique, etc.

L’accélération du monde moderne, l’angoisse dans laquelle se trouve notre humanité qui est en train de se faire, parfois convulsivement, exigent en effet une grande lucidité.

Notre humanité a besoin d’humanisme. En effet, ce besoin s’est fait sentir par suite des immenses bouleversements sociaux du xixe et du xxe siècle, des deux guerres mondiales ensuite, mais aussi des révolutions économiques et politiques, les bonds prodigieux de la science et des techniques dont, il faut bien le dire, les principes mêmes sont constamment remis en cause.

Aujourd’hui tous les systèmes, toutes les religions, pris dans un sens absolu, paraissent périmés.

Valeurs morales, valeurs philosophiques, valeurs religieuses semblent de plus en plus se confiner dans un particularisme étriqué.

Ces valeurs s’évanouissent dans la marée irrésistible qui les recouvre.

Quelle est l’attitude de l’homme en face de la brusque et impétueuse poussée des faits ? La plupart, emportés par le rythme de la vie, se tournent vers l’action utilitaire ou gratuite, individuelle ou collective, dans une sorte de fureur de vivre, annihilant plus ou moins volontairement la pensée réfléchie.

La science ne semble plus avoir de limites, l’investigation scientifique nous entrouvre des horizons insoupçonnés, mais aussi elle nous fait toucher du doigt le drame du monde actuel.

La science de la vie n’explique pas tout ; elle peut enseigner que l’évolution est un processus continu qui permet d’expliquer toutes les étapes : l’homme n’en sera pas satisfait pour cela. Il lui reste encore à comprendre ce qu’est dans son essence l’énergie et la vie : l’évolution : pourquoi il y a des lois et non pas du chaos ; pourquoi la pensée, processus organique, se double de la conscience et d’une volonté libre ; pourquoi je suis et à quoi je suis destiné. Bien plus, si la science permet à l’homme de comprendre sa place dans le Cosmos et le sens de sa destinée dans l’évolution universelle, son inquiétude n’est pas dissipée pour autant.

L’humanité doit essayer de préparer ce que sera le monde de demain, prévoir et aider à sa réalisation. Tâche immense, mais qu’il faut penser.

Le programme est grand, nous devons dans un premier temps faire prendre conscience au monde, faire entendre notre voix.

Rappelons la réponse de Pallas Athéna à la prière sur l’Acropole : « Lentement, mais toujours, l’humanité réalise les rêves des sages. » Essayons d’être ces sages, intéressons le plus possible nos semblables à ces problèmes pour qu’ils œuvrent, nombreux, à ce devenir humain.

Nous devons, dans toute la mesure du possible, concourir à l’essor d’un humanisme toujours plus haut et plus grand.

P.R.

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