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Ma profession de foi politique
Article mis en ligne le 13 avril 2019

par Pouget (Emile)
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Je reprends, nom de dieu, le petit bout d’historique de ma putain de vie, que je narrais la semaine passée.

C’est toujours bon de se connaître, quand on doit bavasser ensemble toutes les semaines. Donc il est pas mauvais que les aminches sachent quel bougre y a dans ma peau, afin qu’ils ne puissent pas dire de bibi ce qu’on dit d’un tas de gas : c’est un mufle comme les autres !

Or donc je reprends l’histoire que j’ai laissée au coup du troubade.

Nom de dieu, fallait se pâtiner, si je ne voulais pas partir, ainsi que les frères et amis.

Naturellement je ne tenais pas à me foutre un doigt en l’air comme un tas de pochetées de la campluche, — ah, non alors !

Heureusement j’ai un bobo ; et comme je suis pas mal fouinard, c’est lui qui m’a sauvé la mise. C’est une varice, petiote comme rien ; le jour où je passais la révision, j’ai fait dans la matinée une sacrée nom de dieu de trotte. L’après-midi j’ai enfilé le costume du grand-père Adam et l’on m’a réformé illico.

C’est pas pour dire, mais y en a bougrement qui truquent dans les mêmes conditions. — Parbleu, chacun tient à sa carcasse — on n’en a pas de rechange, une fois usée c’est pour de bon.

* * * *


Nom de dieu de nom de dieux ! Quand je pense tout de même aux couleuvres que j’ai avalées ; quelle flopée, oh là la !

Naturellement au temps où je gobais que les mômes poussaient sous les choux j’étais catholique.

Faut dire qu’à l’époque, même les types qui se disaient démocrates, laissaient les marchands d’eau bénite salir leurs mômes : les faisaient baptiser, confirmer, communier, marier, etc.

Ils trouvaient ça simple, tout en étant libres-penseurs. — Et sans remonter si haut, il est facile d’en dégotter de ces bougres-là, encore aujourd’hui.

Donc, comme tous les gosses, on m’a abruti avec les gnoleries chrétiennes.

Pourtant c’est ce qui m’a passé le plus vite ; une fois en apprentissage je me suis rapidement dégourdi.

Les marchands de prières nous prêchent le paradis, c’est très bath le paradis, que je me dis. Seulement je le veux sur cette terre, de mon vivant. — Quand j’aurais tourné de l’œil, ce sera pour de bon, et si je coupais plus longtemps dans les boniments des rabâcheurs de paternôtres, — je serais volé, mille bombes !

Je ruminais ça, à l’époque, sans bien savoir au juste ; j’ai vu depuis que j’avais tout à fait raison.

* * * *


Puis j’ai avalé tous les bouquins qui me tombaient sous la patte, anciens et nouveaux.

Je gobais que la vie était pareille à ce que je lisais. Les romanciers de mon époque, c’étaient Alexandre Dumas, Victor Hugo, Eugène Süe ; et je voyais partout des d’Artagnan, des Rodin, des Esmeralda faisant danser leurs chèvres.

Je chantais la Lisette de Béranger, croyant que c’était arrivé ; et je me disais avec ce blagueur :

Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans.

Je t’en fiche : j’aime autant l’entresol !

C’était encore de l’illusion que je me foutais dans la bouillotte. La vie réelle c’est pas ça !

Ah, les romans ! C’est une deuxième religion qui nous empoigne quand nous avons échappé à la première.

Quand donc, nom d’un pétard, qu’on viendra à l’éducation vraie et naturelle, qui nous montrera la vie telle qu’elle est — et nous empêchera de prendre les vessies pour des becs de gaz !

* * * *


Les grandes pommades dans lesquelles j’ai coupé épatemment, ce sont celles de la politique.

Aujourd’hui j’en ai plein le dos ; j’en ai soupé et pour de bon — ça n’a pas toujours été praeil, j’ai été gobeur, comme les copains, plus gobeurs qu’eux.

Et c’est seulement à force de me voir toujours roulé, toujours foutu dedans par les uns et par les autres que j’en suis arrivé où je suis.

Comme de juste, j’ai d’abord été pour le gouvernement : à l’époque c’était l’empire. — On racontait que l’empereur était un bon fieu, qu’il aimait le peuple et voulait son bien, et dam, je le croyais !

Il était le gouvernement ; conséquemment il avait raison — ce que disaient les rouges était des menteries.

La République, nom de dieu, j’en avais un trac insensé.

C’est alors que j’ai fais la connaissance d’une vieille barbe de 48 ; il m’a décrassé un peu, le bougre !

Avec accompagnement de foutres de foutres, il m’a prouvé que la République était le plus chouette des gouvernements.

Il me montrait son chapeau pointu, large comme un parapluie ; ça, mon gas, c’est la République, qu’il me disait !

Et je regardais le chapeau (qui aurait fait une chouette soupe, allez !) la larme à l’œil.

Je comprenais pas bien le coup du chapeau ; mais j’avais encore la vénération de l’incompréhensible ; et je m’inclinais, nom de dieu !

Justement on venait de fonder l’Internationale : oup, il m’a affilié, ça n’a pas fait un pli.

* * * *


Puis sont venues les années de grabuge ; je me suis emballé après Rochefort, et le 4 septembre j’ai braillé avec tout le monde : Vive la République !

Je croyais qu’elle allait nous donner à bouffer — l’ancien de 48 me l’avait dit — je t’en fous !

Ensuite y a eu le siège ; là j’ai pris l’uniforme, être soldat comme ça, ça m’allait, crédieu !

D’ailleurs c’était pour défendre Paris ; on a eu les belles choses que vous vous rappelez : les factions aux fortifics, les queues à la porte des boulangers, et, nom de dieu, la capitulation…

J’en ai pleuré, vrai !

Après je me suis mis avec la Commune, j’ai redéfendu Paris, me suis foutu des trempes avec les Versaillais. Et j’ai eu la veine de ne pas être pigé.

De suite après je me suis installé dans mon échoppe et tout en ressemelant les ripatons du quartier, j’ai politicaillé.

J’ai été successivement pour Thiers, pour Barodet, pour Gambetta, pour Clémenceau, pour Rochefort, pour Joffrin, pour Vaillant.

J’étais pour me foutre à la queue du cheval de Boulanger, quand j’ai réfléchi et me suis dit :

Et merde, on se fout de toi, mon vieux Peinard !

T’as trimé toute la vie ; t’as défendu ta patrie en 70 ; t’as fait tout ce que tu devais faire et t’es toujours dans la mélasse.

Tous les Jean-foutres en qui tu as eu confiance t’ont foutu dedans — faut par continuer à faire le daim !

On te raconte un tas de choses… on te promet plus de beurre que t’en pourras manger — et rien ne vient !

Les réformes après lesquelles tu cours depuis que tu es au monde, c’est de la fouterie.

Faut plus t’occuper d’élever des hommes au pouvoir, pour qu’ils te fassent des pieds de nez après.

Faut faire ton bonheur toi-même !

Alors j’ai passé une grande revue de tout ce qui m’est arrivé depuis que je roule ma bosse par le monde.

Je me suis vu, braillant à pleine gueule, sans raison, après n’importe quoi !

Puis, après des réflecs à en perdre haleine, j’ai repris mes sens, grâce à une bonne chopine, et j’ai reconclu : faut faire ton bonheur toi-même !

Le moyen, c’est un brin de chambardement qui vienne mettre les choses en l’état où elles devraient être.

Aussi maintenant je n’ai plus qu’un désir, c’est de ne pas crever avant d’avoir vu la Sociale.

Et si j’y laisse ma peau, tant pis ! Je suis bientôt assez vieux pour faire un mort.

Le Père Peinard

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