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Le libertaire n°3 (10 — 25 février 1892)
Les machines
Article mis en ligne le 27 mai 2007
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Nous avons été frappés dans nos causeries avec les camarades de l’atelier du courant antipathique qui s’y manifeste contre la machine. C’est à nous faire croire que messieurs les patrons ont eux-mêmes ou par l’intermédiaire de leurs créatures, lancés et propagés ce sophisme monstrueux, qui semble être devenu le mot d’ordre de quiconque n’a pas suffisamment étudié la question et qui n’envisage et ne cherche les causes de notre malaise que superficiellement.

Certes, pour les personnes qui ne l’ont pas approfondie, leur raisonnement ne manque pas d’une
certaine logique, surtout s’ils s’interrogent ainsi : d’où vient cette crise que nous subissons,
qui, loin de s’atténuer va toujours empirant d’avantage ? Pour eux la réponse dit : C’est la machine
puisque chaque jour nous sommes remplacés par elle. Et aussitôt ils font cette réflexion : Eh bien
puisque c’est elle qui nous coupe les bras et nous vole notre travail, sus à la machine, cassons,
brisons les machines.

Fort heureusement les machines sont pour la plupart construites en métal et, par conséquent
offrent quelques résistances, sans quoi il serait à craindre que le jour de la révolution une
quantité de travailleurs énergiques mais inconséquents, ne se laisse dévoyer et dépensent leurs
forces tant à leur propre détriment qu’au bénéfice le plus direct du patronat.

Nous avons la conviction que parmi les producteurs, ce perpétuel et universel fournisseur du
parasitisme, fatigués d’une existence toujours de plus en plus misérable, il s’en trouvera qui se
laisseront aller à cet accès de colère, et cogneront à coups redoublés sur ces innocentes, mais ils
se lasseront bientôt devant leur impuissance, car s’ils sont ennemis jurés de la machine, ils ne
devront pas pour briser celle-ci se servir de celle-là.

Or, nous ne savons pas où commence et finit la machine. Pour nous un simple morceau de fer
percé d’un trou dans lequel ont a fixé un bout de bois, et que nous sommes convenus de nommer
marteau est, jusqu’à certain point, machine nuisible, si l’on considère que ce marteau accélère la
production, qu’il abrège le travail.

Donc pourquoi les ouvriers qui se plaignent du manque de travail s’en serviraient-ils pour
casser et briser ?

En ne se servant que d’outils naturels, la besogne ne leur ferait pas défaut et les résultats
seraient immédiats sinon satisfaisants.

Briser les machines ?

Qui donc peut avoir avancé de semblables idées ?

Il est reconnu que tout progrès crée à l’individu de nouveaux besoins, lesquels il ne peut
assouvir que grâce à l’instrument qui fit ce progrès ; le bris des machines aurait pour effet la
hausse du prix de vente des objets qui, aujourd’hui, ont une moindre valeur précisément à cause de
leur abondance.

Nous tomberions sans elles dans une gêne, dans une misère d’autant plus pénible que nous y
sommes relativement moins habitués. Nous ne saurions plus nous adapter aux conditions d’existence de
nos ancêtres, les paysans, qu’on nous a dépeint broutant l’herbe et allant pieds nus, notre
organisme souffrirait de ce changement par trop brusque, ce retour en arrière et pour ainsi dire
sans transition aurait bientôt fait de nous lasser, et nous serions contraint de reconstruire tout
aussitôt ce que nous viendrions de démolir.

Belle avance !

Non, travailleurs, la machine peut et doit être la bienfaitrice du genre humain.

Sachons comprendre qu’elle ne nous cause du préjudice que parce qu’elle fonctionne au bénéfice
exclusif du spoliateur ; les machines, comme toutes productions sont l’œuvre des générations qui
nous ont précédées, elles sont à nous, il nous incombe de nous en emparer, et les faire travailler,
non au profit de quelques-uns comme actuellement mais pour l’humanité entière.

C’est lorsque les machines travailleront pour tous que, n’ayant plus que quelques minutes de
travail agréable à faire chacun pour subvenir à notre existence chaque jour nous pourront nous
livrer à notre aise aux arts et aux sciences selon nos aptitudes et nos affinités et atteindre enfin
à ce bonheur suprême que l’humanité cherche depuis si longtemps.


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