Le colonialisme : fléau mondial

samedi 8 octobre 2016
par  Genold


À côté de la guerre, du cancer, de la peste et autres fléaux mondiaux, le colonialisme joue un rôle aussi actif que néfaste dans la vie des hommes.

Avec l’impérialisme, le militarisme et autres « ismes » redoutables, ses frères, le colonialisme contribue pour une large part à entretenir l’humanité dans cet état dit « civilisé » mais conforme, quant au fond, à la férocité millénaire de la jungle où depuis toujours les forts écrasent et exploitent les faibles.

C’est devenu un lieu commun de dire que la rivalité des impérialismes européens fut la cause profonde de la guerre de 1914. Cependant celles des nations belligérantes qui se disaient « démocratiques » se défendirent énergiquement de toute volonté impérialiste et affirmèrent défendre la civilisation (!) contre la barbarie et le militarisme des empires centraux.

Nous savons aujourd’hui ce que vaut cette phraséologie. La paix faite, les impérialismes rivaux n’en demeurent pas moins face à face portant en eux les mêmes virtualités tragiques.

La seule différence existant entre 1914 et 1934 consiste dans l’accroissement numérique des nationalismes exaspérés, le traité de Versailles qui devait pacifier le monde n’ayant fait qu’ajouter de nouveaux pions belliqueux sur le fameux « échiquier européen ».

Dans cette Europe d’aujourd’hui, notre République française occupe une place prépondérante parmi les nations impérialistes, prêtes à tout pour maintenir leurs orgueilleuses prétentions.

Cela semble risible lorsqu’on regarde une carte du monde où l’Europe n’apparaît que comme une petite presqu’île du continent asiatique, et où la France n’est elle-même qu’une petite presqu’île d’Europe. De presqu’île en presqu’île, disait un humoriste, il ne reste presque rien ! rien qu’un petit coin du globe où sévit cette maladie mentale de la race blanche : le colonialisme générateur d’impérialisme et de conflits armés.

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Que le colonialisme représente un danger pour la paix, cela est trop facile à démontrer. Pour maintenir, sinon pour agrandir son empire colonial, une grande nation doit être toujours prête à la guerre.

Les exemples ne manquent pas : le temps n’est pas si éloigné où la guerre faillit éclater entre la France et l’Angleterre après Fachoda, puis quelques années plus tard entre la France et l’Allemagne à propos du Maroc.

Et plus près de nous, il y a deux ans, lorsqu’une guerre était en haut lieu envisagée comme imminente avec l’Italie, la Tunisie n’était-elle pas l’un des motifs du conflit ?

Depuis le traité de Versailles, la France est la seconde puissance coloniale du monde, le « brillant second » de la vieille Angleterre et son fameux « empire » colonial est une source permanente de possibilités de conflits : l’Indochine est convoitée par le Japon, la Tunisie par l’Italie, la Guyane par le Brésil, les Antilles par l’Amérique, etc.

On peut donc conclure que le colonialisme constitue un réel danger pour la paix mondiale.

En outre des périls qu’il comporte, le colonialisme constitue pour les peuples en général, et le peuple français en particulier, une immense duperie.

D’une façon à peu près certaine, on peut affirmer que les colonies ne rapportent nul bénéfice à la collectivité française qui les a payées de son sang et de son argent. Seule et encore aux temps de prospérité — l’Indochine apportait à la métropole un tribut relativement important. Ajoutons que le plus clair de ces bénéfices provenaient de deux monopoles immoraux et nocifs au plus haut chef : l’opium et l’alcool.

On peut donc affirmer que jusqu’à présent les colonies n’ont été que l’objet de nombreux emprunts, lesquels grèvent d’autant la dette publique, en vue d’une « mise en valeur » problématique et lointaine, c’est-à-dire engageant l’avenir de la nation sans aucune certitude.

Il faut cependant reconnaître qu’il est en France un petit nombre d’individus intéressés au maintien, voire à l’expansion du domaine colonial. Ce sont les membres des Conseils d’administration, des sociétés coloniales, les hauts fonctionnaires civils et militaires largement prébendés, qui vivent grassement de ce chancre mondial.

En dehors de ceux-là — et que représentent-ils numériquement sur une population de 40 millions d’habitants ? En dehors de ceux-là, disons-nous, le peuple français, dans son immense majorité, ne profite en rien des conquêtes coloniales.

Cette vérité est d’ordre élémentaire et un journal satirique anglais ne publiait-il pas récemment un dessin représentant un chômeur misérable qui s’écriait : « Je possède les Indes, le Canada, l’Egypte, l’Australie, etc., et je n’ai même pas de quoi m’offrir un bon repas ! »

Cette légende peut également s’appliquer à la majorité des Français.

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Ayant ainsi démontré la nocivité et l’inutilité du colonialisme pour les prolétaires de France, et d’ailleurs il nous reste à examiner ledit colonialisme dans son rôle mondial, dans sa valeur intrinsèque, humaine.

Esquissons un résumé succinct de ce vaste problème :

Depuis Marco Polo, les blancs ont perdu l’habitude des explorations pacifiques, des relations exotiques nées au hasard des voyages, et où les nouveaux débarqués ne songeaient qu’à entretenir des relations profitables certes, mais courtoises avec les indigènes.

Les possessions coloniales de toutes les puissances européennes ne sont que le fruit de brigandages armés organisés sous de fallacieux prétextes. Fondés sur la violence, ces « empires » ne peuvent qu’engendrer la haine tenace des vaincus.

La liste des atrocités commises par les blancs en Asie, en Amérique et en Afrique serait longue : conquérants espagnols, la croix et l’épée en main, conquérants britanniques désireux d’imposer leur camelote à coups de canon, conquérants hollandais ou français, tous se valent ! Ils ont aux yeux des races de couleur déshonoré la race blanche !

Quant à la pseudo-civilisation que les envahisseurs portèrent un peu partout dans le monde, elle ne compte guère en face du sang, des larmes et des déprédations accumulés par les conquérants coloniaux.

La connaissance mutuelle des peuples, l’initiation aux progrès de la science moderne eussent tout aussi bien pu se faire pacifiquement. La soif brutale de richesses et de domination l’a emporté, entraînant par son triomphe même cette conséquence inéluctable : le désir ardent, profond, irréductible pour les peuples « colonisés » de se débarrasser, tôt ou tard, et par tous les moyens, des colonisateurs.

La grande presse vante chaque jour la fidélité des peuples coloniaux et les bienfaits de la civilisation française d’outre-mer. Mais elle oublie volontairement de donner la moindre indication sur l’état d’esprit réel des indigènes.

Tout homme conscient et doué de quelque esprit d’observation, ayant vécu aux colonies, sait fort bien à quoi s’en tenir sur l’amitié, la fidélité et la reconnaissance de nos sujets ou protégés.

C’est cette vérité objective, impartiale, humaine, que nous essaierons dans de prochains articles de faire connaître à nos lecteurs.

Genold

P.S. — Le prochain article sera consacré à « l’Indochine et la civilisation française ».