Question sociale

samedi 3 mai 2014

La Revue que nous créons aujourd’hui commence au milieu d’événements bien graves pour ses faibles forces ; elle n’en jettera pas moins son cri sur toutes les iniquités, et aidera dans la mesure de son possible ses aillés à amener la perturbation nécessaire et qui s’impose aujourd’hui.

Les travailleurs sensés que les exploiteurs ont cru anéantir par les mitraillades versaillaises, n’attendaient que les nouveaux renforts que leur ont apportés les jeunes générations greffées sur le sang des martyrs ; aujourd’hui la lutte est arrivée à l’état aigu, les crises qui ont condamné les malheureux travailleurs à la mort par la faim par suite de la sur production que leur ont imposés les exploiteurs, sont las d’êtres esclaves et ne peuvent comprendre que eux, les producteurs, eux qui font la fortune sociale, eux dis-je qui devrait tout posséder, soient condamnés de par la volonté de quelques-uns à assister affamés à l’orgie du produit de leurs sueurs.

À Lyon la situation s’aggrave chaque jour, tandis que municipalité et gouvernement se renvoient mutuellement les travailleurs affamés, les prolétaires eux, n’ont pas même un morceau de pain pour soutenir leurs membres déjà épuisés par le travail sans frein qui leur a été imposé, afin de produire de quoi fournir le superflu aux misérables qui s’intitulent d’eux-mêmes nos maîtres ; qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas par lâcheté que ces travailleurs offraient d’accepter un salaire dérisoire pour des travaux qui n’étaient pas les leurs, risquant par là même d’affamer les travailleurs qui attendent l’ouverture des travaux des fortifications, pour gagner eux aussi de quoi ne pas mourir de faim.

Le socialisme jette de profondes racines parmi les travailleurs de tous les pays, quel qu’en soit le langage ; ils sont unis par le cœur et n’attendent que le moment propice qui s’avance à grands pas ; la crise, qui commencée à Lyon s’étend à tous les pays n’est que le prélude de la grande lutte, ou ayant le choix entre la mort par la faim ou la prise de possession du produit de leur travail, les travailleurs, tous en masse, demanderons la voix haute, la restitution de leurs biens et au besoin sauront l’exiger par d’autres arguments. Que nos frères de Lyon prennent patience, qu’ils fassent sortie sur sorties, et exigent de nos dirigeants, non le travail à bas prix c’est-à-dire une plus forte exploitation ; mais leur part des millions entassés dans les caisses du gouvernement ou des exploiteurs qui ne sont que le produit de leurs sueurs et s’il n’y est pas fait droit qu’ils sachent bien que leur héroïsme ne sera pas partiel et ne remuera peut-être pas seulement un coin de l’Europe, mais qu’uni de cœur par le même but, les socialistes de tous les pays sachant qu’une défaite serait fatale, sauront forcer la victoire à ébranler les vieux trônes et à rendre aux travailleurs ce qu’ils ont produits et qui leur a été volé par ceux que nous ne voulons plus engraisser de notre sueur.

Un travailleur