Regard méditatif sur quelques aspects de l’utilisation de la Méthode

, par  Toussenot (Roger) , popularité : 3%

La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître. — AndreBreton

La première chose qui me frappa dans mon observation du monde, à l’aube romantique de l’adolescence, fut une stupéfiante découverte de la méconnaissance des hommes dans l’atmosphère sensible de l’intelligence.

Je venais de pénétrer dans le château enchanté de Mozart et j’entrevoyais, non sans frisson, le malentendu qui, déjà, annonçait pour moi l’évidence du Pluriel et du Singulier et les recherches de « tout ce que nous ne savons pas encore ». Je vivais alors de philosophie et, comme le Gide des Nourritures Terrestres que j’allais rencontrer peu de temps après, je braquais mon regard dans toutes les directions de ce qui ne me ressemblait pas. Anarchiste et sensuel, j’éprouvais ainsi le plaisir du heurt passionnant des contraires et me plaisais orgueilleusement dans les voluptés du paradoxe. De deux solitudes, celle du philosophe que j’interrogeais et celle du flâneur que je suis resté, je faisais un curieux dialogue.

Des Sages de la Grèce au Discours de la Méthode, je visitais des trésors, ne sachant pas encore que de tous, le capital est en soi. N’étant pas entièrement libéré de ce fameux « cartésianisme » français, je me sentais troublé par le vague ennui que m’inspirait le mécanisme rigoureux et combien pratique ( ! ) de la Raison.

Rêveur né, je ne parvenais pas à adapter la méthode permettant de penser avec précision aux mystères de ma sensibilité. Je ne comprenais pas ce drame de l’inadaptation. Toutes les explications du monde que me fournissaient les philosophes me plongeaient dans un malaise. Trop solitaire pour suivre le mouvement évolutionnaire de la formation intellectuelle des « autres », trop maladif, donc trop lucide, pour m’avouer vaincu par le « fixe insurmontable », je traversais une sorte de crise durant laquelle Hugo, ce faiseur d’ombres, et Nietzsche, ce faiseur d’éclairs, fortifièrent un « métal » que j’ignorais mais dont je souffrais.

Que se passait-il ?… Il se produisait simplement ce phénomène intellectuel qui fut à l’origine et à la base de départ de la belle rigueur de Valéry : au contact de la place publique, je voyais un monde inintelligent et raisonneur. Dès lors, ma lanterne éclairée, je comprenais que les hommes répétaient avec les mêmes gestes, les mêmes données, le même sens géométrique, mais un langage moins noble, ce que leur avaient appris leur ancêtres et qu’ils avaient trouvé commode en vue d’une exactitude relative dans leurs rapports de tous les instants. S’apercevoir brutalement qu’une société préfère le fini à l’infini, le net au flou, le raisonnement à l’intuition, le rapport administratif au poème, la déduction à l’invention, la littérature du Rien à la musique, la géométrie à la finesse, la logique à l’esthétique, le confort trompeur au risque de l’aventure, équivaut à un coup de feu reçu en pleine poitrine. Ne guérit de la blessure que celui qui doit aller plus loin, là où il se sait attendu.

Que l’on ne trouve surtout pas d’égocentrisme dans les lignes qui précèdent. Dans un tel écrit, il ne saurait y avoir place ni pour une modestie fausse, mauvaise ou maniérée, ni pour une vanité encombrante. Il est plus difficile qu’il n’y parait à prime abord de vivre ce séduisant « gidisme », selon lequel l’homme ne s’estime que dans ce qu’il pourrait faire.

La méthode cartésienne est le résultat magistral d’une culture objective de l’évidence raisonnée, sous le signe de la logique. Dans son classique Discours, Descartes, cet architecte de la haute pensée mathématicienne, expose une conception du monde modérée et honnête et dit admirablement la lente édification de « son » système. J’ai souvent lu ce grand livre et je me suis toujours surpris de l’impossibilité navrante dans laquelle je me trouvais de « méditer » profondément la pièce lumineuse si achevée et si harmonieusement écrite, de l’un des plus solides philosophes que la science spirituelle ait connu. Descartes a tout dit ce qu’il avait à dire ; il ne nous laisse rien à deviner.

Ce penseur génial ne me fait pas penser.

À l’antithèse, un Pascal « émeut » la pensée et, pareil à un musicien que guette le gouffre, inspire l’homme, le laisse libre et seul avec lui-même dans un prodigieux et musical flottement de courbes impressionnantes et le porte à « rêver ses pensées ».

Descartes est exact comme un chiffre.

Pascal est sensible comme une note.

Toute la différence est là, chez deux penseurs choisis dans le rayonnement immortel d’une si juste gloire. Choix dont je m’excuse.

Mais, à quelle raison d’être peuvent prétendre des considérations philosophiques qui n’apportent rien d’autre que des critiques toutes personnelles, déjà exprimées d’ailleurs, et, de plus, que viennent-elles faire dans une revue humaniste au socialisme large dont la tâche consiste à défendre l’homme au nom de l’homme bien plus que de confronter des esthétiques pour le seul profit d’un « cérébrisme » raréfié par rapport à la moyenne des hommes, sinon à la multitude ? — seront sans doute tentés de me demander certains lecteurs.

Ce ne serait là que la continuité très logique de ce malentendu que je nomme en commençant ce texte. À de telles questions, il me sera facile de répondre que l’intelligence et l’erreur de sa domestication dans le domaine d’une méthode devenue habitude, puis véritable atavisme, ont tout de même quelque importance, malgré et peut-être à cause du numéro 1949 que porte la fraction du temps que nous traversons.

Dans les « Pensées » qu’il nous a laissées, Pascal aime l’homme en ces termes : « Mais quand l’Univers l’écraserait, l’Homme serait plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’Univers a sur lui, l’Univers n’en sait rien. » L’homme pouvait-il rêver plus belles lettres de noblesse ? Malheureusement, il semble que l’homme actuel s’éloigne de l’idée haute qui le faisait homme. Au vingtième siècle, si l’Univers écrasait l’homme, l’homme ne le saurait plus. Cela tient au fait que l’homme de Pascal était pascalien, c’est-à-dire sublime et comme ennobli par « le silence éternel dés espaces infinis », alors que l’homme de la Société moderne cesse d’être dans le spirituel et n’existe au matériel qu’en fonction de son rôle social et de son milieu ambiant. Il manque d’âme. Il ne sait pas l’universalité et l’immortalité de l’esprit.

Jamais le monde n’a raisonné avec un sens mathématique aussi aigu et sur un mode d’introspection aussi facilement polémisant. Lorsqu’il m’arrive de parcourir des journaux et des revues, j’ai l’impression de m’être égaré dans un endroit où des êtres prétendus « intellectuels » passent leur temps à « ergoter » sur des idées toutes faites et maniables à leur guise. Je jouis intensément en contemplant jusqu’à quel degré absurde, tous disent « juste » et savent « avoir raison ».

Baudelaire était très intelligent lorsqu’il écrivait à son « cher Ancelle » : « Ne me parlez plus jamais des diseurs de riens ! » Je songe très souvent à ce cri d’illumination du grand poète maudit et divin, devant le bavardage de ceux que l’on paye afin qu’ils nous donnent médiocrement la comédie d’alcôve d’une intelligence très frelatée.

Certes, je ne fais aucune espèce d’allusion aux meilleurs esprits de notre époque. Les vraies valeurs n’ont nul besoin d’être nommées. Leur « passage » se fait très bien sans trompettes et les salves d’artillerie font bien du bruit pour ces aventuriers du silence ! Lorsque Sartre vulgarise ses thèses, il perd du temps, mais aussi il gagne sa vie et vit dans « son » métier. Il n’y a rien à dire. Laissons à des marxistes ennuyeux le soin de critiquer et gaspiller du papier pour la plus grande indifférence des foules… Si l’on en croit Herriot (il est question ici de l’universitaire) : « La rhétorique est l’art de se taire quand on a rien à dire. »

Nous revenons à l’auteur des « Fleurs du mal » en reconnaissant que les « gens de lettres et autres économistes engagés » disent très consciencieusement des multiplicités de « riens »… Ils sont les rhétoriciens du vide doublés des logiciens de la sottise brillante. L’unique talent de tous ces gens serait de cesser d’écrire. Mais il ne faut pas demander l’impossible à ceux qui sont incapables de savoir que cet « impossible » plane quelque part. « Fausses certitudes » des gens heureux.

Quand la poésie est en cause, on prononce assez souvent la phrase célèbre :

« Enfin Malherbe vint… » Dès lors, toutes les questions du langage français, en poésie, se trouvent singulièrement enrichies. On se souvient qu’à un certain moment, « il s’est passé quelque chose ». En philosophie, dans le sens large du terme, on pourrait dire aussi : « Et Descartes intervint. » Il sortit de sa longue méditation qui avait commencée auprès d’un poêle, et ce fut pour nous faire comprendre que « la raison a toujours raison », slogan non dépourvu d’orgueil et proposant les interprétations les plus diverses. Ce « trait » qui veut tout résumer et qui, tenons-en compte, a su tout résumer dans l’association et la morale des hommes, ne vaut pas davantage que n’importe quel trait profitant de son ton gravement désinvolte et de son pouvoir de surprise. J’ose aller plus loin une telle parole, exprimée par un maître de la philosophie rationnelle et de la méthode, ne vient pas du langage mais d’un superbe jargon d’homme ébloui par son système, habitant du monde qu’il a créé, sûr de sa lente progression puisqu’il a bouclé son cercle, résolu à son goût les énigmes qui le hantaient, solutionné les problèmes qu’il s’était proposé, clarifié les points obscurs, expliqué ce qu’il ne croit plus inexplicable, mis en valeur l’outil devenu indispensable intitulé : logique. Comment et pourquoi la raison aurait-elle raison puisqu’elle est basée sur un code moral et que ce code moral ne vaut que sur un plan très circonstanciel et très relatif ?… Descartes a construit sur une métrique déterminée, utilisant sa logique véhiculaire qu’il conduit avec une minutieuse exactitude. Même dans les espaces flous de la métaphysique, il s’exprime avec l’objectivité froide du scientifique. Mais, que devient l’intelligence dans cette maison de l’évidence ?

Dans ce musée de l’équilibre, où la visite commence par le sous-sol et finit au dernier étage, et, où le guide fait remarquer à chaque instant que cette architecture contient, à ses yeux, vraiment tous les secrets de l’Univers, que devient la « gravitation insensée » du monde et que pense-t-on de la vie impondérable qui nous entoure, qui est en nous, et de laquelle nous tirons d’extraordinaires « longueurs d’onde » ? Tout trait tiré en géométrie d’un autre, ne signifie rien, sinon un conventionnel nécessaire aux besoins et aux agréments du commerce des sociétés humaines. Toute l’exactitude tend vers une extériorisation, c’est-à-dire dans le sens d’une qualité utilitaire, d’un outil matériel. La vérité, appellation délicate d’un sentiment inscrit dans la durée, n’a rien à voir avec l’exactitude. Une pensée « utilitaire » n’est déjà plus qu’une « fausse pensée » parce qu’elle va servir immédiatement aux hommes, de sorte que ceux-ci n’auront pas le loisir de la méditer ; elle formera des peuples travailleurs, réguliers, respectueux d’eux-mêmes ; elle n’apportera rien au. devenir humain.

Le message de Descartes ne me paraît « valable » que dans la mesure où il soulève une excitation des esprits qui lui sont essentiellement opposés, et sert, par ses « parfaites » faiblesses, une profonde compréhension d’un dépassement de la méthode tout en en considérant les vertus, l’esprit orienté vers un « éveil des mondes » à travers l’infinie navigation dans l’inconnu. Ce message est tombé au sol des intérêts humains et le sage système s’est transformé en automatisme de réflexion allant de l’entretien et de la conversation au travail philosophique le plus abstrait. Le marxisme se situe dans un genre généralisateur identique, avec, à son actif, une parade psychologique, sorte de haut-parleur d’une influence certaine sur les masses, et un machiavélisme sublimé, dédaigneux des courtoisies philosophiques du « passé » et aussi peu moralement élégant que l’exigent les situations et les incidences. Cependant, cette dernière doctrine — puisque doctrine il y a — ne saurait être comparée à l’échelle des valeurs, aux noblesses cartésiennes, enfantées dans le seul et beau souci d’une amélioration culturelle de l’Esprit humain.

Si je ne m’abuse, de l’Intelligence — cette terrible maîtresse des philosophes — Bergson disait approximativement qu’elle est « la faculté de saisir les rapports ». Concision visuelle qui ressemble à l’idée d’après laquelle, elle est la faculté sensible interprétative des perceptions, des sensations, des impressions et de toutes les valeurs qui en découlent. Cette vie intérieure est parcourue en tous sens et à tout instant par des lignes de forces divinatrices et affectives, génératrices de tout un Potentiel Emotionnel. Le cartésianisme indique l’immobilité doctrinale et considère le mouvement par rapport à la forme. L’intelligence « anarchiste » (je prie de lire ce mot sous un angle très particulier et très propre aux nuances) se meut sans arrêt, vit avec le mythe diabolique, gagne en hauteur de vue ce qu’elle perd en ordonnancement et en clarté géométrique. Cette intelligence sensible n’a que faire des rudiments d’une méthode qui ne vaut que sur une table de valeurs comparatives et où le mouvement se répète sans plus jamais se créer au désavantage de la mobilité linéaire de la création.

Jean Epstein écrit quelque part ces lignes remarquables relatives à l’essence du cinématographe : « Toute notre science et toute notre philosophie, toutes ces notions primordiales, cadres ou catégories de l’esprit, qui sont les instruments premiers de connaissance aussi bien philosophique que scientifique, résultent de notre expérience superficielle d’un monde apparemment peu mobile, où la permanence des formes prévaut sur leur devenir, où le mirage d’une certaine rigidité crée des étalons dont nous nous servons pour y accrocher un prétendu cadastre, une ambitieuse législation de la nature. Mais le cinématographe nous arrache à ce rêve de la solidité par un autre rêve, par le cauchemar d’un univers fluidifié, dans l’inconstance duquel les barrières de nos classifications s’en vont à la dérive, les règles de nos déterminations se dissolvent. Il ne s’agit pas de chaos qui signifie mélange désordonné d’éléments disparates. Il ne peut être question de désordre ni d’ordre, quand il n’y a ni ressemblance, ni différence, sur lesquelles on puisse tabler. II s’agit d’une seule nature ; d’une seule essence : le mouvement qui se réalise par son propre changement, par un mouvement de mouvement. »

Musique de la musique ! serais-je tenté d’ajouter.

En suivant Epstein — ce rêveur précis, disait Gance — on voit combien la méthode suit difficile le mouvement courbe, fou et musicien, de l’intelligence sensible, de l’intelligence.

Ainsi, il devient très compréhensible de s’apercevoir combien la mécanique raisonnante est peu spirituelle, réfractaire même à toute vie de l’intelligence « pure ». Qu’il ne soit pas question de l’inconscient « Bergsonien ». L’intelligence libre et musicale agit en pleine et lumineuse conscience. L’esprit peut alors aller très loin, dépasser son support et même faire des fous dont Nietzsche est un saisissant exemple. Ne souriez pas : il vaut mieux finir dans la folie que dans l’idiotie. La folie des intelligents est toujours géniale. Par l’intelligence logicienne, l’homme rabache une gymnastique dans un ordre organisé de points de comparaison. Par l’intelligence pure, l’homme « se réinvente », se cultive en s’approfondissant, « devient ». Le stable parait estimable et parfois admirable ; l’instable est une variation modulatrice dans l’infini. Prévert ne croyait pas si bien dire en écrivant : « C’est fou ce que l’homme invente pour abîmer l’homme. »

Et ailleurs, Epstein dit encore : « Nous sommes — surtout nous, Français — si imprégnés du préjugé cartésien, qu’il nous semble souvent que, hors de l’ordre raisonné, il n’y a pas de pensée valable. Or le domaine sentimental et plus ou moins irraisonnable possède, lui aussi, ses vérités profondes et subtiles, plus profondes et plus subtiles peut-être, quoique moins nettes, que les claires données de la raison. »

Depuis le début de ce texte, je n’ai quitté de vue l’Homme un seul instant. Mais ce « roseau pensant » n’est pas assez esthète, au vingtième siècle, pour suivre les « feux tournants » d’un phare qui lui dit « attention », au seul nom de l’Esprit humain. Cet homme ne sait pas à quel point il raisonne. Il ignore qu’il a cessé de « s’exprimer » depuis sa dernière émotion ou sa dernière rage de dent. Il est entraîné dans le rythme puis dans l’engrenage de la machine sociale, tributaire d’un monde de choses, synchronisé.

L’éducation elle-même est impuissante à déraciner l’homme de ses habitudes ; et, si elle y parvient, c’est au profit d’un nouveau système, d’un nouveau code, d’une nouvelle ébauche, d’une ritualisation. N’oublions jamais que « le monde » est une immensité humaine inextricable et pathétique. Ne jouons pas de l’orgue de Barbarie sur les tourments, les souffrances et les failles intellectuelles des diversités sociales, culturelles, géographiques, historiques et raciales de plus de deux milliards d’êtres qui prient, raisonnent d’une façon devenue atavique, aiment physiquement dans un comportement sexuel propre à leur mentalité et au frémissement épidermique de leur race. Dans chaque pays habité, il est un « cartésianisme » plus ou moins paralysant.

Les religions détiennent les forces les plus subtiles des États. Elles surveillent la façon de penser, c’est-à-dire de « ne pas penser » des hommes qui entendent marquer leur « passage » d’un signe, d’une lueur, d’une parole, d’une note de musique, d’une association d’idées ou d’une révolte de la sensibilité. Toute religion répond à un besoin obscur de l’homme simple, inintelligent ou mystique. Elle discipline la raison par la morale, ce code de l’imbécillité, et fait miroiter un merveilleux qu’elle s’est composée et dont le pouvoir de rayonnement ne fait que s’accroître à travers les âges. Sur la carte européenne, la religion chrétienne a su s’adapter au cours de l’évolution des choses et aux révolutions des faits, sans toutefois compromettre ses valeurs essentielles, en un style d’une stupéfiante souplesse, qui indique sa force et sa capacité d’infiltration souterraine. Il est possible — quoique cela soit difficile à prévoir pour un proche avenir — que l’humanité européenne se détourne d’un christianisme enfin reconnu néfaste, mais ce ne sera alors — si cela est — que le prélude à une nouvelle guerre sainte. Ce n’est pas la science qui mènera les hommes à l’irréligion ; elle n’est pas assez intelligente pour cela.

« Nous autres, civilisations, savons que nous sommes mortelles », disait Valéry du haut de sa terrasse. Cet avertissement pessimiste doit faire méditer longuement. Les rêveurs sont les plus lucides. Les yeux de Nietzsche savaient voir.

Ecrire sur de l’eau quelques pages traitant l’intelligence pure face aux aspects de la méthode ne désigne pas aux applaudissements. Pourtant, si les hommes n’attachaient pas un prix dérisoire à ce qu’ils croient savoir, cette époque pourrait se regarder en face et ne ferait pas dire ce que déjà disait Hegel en son temps : qu’elle aura mérité de périr.

Roger Toussenot