À travers le Monde

, par  Casas (Laurent) , popularité : 3%

Pologne

Nous aimerions ne pas passer sous silence la situation de la Pologne, mais nous avouons que des renseignements sérieux nous manquent encore. C’est un évident bourrage de crânes que de parler des « capitalistes polonais contre les prolétaires russes » ; et, d’antre part, on ne saurait oublier que les Polonais allèrent à Kiyev eu conquérants. Notre espoir d’une paix sérieuse de la Baltique aux Carpates est surtout appuyé sur la volonté des travailleurs occidentaux — cheminots et marins — de ne transporter aucune munition.

L’Ukraine aussi attire notre sympathie ; nous voudrions qu’elle puisse émerger et suivre son évolution propre ; les Pilzudski, Wrangel et Trotzki qui prétendent la protéger, ou aspirent à le faire, ne sont autres que des ennemis pour elle.

P.R.

Italie

Pour être complets, notons encore ici quelques faits :

La Fédération patronale italienne se préparait à faire un « lock-out » général pour contrecarrer les revendications de leurs ouvriers qu’ils trouvaient trop exigeantes. Les syndicats ouvriers avant que ne fût décidée la fermeture des usines, décidèrent d’agir dans un mouvement unanime, et résolurent de rester à leurs postes respectifs. Chose remarquable, ce mouvement d’ensemble s’effectua presque sans effusion de sang, et il fut suivi par un ordre et une discipline remarquable de la part des ouvriers qui semblaient n’avoir qu’un but, se mettre au travail et produire ; c’est ce qu’ils firent d’ailleurs. Chose non moins remarquable, les révoltés n’avaient point du tout l’intention d’exproprier complètement les maîtres de forge, puisqu’ils dirent à ceux-ci : « Nous allons donner à vos usines un maximum de production, mais il faudra nous rétribuer en conséquence. » Les patrons laissèrent faire, mais ils déclarèrent qu’ils ne payeraient jamais aucun salaire à leurs ouvriers tant que ceux-ci travailleraient sous le régime du drapeau rouge. De leur côté, les ingénieurs et les ouvriers techniciens, refusèrent de reconnaître l’autorité des Conseils d’ouvriers. D’autre part, les autorités civiles et militaires ne firent aucune intervention sérieuse pour enrayer le mouvement soviétiste ; elles n’intervinrent que, pour faire rendre à la liberté quelques ingénieurs et ouvriers techniciens faits prisonniers par les rebelles syndicalistes.

Nombreux sont les cas où les ouvriers métallurgistes se sont littéralement barricadés dans les usines : des soviets ouvriers ont été constitués ; des « gardes rouges » font la ronde ; par-ci par-là on a disposé du fil barbelé, hissé des mitrailleuses, voire installé des canons sur les remparts ; dans certains cas se sont produites des collisions avec les défenseurs de l’ordre capitaliste.

Ce mouvement parti de Turin, s’est étendu à Milan, Alexandrie, Plaisance, Gênes, Sampierdarena, Savone, la Spezia, Livourne, Florence, Rome, Naples. À Venise, les métallurgistes ont pris possession de l’arsenal ; à Ancône, ils ont occupé un chantier naval.

Il est bon de remarquer que ces métallurgistes appartiennent à la C.G.T., et que cette organisation ouvrière est entièrement sous le contrôle du Parti Socialiste. Or, les chefs de ce parti, les mêmes qui se sont déclarés avec tant de véhémence en faveur des théories et des pratiques des bolchevistes russes, et ont prêché autant qu’ils ont pu la révolte à outrance, condamnent aujourd’hui un mouvement qui est en grande partie l’œuvre de leur propagande. Il est vrai que tous ces politiciens se sont assagis depuis que 216 des leurs ont pu participer à cette grande assiette au beurre que constitue le Parlement italien.

Labriola, ministre du Travail socialiste, contre les décisions de son parti, se distingue par son activité à combattre les intentions ouvrières qu’il considère comme étant trop prétentieuses. D’un commun accord, avec les chefs du Parti, il condamne l’action des métallurgistes qu’il veut ramener à des sentiments plus disciplinés et plus soumis.

Grande-Bretagne

La Fédération des Mineurs au nombre de 1.200.300 membres, vient de décider la grève générale par un vote de plus de deux tiers, exprimé par voie de référendum. Malgré une telle décision, la grève n’apparaît pas comme étant imminente. Les chefs unionistes temporisent et discutent avec les hommes du gouvernement ; un accord semble possible.

Les revendications de ces prolétaires sont certes très justifiées ; ils affirment, en substance, que l’industrie s’est suffisamment enrichie pour pouvoir diminuer le coût de la vie et accorder des augmentations de salaire. Les mineurs, sont parfaitement documentés sur toutes les choses de leur industrie ; c’est qu’ils ont avec eux des compétences de premier ordre. Parmi celles-ci, il convient de citer Sir Léo Chiozza Money, un socialiste qui se distingua comme organisateur industriel dans le ministère des Munitions et dont l’autorité est admise dans tout le Royaume-Uni. Ce camarade, parlant des bénéfices réalisés sur le charbon, 1° par les propriétaires fonciers ; 2° par les exploitants des mines, et 3° par le gouvernement, conclut que ces bénéfices approchent du chiffre de 100.000.000 de livres sterling par an, soit au pair 2.500.000.000 de francs. Cet éminent socialiste proteste contre la taxe de 66.000.000 de livres sterling que le gouvernement vient d’imposer sur le charbon. Il considère cette imposition comme étant injuste, et cruelle, car affirme-t-il, c’est surtout, les classes pauvres qui auront le plus à en souffrir. Si le gouvernement a besoin d’une telle somme, il devrait la prélever sur le peuple entier, mais d’une façon plus équitable.

Nous croyons pouvoir augurer que la grève des mineurs sera évitée et qu’il sera fait droit à une grande partie de leurs revendications.

Dans un dernier rapport, les représentants des mineurs affirment que le gouvernement britannique prélève un revenu annuel de 66.000.000 de livres sterling sur la vente du charbon à l’étranger, et demandent à quoi est employée cette somme.

Laurent Casas.