Makhno, Wrangel et les Bolchevistes

, par  Bronislas-Zritel , popularité : 3%

Les journaux contre-révolutionnaires russes ont répandu, ces derniers temps, le bruit que Makhno avait conclu une alliance avec le général Wrangel contre les bolcheviks.

Toute cette histoire n’est qu’une pure invention des contre-révolutionnaires et des bolcheviks.

Depuis plusieurs mois, les bolcheviks ont de nouveau ressenti un grand besoin de se débarrasser, coûte que coûte, de Makhno, dont l’influence sur les masses ouvrières et paysannes du Sud de la Russie fait des progrès énormes, et devient menaçante pour les bolcheviks.

Pour en finir avec leurs ennemis anarchistes, les bolcheviks massèrent, à proximité du front de Makhno, une forte armée (16 divisions prélevées sur le front polonais), et déclenchèrent une offensive contre les communes anarchistes. Makhno, comme d’habitude, fit appel aux ouvriers et paysans de sa région pour défendre, contre les bolcheviks agresseurs, l’existence des libres communes non bolcheviques.

Une furieuse bataille s’engagea, et l’acharnement des combattants était tel qu’en maints endroits on ne faisait pas de prisonniers ; tous ceux qui tombaient d’un côté ou de l’autre étaient massacrés jusqu’au dernier. Le combat le plus, meurtrier eut lieu près d’Ekaterinoslaw, aux abords de l’importante station de chemin de fer de Sinélnikowo ; sur une immense étendue, le sol était jonché de cadavres et de blessés.

Devant la ferme volonté de leurs adversaires, déterminés à défendre jusqu’au bout leur liberté et leur existence, les bolcheviks comprirent qu’ils ne pouvaient rien faire par la force des armes, et ils cherchèrent à atteindre leur but au moyen de la corruption. Le chef dé l’état-major bolchevik fit annoncer partout qu’une prime de 10 millions de roubles Romanof reviendrait à celui qui apporterait la tête de Makhno. Mais, si l’on peut corrompre et démoraliser des mercenaires tels que les gouvernements impérialistes ou les bolcheviks en emploient, il en est autrement des ouvriers, des paysans qui défendent leur liberté, leur indépendance, leur existence même. Sachant ce que signifient de telles propositions, ils ont donné la réplique qui s’imposait : chasser l’ennemi, quel qu’il soit.

Entre temps, les contre-révolutionnaires qui se groupent autour du général Wrangel, en Crimée, avaient décidé de profiter de cette situation pour déclencher une offensive, espérant ainsi, dans leur combinaison, pouvoir entraîner les forces de Makhno contre les bolcheviks. Et, pour donner plus de force à ce projet, leur presse a annoncé l’alliance de Makhno avec le général baron von Wrangel et la marche en commun contre les bolcheviks, cela dans le but d’exercer une influence décisive sur la reconnaissance par les alliés de Wrangel, et lui assurer l’appui moral et matériel qui lui est nécessaire.

La presse réactionnaire des alliés n’a pas manqué d’exploiter cette fausse nou­velle, afin de permettre la réalisation des projets contre-révolutionnaires.

Makhno n’a pas besoin de l’auxiliaire d’anciens généraux tzaristes ; il l’a déjà démontré, par la façon dont il a débarrassé la Russie de l’aventurier Grigorieff, qui était venu chez lui avec de semblables propositions.

Il est évident que la légende de l’alliance de Makhno avec Wrangel a également été exploitée par les bolcheviks. Et ceux-ci disposent de larges moyens de propagande, grâce auxquels les fausses nouvelles qu’ils lancent sont rapidement connues du monde entier.

Makhno ne fait pas de politique, pas de combinaisons diplomatiques, ni à l’intérieur du pays, ni à l’étranger, et il ne possède ni stations radiotélégraphiques, ni courriers diplomatiques ; il lui est donc impossible de démentir toutes les allégations mensongères.

Pour notre part, nous savons de source absolument sûre que la nouvelle d’une alliance entre Makhno et Wrangel contre les bolcheviks est fausse de toutes pièces, et n’a d’autre but que, d’une part, compromettre Makhno aux yeux des travailleurs à l’étranger, et d’autre part, renforcer, dans le monde entier, la position des contre-révolutionnaires russes.

Makhno n’a pas peur ; il n’est pas seul ; il a avec lui la Conféderation des anarchistes de la Russie méridionale, parmi lesquels il y a des camarades éprouvés, qui ne craignent ni les provocations ni les menaces des bolcheviks. Ils savent qu’ils défendent la cause de l’idéal libertaire, et ils combattront toute dictature, de quel côté qu’elle vienne.

Bronislas-Zritel.