En Autriche

lundi 31 mars 2014
par  Dolcino

« Erkenntnis und Befreiung » de Vienne, paraissant sous la direction de Pierre Ramus. C’est le journal le plus vivant, le plus combatif, et le mieux fait que possède le mouvement anarchiste de langue allemande, et sa sphère d’influence s’étend toujours davantage. La propagande accomplie par cette feuille s’inspire de la doctrine de non-violence dont Tolstoï a été l’apôtre et nous y trouvons aussi le fond de religiosité qui dominait la conception du grand écrivain russe. Nous constatons néanmoins une large compréhension des autres courants anarchistes et un souci constant de tenir les lecteurs au courant de toutes les manifestations de l’anarchisme mondial de toutes les tendances.

En dehors des articles d’actualité, démontrant la nocivité de l’autorité sous toutes ses formes et la nécessité de lutter avant tout contre son expression la plus concrète, l’État — des traductions de journaux français, italiens, hollandais, etc., complètent le texte ; de même que les mémoires, publiées en feuilleton, d’Alexandre Berkmann qui a payé de 14 longues années de prison dans les geôles américaines sont attentat contre le millionnaire Frick à Pittsburgh pour venger la défaite sanglante de la grève des mineurs de Homestead.

Un des premiers journaux anarchistes du monde, Erkenntnis und Befreiung a pris nettement position contre le bolchevisme, en lequel il se refusait de voir un mouvement d’émancipation, mais plutôt l’écrasement le plus complet de l’individualité sous le monstre État, plus dangereux sous sa forme prolétarienne ou soi-disant telle, que l’ancienne autocratie, parce que puisant dans les forces populaires, captées à son profit, une force nouvelle et décuplée que n’avait plus le régime déchu, combattu par toutes les forces vives de la nation. Les faits ne lui ont donné que trop raison.

Nos camarades d’Autriche eux aussi ne cessent d’attirer l’attention du peuple sur les dangers d’une nouvelle guerre européenne et ils ne prennent pas moins nettement position contre le Front unique, qui ne peut être que celui des partis socialistes autoritaires dirigé contre les éléments libertaires. Ces derniers paraissent décidés en tous pays de ne pas se laisser absorber par des mouvements qui aboutiront fatalement à l’instauration d’un nouveau régime autoritaire quoique se servant en partie de moyens révolutionnaires pour conquérir le pouvoir. Les déceptions découlant de l’attitude de leurs chefs font naître chez beaucoup d’obscurs militants des doutes sur l’efficacité de la dictature prolétarienne et les conceptions anarchistes rencontrent chez ces éléments un terrain fertile.

Dolcino