Dans notre courrier

dimanche 30 mars 2014

Nous avons assez souvent déploré l’insuffisance du courrier reçu pour ne pas nous réjouir du contraire. C’est le cas cette fois-ci, et nous sommes heureux de constater qu’enfin, un échange réel existe entre un certain nombre de lecteurs et nous. À côté des classiques lettres d’encouragements, souvent accompagnées d’une aide « concrète », nous recevons aussi des lettres critiques et nous devons dire que nous préférons publier celles-là, on comprendra facilement pourquoi. Ainsi, nous avons le plaisir de reproduire ci-contre dans sa quasi-totalité, la lettre du camarade G.P. de Châtenay-Malabry, à laquelle il nous permettra, exceptionnellement de répondre sur quelques points nous semblant particulièrement intéressants.

« Votre dernier numéro de NR est intéressant. Je ne peux discuter sur la « Franc-Maçonnerie » ou contredire sur les « Kibboutzim », ce sont des questions que j’ignore, et j’ai appris pas mal de choses. Je pense tout de même qu’il n’y a pas à idéaliser ce qui s’est passé en Israël. Les documents que vous donnez peuvent être lus dans n’importe quelle presse, je pense que NR est fait pour donner son point de vue critique sur ce sujet, sans cela c’est inutile, donc je ne trouve pas ces critiques. Il n’est pas question du rapport « kibboutizim et État », du rôle du nationalisme qui est un véritable chauvinisme, du militarisme qui est très actif, etc., sans parler des rapports avec les Arabes et des raisons qui font qu’il n’existe pas de telles entreprises englobant les Arabes… Quant à la « Franc-Maçonnerie », pour moi, c’est une religion comme une autre, c’est également une équipe qui veut prendre la place des autres et elle est à combattre comme n’importe quelle « institution » qui veut « diriger », surtout pour son propre compte. Je ne connais rien de particulier sur son compte, c’est une puissance à éliminer, à détruire comme les autres puissances, et au même titre. Sa puissance a sans doute beaucoup diminué depuis l’heureux temps de la 3e République, mais toutes ces manifestations ne tendent que vers un but : « reprendre du poil de la bête ». Il est normal que ces grands bourgeois aient mis sur pied la laïcité, ils avaient l’aide, pour ce genre de choses, des protestants, pour s’assurer l’Économie, ils devaient mener la lutte contre l’Église et prendre en mains l’État. À l’époque, l’école laïque était nécessaire à leur développement, ce n’est pas précisément d’une école laïque dont il s’agissait mais plutôt d’une École de la nation. Nous nous acheminons d’ailleurs de plus en plus vers cette École de la nation unique et bientôt nous verrons la fusion des Écoles dites laïques et des Écoles dites « libres ». Toutes les mesures qui sont prises depuis Pétain tendant vers ce but et d’ailleurs, ce ne sont pas nos « hommes de gauche » qui s’y opposeront, pour eux, la Nation est une notion tabou et le titre même de la revue des communistes est significatif : « l’École et la Nation ».

Sur le Portugal/Angola et la Belgique/Congo, il y aurait des choses à dire, surtout sur le dernier article, mais cela entraînerait trop de considérations et je n’ai pas le courage de l’entreprendre.

Je parlerai surtout de l’éditorial. Celui-ci dit : « solidarité avec le peuple algérien contre le colonialisme français ». Qu’est-ce que cela veut dire, en pratique ? En quoi pouvait se manifester la solidarité avec le peuple algérien ? Nous étions dans le pays colonialiste donc nous devions nous opposer avant tout aux méfaits que la métropole pouvait commettre sur ce plan, c’était la seule forme de solidarité réelle, valable, avec le peuple algérien. Or nous sommes absolument incapables de nous faire entendre, aussi bien dans l’ensemble du pays que sur nos lieux de travail, nous n’avons pratiquement aucune audience, et, parler de solidarité avec le peuple algérien dans ces conditions, ne pouvaient être que du vent. Tout au plus un contentement à peine moral pour soi-même et admettre toutes les illusions. Nous n’avons été, durant tout le temps de la guerre d’Algérie (et des autres), qu’incapables de lancer réellement et de mettre en pratique, à plus forte raison, le seul slogan pouvant être valable au cours d’un tel genre de conflit : « Rapatriement immédiat du corps expéditionnaire ». Aucun groupement de « gauche », à ma connaissance, n’a formulé ce slogan (et pour cause) et les groupes dits révolutionnaires ont été incapables de le prendre à leur compte et de le diffuser ; or, dans ce cas, pour moi, ce « solidarité avec le peuple algérien » ne veut absolument rien dire. La lutte doit être menée dans le pays où nous nous trouvons, contre le régime que nous subissons et nous devons constater que nous avons été incapables, dans ce sens, d’être solidaires avec le peuple algérien sur un plan socialiste et anti-colonialiste.

Autre chose encore dans cet éditorial : « Toute libération future du peuple algérien ne pouvait que passer d’abord par la destruction du colonialisme, l’étape suivant étant sa lutte contre le pouvoir étatique, la bureaucratie et les nouveaux nantis. Là est la véritable révolution bien plus difficile à faire, au fond, que celles des armes.

Il y a une certaine religion dans cette formule. C’est admettre dans ce passage les étapes nécessaires et tout ce que cela comporte, admettre qu’il y a un pas vers on ne sait quel progrès, que certains régimes se trouveraient dans le sens de l’histoire, qu’il y a un cours de l’histoire inéluctable, etc. Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? L’Algérie d’aujourd’hui est autant sous l’emprise coloniale que celle d’autrefois. La France n’est plus la puissance coloniale en pied, mais l’Algérie a besoin de capitaux pour vivre et elle subit toujours un régime colonial. Le colonialisme n’est pas détruit, il a simplement changé de forme, c’est tout, et c’est cela qui nous intéresse. La formule employée par NR est exactement celle des anti-colonialistes de la fin du 19e siècle et du début du 20e. De toute façon, ces formules ne peuvent plus avoir cours pour nous aujourd’hui, elles sont dépassées et insuffisantes, nous n’admettons pas ces étapes qui ne peuvent intéresser que les gens avides d’exercer leur pouvoir. Pour les travailleurs algériens, les problèmes restent les mêmes avant et après le départ de la France, puissance colonialiste. La révolution, la véritable, la plus difficile, comme il est dit dans l’éditorial, reste à faire, la seule valable, celle qui repousse tout colonialisme et toute exploitation. Jusqu’à maintenant, aucun pas n’a été fait dans ce sens, être révolutionnaire justement, c’est vouloir faire autre chose que ce qui s’est fait jusqu’à maintenant. L’impérialisme, aujourd’hui, a besoin, pour placer sa camelote, pour faire tourner son industrie, d’États “indépendants”. L’Algérie (c’est valable pour n’importe quelle autre ancienne colonie) a beaucoup plus de besoins en tant qu’État indépendant qu’en tant que pays colonisé. Il s’est trouvé que les revendications des bourgeois nationaux et des bureaucrates en mal de pouvoir aient coïncidé avec les besoins des divers impérialismes mondiaux, c’est de cette façon que “la libération nationale” a réussi. Je pense que c’est sur ce plan que nous devons traiter le problème, nous ne pouvons le voir qu’à l’échelle mondiale. J’ai eu avec Louzon (de la “Révolution prolétarienne”) un échange de lettres assez violent vers 1955/56, sur ce sujet, il donnait exactement les mêmes réponses que vous (il ajoutait simplement que j’étais nationaliste ou un colonialiste qui s’ignore !).

Il faudrait également voir la question de Cuba de plus près. Castro a voulu jouer sur le conflit entre deux impérialismes rivaux (russe et américain). Ce qui peut réussir à certains, ne pouvait en aucun cas réussir pour Castro. Il est trop près physiquement des États-Unis et économiquement il dépend trop des mêmes États-Unis. Dans un bref délai, nous assisterons certainement à un renversement, bon gré mal gré : Cuba reviendra, d’une façon ou d’une autre dans l’orbite américaine et au besoin avec l’aide des Russes, trop heureux de se débarrasser d’un pays aussi dangereux (menaces de conflit, interventions directes des États-Unis au besoin de connivence avec les Russes, etc., que sais-je et sans doute pour bientôt). Il est, à mon avis, impossible de penser à une révolution sérieuse dans un seul pays et encore moins dans un pays comme Cuba. L’éditorial dit : “ne rien perdre de ce qui a été acquis”. Qu’est-ce que cela veut dire ? À mon avis, s’il y a eu quelque chose, ce ne peut-être qu’une sorte de “communisme de guerre” que tout pays privé de relations internationales et de capitaux emploie, doit employer, durant un certain temps et qui n’a rien à vouloir avec votre conception du socialisme ».

NDLR. Nous ne pouvons évidemment reprendre tous les points soulevés par le camarade (un autre NR serait nécessaire !) mais nous voudrions essayer brièvement de dissiper certains malentendus, de préciser certaines positions. Sur les kibboutzim, il n’était pas question d’un article sur l’État d’Israël (la malencontreuse étoile sioniste dessinée en début d’article a pu prêter à telle confusion, mea culpa !) et nous n’avons nullement voulu « idéaliser » quoi que ce soit. Sur la FM voir l’article de notre camarade Théo. L’article « Belgique/Congo » était, rappelons-le, une lettre de lecteur et ne représentait pas pour autant la position de notre groupe. Peut-être avons-nous eu le tort de ne pas préciser nos réserves, ladite lettre ayant, malgré son intérêt, certaines résonances désagréablement paternalistes. D’où l’obligation d’une attention toujours en éveil…

Mais la question la plus importante soulevée par le camarade, est évidemment celle de l’Algérie, traitée dans notre dernier éditorial. Et là, nous ne sommes plus tout à fait d’accord avec lui ! Ainsi, il se hérisse devant la phrase « solidarité avec le peuple algérien contre le colonialisme français », et va chercher une quelconque auto-satisfaction de notre part là-dedans. Franchement, le copain nous prend pour des rigolos s’il croit que le but de nos cahiers est de dorer la pilule aux autres et à nous-mêmes. Nous pensons n’avoir jamais sacrifié aux faciles redondances, à l’héroïsme de salon, et, en ce qui concerne le problème algérien, nous avons toujours mentionné notre position de principe anticolonialiste, sans attendre février 1963 pour le faire et surtout en soulignant bien la faiblesse pratique de notre soutien. Qu’il relise NR pour s’en convaincre. Mais, même si notre aide matérielle fut très réduite, cela nous empêchait-il de proclamer notre solidarité avec le peuple algérien contre le colonialisme de « notre » pays ? Nous nous rappelons qu’à une certaine époque, en 1956-57 par exemple, certains anarchistes, oui, renvoyaient dos à dos Algériens et Français : pensez donc, c’étaient deux colonialismes, ça c’était clair et net, fallait pas se mouiller – même par la plume – et on préférait ne pas en parler ! Excuse-nous camarade, mais nous persistons à penser qu’expliquer autour de nous (en la mettant en pratique parfois) notre solidarité anticolonialiste, voulait tout autant dire qu’un slogan du genre « rapatriement immédiat du corps expéditionnaire », parce qu’alors là, en fait d’illusions… Ledit slogan a d’ailleurs été formulé dans la rue, au cours de manifestations où certains de nous étaient, ceci pour l’Histoire (sic). Quant aux étapes nécessaires, soulevées par notre correspondant, nous avons simplement voulu dire que rien ne pouvait être fait en Algérie sans que le colonialisme français ait foutu le camp, oui. Il est facile après coup de dire aujourd’hui, vous voyez, on l’avait bien dit, etc. Mais, outre que nous ne nous faisions aucune illusion quant au futur État – et en cela les libertaires si décriés par le marxisme dit scientifique se trompent assez rarement – algérien, ce que nous n’avons jamais caché, nous répétons que tout révolutionnaire honnête et les anarchistes plus que tous autres, devait choisir à ce moment-là. Crois-tu, camarade, que tous les Algériens ont pris le fusil pour créer d’abord un État et avoir drapeau et une belle armée ? Ne crois-tu pas qu’il y avait aussi un peu d’aspiration à la dignité, la fin du coup de pied au cul permanent ? On pourra répondre que ce sont d’autres, maintenant, qui le donnent, peut-être. Mais à ce moment-là, l’Algérien découvre les joies (?) de l’État, fût-il national, et il se rend compte d’une chose qu’il n’aurait jamais voulu, ou pu, voir si le colonialisme français était resté. Tu es d’ailleurs d’accord avec nous sur la conclusion : la véritable révolution reste à faire. Mais cela est une autre histoire, et n’oublions pas de balayer devant la porte française avant. Nous aurons certainement l’occasion de revenir sur ces questions, celle de l’Algérie et aussi celle de Cuba, que notre camarade lecteur soit remercié pour les avoir resoulevées en sa lettre.

– O –


Du camarade R.B. de Marseille : « … page 69, paragraphe 3. On connaît en tout cas un certain nombre de copains qui y sont (à la FM), qui ne s’en cachent pas, ou qui y ont été et qui l’ont dit : Voline à Marseille par exemple. Beaucoup de copains ici l’ont connu. On a, d’autre part, un copain qui est au GOF, très connu pour son grade (33e degré), et qui est anar. Quant à Proudhon, relire “De la Justice dans la Révolution et dans l’Église”, où il parle du “Grand Architecte”… ”.

De J.F. (Rhône) le court « billet » suivant que nous publions « in extenso » : « j’ai bien reçu votre publication “Noir et Rouge”, plutôt rouge que noir, et je vous en remercie. Je l’ai lue avec beaucoup d’intérêt. Il ne vous reste plus maintenant qu’à montrer avec le même souci d’objectivité et la même évidente bonne foi, comment et pourquoi un communiste ne peut être ni un libertaire, ni un anarchiste (n’oubliez pas de m’envoyer le numéro de NR qui contiendra cette démonstration). En toute cordialité ».

Du camarade S.G. de Rennes, à propos de notre brochure sur l’Espagne : « … le numéro de NR sur l’Espagne est bien documenté et intéressant du point de vue avenir économique, qui donna un nouveau visage de l’Espagne. Ce qu’il y a de troublant, c’est que les jeunes en Espagne méconnaissent totalement ou presque la révolution 1936-39, pourquoi ? Est-ce que tous les révolutionnaires sont partis à l’étranger et personne n’est resté pour communiquer cette foi révolutionnaire… Quant aux grèves en Espagne, je pense aussi comme le rédacteur, qu’elles vont faire plus pour l’évolution sociale que toutes les petites organisations qui font ce qu’elles peuvent, mais ne touchent pas comme de grandes grèves les travailleurs espagnols.

Quant à l’Église en Espagne, son rôle est toujours aussi obscur et elle est bien foutue de faire comme en France, de s’infiltrer dans les organisations ouvrières et de faire comme la CFTC de l’efficacité, c’est leur terme, pour se mettre bien avec le monde du travail… »

Du camarade B.V. au Brésil : « … le numéro de NR sur le racisme et ses suites recueille des faits intéressants. Mais les conclusions, les jugements des lecteurs, quel que soit le sujet traité, me paraissent toujours ténues, partielles, et pourquoi pas le dire, essentiellement rageuses, nerveuses (émotives en général) ou sentimentales. Il faudrait que je m’explique plus clairement un jour : je reconnais que je ne vous donne qu’une impression. Je crois même que je n’en ferai pas un reproche aux rédacteurs ni aux lecteurs de NR : je me dis de plus en plus que l’anarchisme est une manière de vivre, et de sentir avant d’être une manière de penser, une philosophie pratique. Y a-t-il en ce moment, des moyens d’être intellectuellement satisfait des solutions anarchistes ? Pour prendre le problème sous un autre angle, l’anarchisme est-il un humanisme ? C’est une question purement intellectuelle. Il s’agit de savoir si la vision politique des anars satisferait les besoins de justice et de bonheur de n’importe quelle société. Je crois que l’anarchisme ne répond qu’à une partie des tendances humaines ; la spontanéité, l’activité libre, sans contrainte extérieure, la liberté des rapports conçus hors de toute organisation politique, bref la vie du cœur, des exigences toujours renouvelées sur le mode actif, temps présent de l’indicatif… C’est une partie seulement des exigences de la personne humaine en société. C’est peut-être même une petite partie. Car enfin, l’inaction, ou l’organisation, ou la mise entre parenthèses de l’individu, ou la réserve de la froideur, c’est une expression du donné humain, naturel ou acquis, et ça ne peut être méprisé.

Vous excuserez ce développement encore obscur. Deux conclusions : 1) la vie des anarchistes est un exemple rare d’harmonie entre convictions-idées et action. C’est le plus grand pouvoir du “mouvement” ; 2) mes réserves expliquent en partie hélas, mon silence épistolaire. Je ne savais pas comment les formuler (et je conviens que je n’en parle pas encore de façon satisfaisante) et à chaque fois qu’arrivait NR, ma mauvaise conscience augmentait ».

Du camarade Rodrigues de Rio de Janeiro (extraits) sur le Portugal :

« Cela fait 36 ans d’infamies, de crimes, de misère et de souffrances ; cela fait 36 ans de mensonges, de calomnies, contre les anti-fascistes, de discriminations, de vengeances, de haines contre ceux qui nourrissent comme aliment le vague espoir d’être un jour libres. Cela fait 36 ans que la presse est bâillonnée et que la corruption règne en maître dans les milieux cléricaux, militaires, autarciques ; c’est un gouvernement corrompu sous prétexte d’équilibrer les finances… Des milliers de Portugais émigrent en quête de pain et de liberté… Dans les campagnes, la misère atteint un niveau incroyable… Le plus scandaleux est que le dernier rapport qu’il y eut de l’ONU révèle en Europe occidentale une augmentation de la production alimentaire de 9 % par habitant, ces huit dernières années, mais que dans le même temps, il y eut au Portugal une baisse de 5 % (journal Republica, Lisbonne, 4/11/1961).

Lettre d’Indonésie, décembre 1962 : “nous vivons actuellement une terrible période d’inflation et une des raisons les plus importantes, pour lesquelles les gens sont si apathiques aux choses qui ne concernent pas directement leur existence quotidienne, est l’accroissement du coût de la vie. Les prix des objets de consommation quotidienne montent irrésistiblement sans parler des objets de luxe. Même le commerce des cigarettes qui a toujours été florissant (…) est affecté par cette terrible crise. La demande est tombée, et la demande de tabac (pour rouler les cigarettes) a, en comparaison, augmenté. C’est surtout l’homme de la rue qui souffre le plus (comme d’habitude). La partie la plus riche de notre population peut encore ‘tirer parti’ de la situation. La preuve en est que les boutiques qui vendent des articles de luxe font des affaires d’or. Les gens de Djakarta ont une soif terrible de luxe, c’est pourquoi, à première vue, tout semble si prospère, cependant, quand on regarde avec plus d’attention, on remarque plein de types (venant des champs) qui mendient, couchent sous les proches ou dans les parcs. Cependant, on empêche cela (…) en les ramassant tous pour les emmener dans des sortes de camp de ‘réhabilitation’. Peut-être qu’ils deviennent des ‘transmigrants’ pour Sumatra, l’Est ou l’Ouest de Bornéo ou même de Nouvelle-Guinée, je n’en sais rien. La vie se fait de plus en plus dure, cependant, on ne peut pas dire qu’on meurt de faim. Il y a encore ‘assez’ pour remplir le minimum strictement vital, mais si ça continue, il n’y a pas d’espoir d’avoir un ‘plus’”.

Des camarades cubains, de Miami : “nous partageons avec vous l’analyse de la problématique cubaine actuelle. On ne peut encore rien tirer au clair. Ceci dit, ce qui est très visible, c’est que les États-Unis et l’Union Soviétique sont en train de négocier le problème cubain et les autres problèmes qui agitent le monde actuel. En marge de ces négociations il y a le peuple cubain, celui qui est dedans et dehors, qui n’acceptera aucun type d’accord qui représente la permanence au pouvoir de la tyrannie fidélo-communiste dirigée par Fidel Castro. En effet, le résultat est le même, que Fidel Castro se fasse appeler marxiste-léniniste, ou fasciste. L’important pour nous, est qu’il existe à Cuba un régime dictatorial qui a étranglé tout reste de liberté, en livrant ce qui aurait pu être une révolution libératrice au monstre totalitaire moscovite”.