Chronique internationale

dimanche 30 mars 2014

Comme nous l’avons déjà fait dans un numéro antérieur avec le texte de camarades aux USA (extrait du bulletin intérieur de la « Libertarian League », NR n° 20), nous publions aujourd’hui un « texte de travail », émanant d’une organisation anarchiste à l’étranger. Il s’agit ici d’un éditorial tiré du bulletin « The Echo », de la FA japonaise, destiné aux relations extérieures. Il est paru en septembre 1962 et traduit de l’anglais. Nous espérons présenter, à chaque fois que cela sera possible, les études de militants d’autres régions, à titre de documents, afin de nous faire une idée plus complète du travail anarchiste dans le monde.

Positions des anarchistes et commentaires

Nous devons prendre un nouveau départ – réexamen de la FAJ.

La Fédération Anarchiste Japonaise est en grande difficulté. La stagnation du mouvement pendant les dix dernières années a causé, parmi ses membres, de l’impatience et de l’épuisement. Je ne peux décrire que brièvement les causes de cette stagnation. On peut dire que le défaut d’organisation, l’imprécision d’une théorie centrale de l’anarchisme, l’inaction des individus et d’autres conditions variées, se trouvent mélangés. Mais je pense que l’imprécision de la théorie centrale ne réside pas tant dans le défaut de l’anarchisme en soi que dans l’inaction de chacun. La Fédération a été débordée par l’atmosphère de manque de confiance et de vigueur, quoique quelques camarades fassent d’ardents efforts pour restituer celles-ci. Il est inutile de faire davantage d’efforts pour appeler à coopérer, ceux qui ont perdu la passion pour l’anarchisme. Cependant, nous qui croyons très fermement à l’anarchisme, nous devons prendre un nouveau départ.

L’anarchisme est très exactement isolé et déserté au Japon. En conséquence de quoi, certains membres ont même dit : « L’anarchisme est une pensée dépassée et a rempli sa mission historique. Nous devons réexaminer l’anarchisme en tant que socialisme libre ». J’aimerais leur demander : « Quand l’anarchisme s’est-il déchargé de sa mission historique ? » et « quelle est la mission historique de l’anarchisme ? ». Il est vrai que la pensée anarchiste n’est pas adaptée à notre époque. Mais cela ne signifie point la négation de l’anarchisme lui-même. Nous devons nier l’attitude de simple négation et de destruction, et tenter de créer une image constructive. Nous devons étudier comment adapter les principes de l’anarchisme à l’époque présente. Nous pourrions changer le nom de l’anarchisme si nous n’en étions pas satisfaits. Car l’anarchisme est un socialisme libre par nature. Nous ne pouvons cependant modifier la vérité. En dominant la vérité universelle, la règle de la nature et le véritable caractère de la créature humaine, nous arrivons inévitablement à l’anarchisme en tant que principe philosophique, science sociale et théorie révolutionnaire.

La FAJ n’a pas qu’une organisation syndicale comme moyen de ralliement. Ayant travaillé durement en vue d’organiser des syndicats, nous n’avons pu en organiser seulement un. Nous ne serons pas capables de l’organiser avec notre pouvoir faible et limité qui va en s’affaiblissant. Les grandes discussions sans rapport avec les conditions réelles sont creuses. Étant pressés de mettre une théorie en action, nous ne pensions plus aux questions fondamentales ; autrement dit, une révolution doit commencer dans le cœur des hommes. On peut dire sans se tromper que la révolution de notre esprit est quelque chose d’incomplet. Quelques-uns d’entre nous n’ont pensé qu’à une révolution sociale, parce que beaucoup rêvent d’une révolution. Ils ont pu éclairer l’anarchisme au moyen de tentative sur le plan de la révolution sociale. Nous devrions avoir étudié beaucoup plus l’anarchisme et exposer la vérité. Car la vérité implique toujours la révolution.

Nous avons négligé ce fait dans les mouvements passés. Nous, qui n’avons pas de syndicat ouvrier dans la pratique, nous devrions trouver un nouveau chemin hors des sentiers battus et avancer fermement.

La vérité a les facteurs les plus anciens et les plus modernes parce qu’elle est universelle. En utilisant le facteur primitif de l’anarchisme, nous devons commencer par faire appel à la sensibilité des hommes et réveiller leurs instincts. Alors, leur raison, éblouie par l’habitude, et leur intelligence, ankylosée par une moralité pourrie, se réveilleront vers le droit chemin. L’appel à un mouvement pratique qui serait idéologique et abstrait, est une théorie tout à fait vide, vu la limitation de nos forces. S’il en va ainsi, la pensée anarchique manquera de plus en plus d’adéquation à l’époque présente. C’est une méthode efficace que de donner une grande importance à la propagation de la pensée et de la culture. Autrement dit, nous devons prendre un nouveau départ, départ depuis le commencement.

Aux camarades d’outremer : nous souhaitons recevoir leurs suggestions sur nos futurs mouvements.