Réflexions sur la beauté

samedi 11 mai 2013
par  Grivet-Richard (M.)

Les grandes beautés font un effet plus soudain frappent un coup plus prompt ; mais l’impression qu’on en ressent n’est pas toujours la plus forte et la plus durable. On est touché du premier coup d’œil qu’on jette sur une beauté singulière, et si peu que la sympathie agisse on en est ému ; mais par la nature des choses soudaines et violentes, ce feu prompt s’éteint comme il s’est allumé, si l’on ne trouve que la beauté et qu’elle ne soit pas soutenue par les autres qualités qui peuvent attacher. Au lieu que lorsqu’une beauté médiocre n’a fait sur nous, à première vue que le faible effet d’incliner notre attention vers elle, et qu’à force de la pratiquer nous y découvrons de jour en jour une foule d’agréments que l’esprit et le cœur lui fournissent aisément et qui forment autant de nouvelles chaînes dont elle nous attache ; cet amour, qui n’a pas pris feu soudainement, prend force peu à peu et forme une passion bien plus violente et bien plus durable que ne peut le faire la grande beauté. — Et si l’on consulte l’expérience, on verra que ce n’ont pas été les plus belles qui ont excité les plus grandes et les plus fortes passions.

M. Grivet-Richard