L’imposture religieuse

lundi 15 avril 2013
par  Faure (Sébastien)

Sous ce titre et sur ce sujet, qu’il connaît à fond, notre collaborateur Sébastien Faure se propose de publier prochainement un livre appelé, croyons-nous, à soulever de violentes polémiques et à éclairer les militants sur le problème religieux.

En voici quelques pages dont la Revue Anarchiste est heureuse d’offrir la primeur à ses lecteurs et fidèles abonnés.

* * * *

Il y a des siècles que le christianisme a senti l’impérieuse nécessité d’arracher son Dieu au mystère impénétrable qui l’entoure, de déchirer le voile qui le dérobe à nos regards, afin qu’il soit bien et dûment établi que ce Dieu n’est pas un Être de pure imagination, mais bien, comme l’affirme l’Église, réel et vivants Celle-ci a toujours eu conscience et de l’obligation où elle est d’esquiver ce problème ou de le résoudre, et de l’impossibilité pour elle tant de l’esquiver que de le résoudre.

Que faire alors ?

Admirez le stratagème auquel le catholicisme a eu recours. Il consiste à prendre l’attitude imposante, à manifester l’assurance et à parler le langage hautain qui conviennent aux gens sûrs d’eux-mêmes et qui ne redoutent, ni contrôle ni vérification.

Sans sourciller et sur ce ton qui n’admet en aucune langue et dans aucun pays ni réplique, ni objection, ni démenti, l’Église dit : « Je représente sur la terre le Roi des Rois. Celui dont j’ai reçu pleins pouvoirs, au nom de qui je parle et j’agis, est le Dieu tout-puissant devant qui doivent fléchir le genou, dans la crainte et l’adoration, les plus hautes Puissances d’ici-bas. Qui que vous soyez : Grands et Petits, Riches et Pauvres, Forts et Faibles, inclinez-vous. Sinon, je vous briserai comme verre dans ce monde et vous infligerai, dans l’autre, les puis cruels tourments. »

Allez donc discuter, avec des gaillards qui parlent sur ce ton et avec une telle impudence ! Allez exiger d’ambassadeurs aussi arrogants qu’ils justifient d’abord de l’existence de leur Maître, de sa puissance et de l’étendue de sa domination ; allez réclamer de ces plénipotentiaires qu’ils exhibent les papiers, documents et lettres de crédit qui authentifient leur mission et qualité ! Éblouies, fascinées et, aussi, frappées d’une terreur d’autant plus profonde que la menace venait de l’Inconnu, par conséquent de plus haut et de puis loin, les Puissances auxquelles l’Église proposait dans ces termes un pacte d’association, un traité d’alliance, s’empressèrent d’acquiescer et c’est ainsi que, par surprise et par la terreur, l’Église catholique et les autorités civiles se concertèrent afin de se prêter un appui mutuel basé sur leurs intérêts respectifs.

Il advint, cependant, que, mieux avisés, peut-être plus perspicaces, sans doute moins accessibles à la crainte irréfléchie, quelques Autorités hésitèrent et firent des difficultés avant que de se rendre. Ce fut l’exception et le Catholicisme n’eut pas à lutter beaucoup pour vaincre ces hésitations ou triompher de ces résistances.

À ces hésitations, l’Église répondit par un redoublement d’assurance ; de ces résistances elle eut raison par une recrudescence de menaces et d’intimidations.

« Je ne puis me tromper, affirma-t-elle. Les vérités que j’enseigne n’ont pas à traverser l’épreuve de l’examen, ni de la discussion, puisque je les tiens directement de Dieu lui-même. C’est la parole de Dieu que je communique aux hommes après qu’elle m’a été révélée. Une telle origine chasse toute possibilité d’erreur, toute appréhension de mensonge. Anathème sur qui osera douter de la parole Divine ! Anathème sur qui aura l’audace d’en contester l’authenticité, dont je me porte caution. Hérétique, schismatique, quiconque refusera de s’incliner devant les Vérités Éternelles dont j’ai reçu la Révélation, sera chassé de l’Église, frappé d’Excommunication Majeure et, poursuivi par la malédiction divine, il sera, sur la terre, isolé comme un lépreux et dans l’autre vie, condamné aux flammes éternelles ! »

Br… J’en ai la chair de poule. Cette perspective de l’isolement du pestiféré ou du lépreux dans cette vie et du damné dans l’autre, est terrifiante et on conçoit qu’elle ait suffi à briser les dernières résistances.

Aperçoit-on ici la réalité saisissante, la puissance fascinatrice de cet art consommé avec lequel l’Église sut jouer tour à tour de tous les artifices et manœuvrer les passions les plus diverses, parfois même les plus contradictoires ? Qu’on fixe, quelques instants, sa réflexion sur ce point et l’imposture apparaîtra en pleine lumière.

Ah ! par exemple, c’est un chef-d’œuvre de subtilité, un modèle de patience, un prodige d’impudence. Tout se tient, tout s’enchaîne ; les propositions se suivent avec ordre et méthode ; chacune d’elles, se trouvant exactement à la place qu’il faut qu’elle occupe, emprunte à celle qui précède une partie de sa force et la transmet à la proposition qui suit. Ce chapelet d’assertions forme un rosaire tic Mensonges vraiment remarquables dont les grains conduisent à ce faisceau de Mensonges concertés que j’entends être une Imposture.

« Dieu est éternel. » Il suffit d’attirer l’attention sur cet attribut de Dieu : l’Éternité, pour que l’observation se concentre entièrement sur cet attribut et qu’on ne songe même pas à se demander si Dieu existe ou non. Voilà le premier tour de passe-passe, l’escamotage initial destiné à masquer, à faire disparaître, à jeter dans l’ombre le fondement qui servira de base à l’édifice tout entier.

« Dieu est éternel. » Pour qu’il soit éternel, ne faut-il pas tout d’abord qu’il soit ?… Passez muscade.

« Dieu est infiniment puissant, infiniment bon, infiniment sage, infiniment juste. »

Et cette litanie d’infiniment, attirant l’examen sur cette profusion de perfections, l’éloignera de plus en plus, insensiblement, sans qu’il s’en aperçoive, du point de départ : « Dieu existe-t-il ? »

Reconnaître qu’il est la Puissance, la Bonté, la Sagesse et la Justice infinies, n’est-ce pas admettre, sans aucune discussion, que pour être tout cela, il faut d’abord qu’Il soit ?

« Dieu est Créateur et Providence Créateur. Il a tiré du Néant ta totalité des Êtres et des choses. Providence, Il dirige, surveille, gouverne l’Univers qu’Il a créé et veille à l’observation des Lois qu’Il lui a imposées. »

Il ne suffit pas que le Dogme Catholique proclame que Dieu est éternel, tout-puissant, infiniment bon et juste. Il faut encore qu’il prenne le soin de nous indiquer ce que Dieu fait de ces perfections dont Il est la Somme.

Cette indication poursuit deux buts : le premier, c’est de continuer à éloigner toujours et de plus en plus l’attention du point de départ, de façon à ce que telle devienne la distance qu’on le perde totalement de vue et qu’on cesse entièrement d’y penser ; le second, c’est de faire descendre Dieu des régions extranaturelles où il a été nécessaire de le placer pour contempler, à distance convenable, ses attributs et ses perfections, de l’amener insensiblement jusqu’à l’Univers et de l’y situer afin que, par le fait seul de constater et de sentir sa présence au sein de la Nature, nous nous accoutumions graduellement à l’y mêler constamment.

Sans plus attendre, je signale au lecteur les deux buts de l’indication dont je m’occupe en ce moment. Je veux, ainsi, lui faire remarquer le double mouvement qu’exécute l’Église et par lequel elle marche vers l’Imposture que nous allons trouver au bout :

a) Parler abondamment de tout ce qui concerne Dieu, célébrer lyriquement sa Puissance, sa Bonté, son Amour, sa Miséricorde, sa Sagesse, sa Science, sa Justice ; chanter avec enthousiasme le poème épique de la Création et exalter les splendeurs de la Nature ; tel est le premier mouvement dont le but est, de façon évidente, manifeste, de soustraire à l’examen la question de savoir, si Dieu existe ou n’existe pas, en concentrant toutes les facultés d’observation et de raisonnement sur les Perfections Divines et l’Œuvre de l’Éternel. Tout cela, c’est le premier mouvement.

b) Le premier mouvement doit être complété par un second : rapprocher petit à petit les distances qui séparent Dieu de l’Homme ; faire descendre Dieu des hauteurs où Il règne et le transporter au sein de l’Univers, dont l’Homme fait lui-même partie.

Au point où nous en sommes de l’évolution chrétienne que nous étudions présentement, le premier de ces deux mouvements est fort avancé ; il est même sur le point d’être achevé. Le second commence et nous allons le voir s’exécuter fort adroitement.

« L’homme est le chef-d’œuvre de Dieu. Dieu l’a créé à son image. Il a voulu faire de l’être humain un être à part : presque à égale distance du Créateur et du reste de la Création et comme un composé de la Matière et de l’Esprit. Par le corps, il est matière, par l’âme il est esprit. Esprit, il est libre ; libre, il est responsable devant le Magistrat suprême de ses bonnes et de ses mauvaises actions. C’est Dieu, justicier infaillible, qui le jugera. »

Voilà le pont jeté entre Dieu et l’Homme. Voilà le trait d’union établi entre l’Humanité et la Divinité. Voilà, en dépit de toutes les oppositions et distances, le point de contact qui unit le Créateur et la Créature. C’est l’Âme.

Minéraux, végétaux, animaux, tout ce qui existe sur la terre, et tout ce qui, hors de notre planète, compose l’Univers, peut n’avoir pas conscience de Dieu, ignorer Dieu et ne lui rendre aucun culte. Mais l’âme humaine fait exception à cette inconscience universelle. Elle ne peut ni ignorer, ni méconnaître Dieu. Humble créature dont les destinées sont entre les mains de Dieu, l’homme doit à Dieu les hommages, les adorations, le culte que l’esclave doit au Maître et le sujet au Seigneur.

Au surplus, le temps durant lequel l’âme reste prisonnière de l’enveloppe limoneuse qui l’emprisonne n’est rien en comparaison de l’éternité de récompense ou d’expiation qui, après sa mort, est réservée à l’Homme.

Eh bien ! est-il assez apparent et clair, le second mouvement que j’ai signalé quelques lignes plus haut ? Ne voit-on pas ce point imperceptible, dans l’incommensurable espace : la Terre, devenu progressivement, sous le patient effort de l’Église qui en veut faire son terrain d’action, son champ d’entraînement et d’exploitation, comme le Centre de l’Univers et, de tous les Mondes qui roulent dans l’espace, le globe sur lequel la Puissance, la Bonté, la Sagesse et la justice de Dieu ont, de toute éternité, jeté leur dévolu et décidé de s’affirmer avec éclat ?

Et sur ce globe terraqué lui-même, n’aperçoit-on pas distinctement l’Homme comme la créature en qui s’est complue la Divinité et dont Elle a fait choix en vue de destinées spéciales et immortelles ?

Voit-on comment, pas à pas, liant étroitement sa mission aux desseins de la Providence et au destin de l’Humanité, l’Église catholique a graduellement rapproché l’Homme de Dieu, en comblant insensiblement les distances qui les séparent ? « Toi, Dieu, descends, et toi, Homme, monte. Toi, Dieu, administre, dirige la création ; toi, Homme, prends ta place au sein de cette création. Toi, Dieu, jette les yeux, dans le Cosmos, sur ce petit centre : la Terre et toi, Homme, deviens, grâce à l’intelligence dont la bonté Divine t’a gratifié, le roi de cette planète. Homme, impose ta loi à tout ce qui t’entoure ; mais soumets-toi toi-même à la Loi du Maitre Suprême. Cette Loi, le Maitre a pris soin de la révéler à son Église et Il a chargé celle-ci de te l’enseigner. L’Église, c’est la dépositaire des Vérités Éternelles et des Pouvoirs Divins. L’Église, c’est la représentation, la manifestation de Dieu sur-la terre, l’Église, c’est Dieu lui-même ! »

Voilà le second mouvement : celui qui, ayant pour objet de rapprocher l’homme de Dieu et de confondre Dieu et l’Église, consomme l’Imposture que j’ai, dès le début, annoncée, sur laquelle je vais insister quelque peu et dont je ferai connaître, par la suite, les conséquences actuelles.

Reprenons, maintenant, mais de la façon la plus rapide, toute cette Dogmatique catholique dont l’exposé nous a conduits au point où nous en sommes.

Dieu est Éternel. — Erreur. (Soyons indulgent.).

« Dieu est infiniment puissant, bon, sage, juste. » — Mensonges ! J’en ai fait la preuve dans la première partie de cet ouvrage.

« Dieu a créé l’Univers. » — Mensonge. J’ai prouvé copieusement l’impossibilité et l’absurdité du geste créateur.

« Dieu est Providence. » — Mensonge. J’ai fortement établi que le créateur parfait exclut le Dieu-Providence et que la Providence nie la perfection du créateur.

« Dieu a créé l’Homme à son image. Il lui a donné une âme immatérielle, indestructible, libre, responsable. Dieu, Magistrat suprême jugera et, selon les actes de sa vie, l’Homme sera récompensé ou puni. »

Mensonges ! Mensonges !

Mensonges ! J’ai surabondamment démontré que si Dieu existe, Lui seul est libre, que la perpétuité des sanctions, est incompatible avec l’équité et que l’existence de l’enfer dépose contre la Bonté de Dieu.

On peut être, de prime abord, étonné de cette accumulation de mensonges. Il n’y a cependant pas lieu d’en ressentir la moindre surprise. Tous, ces mensonges découlent les uns des autres ; ils se suivent, ils se tiennent, ils se huent, ils s’enchaînent dans un ordre rigoureux et, quand on arrive à la proposition finale, où s’avère le but qu’on s’est proposé, force est de constater que de tous ces Mensonges pas un n’est inutile, qu’ils sont fort ingénieusement classé et groupés, qu’enfin ils constituent un tout si bien arrangé et disposé qu’il serait acceptable à l’examen le plus sévère, si celui-ci consentait à faire abstraction du point de départ : l’existence de Dieu, comme si ce point était acquis, prouvé, évident.

Ne fallait-il pas que le Dieu du Christianisme eût tous les Pouvoirs ? Puisqu’il devait. remplacer tous les autres Dieux, il était de toute nécessité qu’il réunît en ses mains la totalité des Pouvoirs que se partageaient, avant lui, les divinités du Paganisme.

De là premier mensonge, obligatoire : « Dieu est éternel et tout puissant. »

Ne fallait-il pas qu’il résumât en Lui toutes les perfections : bonté, sagesse, miséricorde, justice ? puisque ses autels, devant s’édifier sur les ruines des autres, Il était appelé à recevoir toutes les prières, à accorder toutes les grâces, à étendre sur tous ses faveurs et ses bénédictions, à faire peser sur tous la promesse de sa justice, tempérée par la promesse de sa miséricorde ?

De là, autres mensonges : « Dieu est la bonté, l’amour, la sagesse, la miséricorde, la justice infinies. »

Ne fallait-il pas qu’Il eût tout créé, pour que tout fût placé sous sa dépendance et ne fallait-il pas enfin qu’Il continuât à gouverner l’univers que les êtres et les choses restassent sous sa domination absolue ?

Nouveaux mensonges : « Création et Providence. »

Ne fallait-il pas, puisqu’il s’agissait d’une religion enseignée par des hommes, pratiquée par des hommes, et d’un mouvement religieux devant avoir son développement sur la terre, ne fallait-il pas attribuer à la terre une place particulièrement importante dans la création, et, accorder sur cette partie de l’univers, une place spéciale et de prédilection à l’espèce humaine ?

De là, mensonges sur mensonges : « l’immortalité de l’âme, le libre arbitre et la responsabilité, le tribunal de Dieu, le ciel et l’enfer ».

Cet, entassement de mensonges, savamment agencés, enchevêtrés, combinés, voilà en quoi consiste l’Imposture.

Est-elle suffisamment démontrée et n’est-elle pas complète, monstrueuse, unique ? L’Église catholique n’est pas sans avoir — et depuis bien longtemps — eu le sentiment que tôt ou tard, sous les coups réitérés que l’esprit d’examen porte à la métaphysique religieuse, tout cet échafaudage de mensonges croulerait. Elle s’est rendit compte de l’obligation qui lui serait faite un jour ou l’autre de prouver l’existence de son Dieu.

Réunis, les volumes qui ont été consacrés à l’établissement de cette preuve, formeraient une immense bibliothèque et quelques-uns de ces volumes témoignent d’un effort considérable, d’une intelligence rare et d’une subtilité sans égale.

Toutefois, on ne trouve, dans aucun de ces ouvrages, un essai de preuve directe et positive, d’une de ces preuves qui ne permettent pas la négation et dissipent le doute. Ici, c’est la nature qui, dans son ensemble comme dans ses détails, dans le spectacle merveilleux que nous offrent les infiniment petits comme les infiniment grands, dans l’ordre admirable dont elle place incessamment le tableau sous nos yeux, c’est ta nature, dis-je, qui dépose en faveur de l’existence du Créateur et de la providence.

Là, c’est un assemblage pénible, un enchevêtrement laborieux de raisonnements, de comparaisons, de rapprochements, d’oppositions, d’inductions, de déductions, de dissertations et d’argumentations sans fin, sorte d’inextricable dédale où s’égare l’esprit, sorte de labyrinthe sans issue où se perd l’entendement.

Nulle part une démonstration claire, lumineuse, limpide, concluante.

À ces docteurs ès-métaphysique qui souvent s’emberlificotent eux-mêmes dans leurs prétendus raisonnements ; à ces constructeurs de syllogismes, de dilemmes et autres arguments qui ne sont, sous leurs plumes, que des sophismes à ces coupeurs de cheveux en dix et de poils en vingt ; à ces dialecticiens lourds, épais et ténébreux qui ont la prétention d’y voir clair où règne la plus compacte obscurité, à ces dogmatiques obtus qui croient raisonner quand ils déraisonnent, je préfère l’humble et simple foi du charbonnier. Celle-la ne va pas chercher midi à quatorze heures ; elle ne tente pas l’impossible ; elle sent obscurément que le problème de la quadrature du cercle n’atteint pas la difficulté que présente celui de l’existence de Dieu et, à toute personne qui l’interroge sur les raisons de sa foi, le charbonnier répond naïvement : « Je ne sais pas pourquoi je crois, mais je crois ; et l’existence de Dieu est pour moi une certitude que rien ne pourra m’enlever. »

L’attitude de certains catholiques — prêtres ou fidèles — a la vertu de la franchise, et j’en ai entendu qui m’ont dit : « Je ne puis, certes pas, prouver l’existence de Dieu et je crois qu’il n’est au pouvoir de personne d’administrer la preuve de cette existence, mais j’appartiens à l’Église catholique. Celle-ci m’enseigne quelques vérités fondamentales. Ces vérités lui ont été révélées par Dieu. Si Dieu a parlé, c’est qu’il existe. N’en aurais-je pas d’autres preuves, celle-la me suffit. »

Évidemment cette réponse est d’une candeur déconcertante. Prouver Dieu par la révélation ou la révélation par Dieu, c’est tourner dans un cercle vicieux ; mais, au moins, ce langage témoigne d’une naïveté qui me désarme.

Ne me parlez pas, au contraire, de ces catholiques : laïcs ou clercs, qui se font fort dc prouver par A plus B l’existence de leur Dieu et qui traitent dédaigneusement d’insensés, d’ignorants, d’incompréhensifs, ou de gens de mauvaise foi ceux qui ne se rendent pas à leurs prétendues démonstrations. Ces sectaires cèdent aux mauvais conseils que leur donne leur rage impuissante et, dans la fureur où les jette, quand il s’agit de prouver Dieu, la constatation de leur incapacité, ils voudraient supprimer tous ceux qui osent douter ou nier.

Laissons-les à leur farouche intolérance et passons.

Sébastien Faure.