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La Lanterne Noire n°5 (mai 1976)
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Article mis en ligne le 22 mai 2007

par Renof (Israël), Sabadell (Diego)
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Le père Peinard (Émile Pouget, Éd. Galilée, Paris, 1976)

Étonnante réédition de Roger Langlais, car le choix d’articles entre 1889 et 1900 est vachement actuel. Quelques chouias de sa chiure d’encre vont vous chatouiller la caboche.

« On a eu le sacré tort de trop se restreindre aux groupes d’affinités. Les groupes d’affinités n’ont pas de racines dans la masse populaire : étant formés par des gars dont les idées et les aspirations sont communes, ils recrutent difficilement de nouveaux adhérents — par le simple motif que, pour désirer y entrer, il faut être un peu au courant des idées qui s’y discutent, et avoir pour elles un tantinet de sympathie. Le problème est celui-ci : je suis anarcho, je veux semer mes idées, quel est le terrain où elles germeront le mieux ? J’ai déjà l’usine, le bistrot… je voudrais que que chose de mieux : un coin où je trouve des prolos se rendant un peu compte de l’exploitation que nous subissons et se creusant la tête pour y porter remède… Ce coin existe-t-il ? Oui, nom de Dieu ! Et il est unique : c’est te groupe corporatif ! Dès qu’un prolo rumine sur son triste sort, qu’il se rend compte que son patron le gruge, il ne fait ni une ni deux : il va à la Chambre Syndicale. Il sait que là il trouvera des camaros ayant les mêmes sentiments que lui et avec qui il se serrera les coudes, pour tenir tête aux singes. » (p. 37).

Ce texte de 1894 ne se limite pas à du syndicalisme débile C.G.T.—F.O.—C.F.D.T., c’est l’adoption officielle (Congrès de Toulouse de la C.G.T. en 1897) du sabotage et du boycottage. Pouget était syndicaliste mais il défendait les attentats :

« Cette société qu’on croyait forte, nous avons vu Ravachol, nous seulement la tenir en respect, mais bien plus, la forcer à reculer. Allez, les jean-foutre, rabaissez votre caquet : votre société de malheur est jugée. Elle durera ce qu’elle pourra, n’importe, la culbute est inévitable. » (p. 237, 238. : 1892).

Pardienne, je sais bien qu’il y a des pleurnicheux qui la trouvent mauvaise : « À quoi ça sert ? », qu’ils rengainent. Qu’on crève un contre-coup, un singe… qu’on en crève dix ou vingt, ça ne change rien à mistoufle du populo. Faut s’en prendre aux institutions, et pas aux hommes… »

« Les institutions, mon bonhomme, je voudrais bien savoir comment ça bricolerait s’il n’y avait pas des jean-foutre pour les faire manœuvrer ? (…) N’importe, c’est un petitot commencement : primo, c’est des bons exemples ; deuxiémo, ça donne de l’espoir aux prolos qui voient qu’on est pas tous des avachis : troisiémo, ça fout la chiasse aux grosses légumes. » (p. 229, 230 : 1892).

J’ramène ma fraise because l’opposition aux attentats, c’était Malatesta et aussi Kropotkine, plus tard. Et ce syndicalisme, le Pouget-Pontesyndicalo, il s’en est torché le cul quand la Cégète a grossi, d’où cette vomissure typique des anarcho-synds de tout poil et toute époque : « Chaque fois que se constitue un groupement où se trouvent en contact des hommes conscients, ils n’ont pas à tenir compte de l’apathie de la masse. Il est déjà assez regrettable que les inconscients se refusent à user de leurs droits, sans encore leur reconnaître l’étrange privilège d’entraver la proclamation et la réalisation du Droit des conscients. » (Émile Pouget, « Les bases du syndicalisme », 1904).

Lisez donc le bouquin qu’on a accouché entre frérots (et qu’à la fin on se critique… on n’est pas démagos) « Capitalisme-Syndicalisme, même combat », chez Spartacus (hélas).

Impressionnant de constater qu’il y a des attentats en Espagne (les exécutions de Montjuich à Barcelone, 1897, p. 245), des flics à gachette facile (1890, 1898, p. 242, 258), la « barbarie française » de la répression outre-mer : « Le soldat éreinté qui, furibond, s’en prendrait à un galonné, passerait au conseil de guerre. Au contraire, celui qui, pour assouvir sa colère, déquille un moricaud, piétine un manifestant ou assomme un prolo, est félicité. » (1900, p. 273), la lutte antimilitariste fondée sur morts pour rien pendant les manœuvres : « Mais il y a quelque chose de plus monstrueux. C’est l’apathie des nicodèmes qui se laissent ainsi mener à l’abattoir. C’est l’apathie du populo qui assiste aux déroutes et se borne à chialer sur les malades, à les pomponner et à les dorloter… La gradaille aurait bien tort de se gêner ! » (p. 286, 1898).

Ouais, la passivité : « Dans les magasins c’est pareil ou même pire, nom d’une bombe ! Un commis fait ses épates parce qu’il touche à la fin d’un mois cent sous de plus que son copain — il donne des ordres avec un air de tranche-montagne qui lui va comme un tablier à une vache. » (p. 226, 1890).

À l’enterrement des gosses (tués par leur mère folle de misère) y avait des tas de couronnes données par les voisins. Mille bombes, ça m’a toujours foutu en colère ces machines-là ! On ne débourserait pas un rotin pour empêcher un vivant de claquer et une fois crevé on lui achète des couronnes. » (p. 296, 1889).

Plutôt que de discuter de la violence, vaudrait mieux comprendre pourquoi il y a si peu de violence ! D’où la démarche de Pouget : « Mais foutre, les jeunets ! les loupiots ! quand vous aurez vu ce que c’est que risquer sa peau pour la Sociale (…), alors vous serez débarrassés de ce qui a causé notre perte à nous, les vieux de 71 (la Commune). Vous n’aurez plus ni bonté, ni pitié et sûrs de retrouver dans chaque bandit épargné un assassin et un mouchard le lendemain, vous n’épargnerez plus personne, et c’est vous, les loupiots, qui ferez alors la bonne ouvrage que nous avons gâtée autrefois avec nos couillonades, nom de Dieu ! » (p. 96, 1902).

Lénine et Staline l’ont fait et c’est de la merde. Parce que les traitres, y en a plus chez les « révolutionnaires » de mon cul que chez les prétendus réactionnaires. La preuve : Pouget lui-même, les ministres anarchistes en Espagne, les anars francmacs en France. Faut-il les raccourcir ?
Faire comme chez les léninards japonais ou allemands ?

Question stupide : l’anarchie, c’est la rotation et la révocation permanente, donc soyons anarchistes et les emmerdeurs se tailleront eux-mêmes pour la social-démo, les maolards…

Un bon bouquin qui débarbouille les méninges, voir le texte de Liebknecht antiparlementaire de 1869, l’anti-masturbations intello parce que faut choisir « les bouquins de physique, de chimie, ça peut servir à l’occasion, y a de chouettes choses à s’appuyer aussi dans la poésie, littérature, etc. quand on a le temps (…) parce que c’est justement ce qu’il y a de dégoûtant dans cette cochonne de société : qu’on s’esquinte au turbin toute la journée, et qu’après on ait tout juste la force de boulotter et de se foutre au pieu (alors) les trente-six mille fantasmagories de raisonnements, à perte de vue, sur des pointes d’aiguilles, ces sacrés flambeaux de philosophards, qu’ils aillent donc au diable ! » (p. 320, 1896).

Sabadell

The Wilhelmshaven revoit. 1918-1919. Icarus (Ernst Schneider) Simian Press. Londres, 1975

Cette brochure d’un des participants apporte un témoignage intéressant bien que trop bref, sur la maturité et la combativité des marins de la marine de guerre allemande, encadré pourtant par des marxistes, partisans il est vrai de l’action directe et au pose avec les magouilles de leurs directions.

Face au désir des marins d’une des bases militaires les plus importantes d’Allemagne d’établir des liaisons avec Kronstadt, on constate le refus de Radek, Russe d’origine allemande représentant de Moscou, de susciter tout acte violent. Quant aux sociaux-démocrates, ils écrasent la révolte — et les autres — grâce aux soldats revenus du front avec leurs armes. Comment s’étonner que dix ans plus tard, les ouvriers aient suivi les fascistes et pas les embryons de résistance des socialistes et communistes ?

Israël Renof — Dubois Adjiakhmet.


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