Dans notre courrier

mardi 2 avril 2013

D’un camarade d’Arrans (Côte d’Or) : « … J’ai des critiques à faire au sujet de l’article de Simon (« NR » n°19). Il dit par exemple qu’il y a 25 ans pour les travailleurs les plus défavorisés, c’était la misère ; moi je dis que pour la majorité, c’est toujours pareil ; il cite le cas d’un ouvrier agricole qui a la télé, etc. moi je n’en connais pas et le cas de Simon doit être une petite minorité ; dans le coin où je suis, les ouvriers agricoles gagnent de 20.000 à 25.000 francs au grand maximum (par mois) et au moins 12 heures par jour ; pour la vieillesse assurée médiocrement, il devrait dire très médiocrement, donc pas assurée du tout.

Pour les salaires, il n’y a pas que des grèves tournantes, il y a aussi des grèves de 24 heures, assez souvent ; évidemment, il vaudrait mieux des grèves illimitées, mais ceci est la faute aux syndicats d’abord, et aux ouvriers ensuite. Pour le SMIG, Simon dit que c’est un plafond non négligeable pour beaucoup ; il me semble que c’est exactement le contraire, le SMIG est loin d’être adapté au coût de la vie ; les petits retraités également, qui ont autant de besoin que les autres, sont très loin d’être en rapport avec la cherté de la vie ; les employés des services publics qui se remuent quand même, mais pas assez évidemment, ne touchent pas les mêmes salaires que le privé.

Pour la Sécurité Sociale, il y a aussi beaucoup à dire : je cite mon cas personnel : j’avais obtenu un mois dans une maison de repos, je devais être remboursé à 100%, or j’ai été obligé de payer 540 francs par jour, sous prétexte que la Sécurité Sociale de la Côté d’Or ne paie que le taux de 1430 au lieu de 1970 à V… ; j’avais obtenu un mois de plus, mais j’ai du y renoncer ; voilà quelques exemples irréfutables et il y en a beaucoup d’autres. En résumé, les salaires, en général, sont loin, très loin d’être en rapport avec le coût de la vie ; également les retraites, etc. Tout le reste de l’article de Simon est très bien… »

Du camarade M.P. de Poitiers : « … Quant à l’article sur le syndicalisme, je ne suis bien sûr pas entièrement d’accord.

Il est très vrai qu’au point de vue de la collaboration de classe, ou du frein sur les luttes ouvrières, les syndicats ne sont pas du tout dégénérés. Bien au contraire.

Il est vrai également que le problème n’est pas de savoir si l’on doit être dans ou hors des syndicats. La lutte peut se faire avec ou contre les syndicats sclérosés.

Mais il est nécessaire d’organiser partout où cela est possible des noyaux syndicalistes révolutionnaires, spécifiquement organisés, qui constituent une avant-garde. Actuellement les syndicats semblent viser à la représentativité (« on a tant de carte ! »). C’est une justification recherchée face à la bourgeoisie qui leur offre les fauteuils de ses Conseils Économiques et autres.

Les syndicalistes de classe n’ont pas la prétention de représenter X individus possesseurs d’une part, mais X exploités susceptibles tôt ou tard de se révolter, et qui auront besoin de leur expérience syndicaliste. Ainsi dans le monde étudiant, le syndicalisme s’il existait ne viserait pas à respecter X étudiants, quelles que soient leurs origines, leur relative tranquillité douillette, leurs égoïsmes bourgeois et petit-bourgeois, mais bien à se faire les porte-parole des jeunes qui pâlissent leurs 18 ans à l’usine, et donc se trouvent victimes d’une véritable aliénation culturelle, et plus particulièrement pour les plus intelligents d’une véritable mutilation intellectuelle.

Je puis en parler, car j’ai trop connu en milieu ouvrier l’immense amertume, et dans certains cas le désespoir de types qui se sont vus refuser le droit à l’instruction (sans toutefois qu’ils éprouvent de honte pour leur métier manuel). Un cas entre autres : mon père voulait être instituteur. Il est modeleur-mécanicien et ouvrier hors ligne ».

Du camarade B.V. de Rio (Brésil) : « … L’article le plus intéressant, marxisme et anarchie, y est malheureusement envisagé uniquement du point de vu marxiste. Ça n’empêche pas les conclusions d’être nettes ; mais il faudrait qu’un anar fasse le pendant : anarchisme et marxisme.

En tout cas, heureusement initiative. Il y a longtemps que les anarchistes français gaspillent leurs forces dans un isolement violent. Personnellement, je crois leur violence nécessaire (par opposition aux hypocrisies douces qui fleurissent sur la question marxiste, mais je n’admets pas leur volonté de détruire directement l’État sans se préoccuper de rien d’autre : y en a marre des belles paroles inefficaces. Je crois que les anars ont à perdre leur belle âme malheureuse et que le marxisme leur en offre quelques possibilités.

Mais ce que je dis là n’est qu’une vue extérieure, je connais des anars, mais pas l’anarchisme ».