Documents sur le naturisme

, par  Zisly (Henri) , popularité : 5%

État naturel et État primitif

Depuis quelques années, il existe des libertaires anti-scientifiques, c’est-à-dire des Naturiens, des gens qui veulent faire comprendre que l’on peut très bien vivre de la Nature elle-même, en se limitant aux stricts besoins qu’elle impose à tout individu : Nourriture, Vêtement, Logement, Affection, Activité. Il faut abandonner la Civilisation, régime idiot de la Science, de la Chimie. de l’Artificiel, du Luxe, dieux et déesses modernes, pour vivre une Vie simple, la vie de nos ancêtres que nous n’aurions jamais dû abandonner, combattre la vie surchauffée, la vie à la vapeur que les Civilisés mènent à leur détriment ! Il faut aussi délaisser le machinisme anti-artistique et stupide, car point n’est besoin de cela pour vivre bien, bellement, sainement, libertairement ! Il faut simplifier l’existence et non la compliquer. Comme on a souvent reproché aux Naturiens de vouloir retourner à l’état primitif, c’est-à-dire en arrière, quant au contraire ils désirent le retour à l’état naturel, nous allons pour aujourd’hui préciser ce point, car il y a une nuance. Que l’on me permette de reproduire les lignes ci-dessous, extraites du journal Le Naturien (n° 3, mai 1898), car je ne saurais dire mieux moi-même :

« Quelle est la différence entre le retour à la Nature et l’état primitif ?

« Il faut d’abord s’entendre sur le mot : retour à la Nature. À notre sens, le retour à la Nature comporte en premier lieu la reconstitution de l’état naturel de la Terre, c’est-à-dire la libre végétation de toute la flore originaire, réglementant le régime aquatique et climatique, et assurant l’abri et l’alimentation de la faune originaire.

« Nous renvoyons le lecteur désireux de se renseigner sur ces points aux traités de botanique et de zoologie des différentes contrées.

« Il y verra que proportionnellement au chiffre de la population maxima, la Terre peut, dans ces conditions, donner l’alimentation à tous, alimentation variée, abondante, spéciale et particulière à chaque saison.

« Ce que nous entendons par « État nature de la Terre », c’est donc le sol avec ses conditions topographiques respectées, ses hauteurs et ses bas-fonds ; avec ses fleuves et rivières non endigués ni enserrés ; avec ses lacs ; avec ses marais même, dont l’utilité échappe à l’aveuglement de nos intérêts civilisés ; l’état naturel, c’est la forêt protectrice abritant les innombrables petits végétaux dont se nourrissent les différentes catégories d’animaux ; et l’état naturel de l’homme, c’est la libre possession de la terre et de ses produits, végétaux, animaux et minéraux, de tout ce qu’il trouve à sa surface, et en cela nous parlons des minéraux mêmes qu’il peut recueillir à fleur de terre et suffisamment pour son réels besoins. Pour l’homme, l’état naturel, c’est, après la satisfaction des besoins physiques, le libre exercice de ses facultés intellectuelles ; mais que ceci soit bien établi : libre exercice, c’est-a-dire qu’il exécutera tel acte ou accomplira telle fonction que lui suggérera son besoin ou sa fantaisie, mais avec l’orientation de son système sensitif, qui le guidera dans la recherche des sensations. C’est alors que l’homme toujours désireux d’éprouver des impressions agréables, évitera instinctivement tout ce qui pourrait heurter, froisser et altérer son organisme, et c’est ainsi que, doué du sens d’ingéniosité, il est certain qu’il se livrera à l’exécution de choses artificielles, mais seulement de ce qui ne pourra nuire à sa santé, tout en lui apportant relativement à la somme de labeur dépensée une somme de satisfaction, sinon supérieure, du moins égale ; en un mot il faudra qu’il trouve dans ce que l’on pourrait nommer cet échange entre ses facultés et ses désirs, un réel bénéfice et des avantages amplement compensateurs des efforts opérés.

« Voici donc ce que nous entendons par État naturel de la terre et État naturel de l’homme ; c’est l’État perpétuel, c’est l’État normal, primordial.

« En tenant compte des conditions établies par ces phases de formation, l’état primitif fut également l’état naturel, mais l’inéluctable loi du mouvement impliquant la transformation, il est impossible de confondre état naturel successif avec état naturel primitif.

Pour être plus précis, nous dirons que la Terre à l’époque tertiaire était couverte d’une végétation spéciale à la formation de son sol un peu mou, et de son atmosphère humide et chaude. C’était bien la Terre a l’état naturel, mais c’était l’état naturel primitif.

« Lorsque plus tard, à l’époque quaternaire, le sol eut, par des explosions souterraines, sa configuration transformée en hauteurs et en bas-fonds, la végétation se produisit selon l’altitude et la latitude, une nouvelle flore s’établit, de même que le règne animal se modifia : ce fut toujours l’état naturel, qui pour nous doit être considéré comme antérieur et primitif, mais qui était successif relativement à l’époque tertiaire.

« Si nous parlons de l’homme, il faut également considérer que, sujet à la loi du mouvement, comme tout autre produit de la nature, il a subi des transformations diverses et heureuses tant qu’il s’est trouvé à l’état naturel ; aussi, en raison de ces transformations, n’est-ce pas l’état primitif de l’homme qu’il est possible de revendiquer, mais bien les conditions naturelles d’existence, qui lui permettraient, comme à l’état primitif, de suivre le développement normal si heureusement commencé, et qui lui assuraient avec la force et la santé, un perfectionnement physique qui a subi un arrêt et même un recul pendant les périodes dites de Civilisation. Mais pour se convaincre de cela, il faut rejeter la fable de la misère naturelle et abandonner la conviction que la production artificielle c’est à-dire la Civilisation, a tiré l’homme d’une situation lamentable pour le placer dans une autre beaucoup plus favorable. Il faut par l’examen, un examen bien simple, constater la richesse de la production naturelle, et alors apparaît l’inutilité de la production artificielle avec son cortège d’accidents et de maladies ».

Est-ce assez clair, je pense ? J’ose espérer qu’après cette lecture chacun se rendra un compte plus exact des grandes lignes de la théorie naturienne, si bafouée – Ô amertume – même par des esprits dits avancés.

Henri Zisly