Nos droits primitifs

samedi 30 mars 2013

Beaucoup de ceux qui souffrent, ignorent, que leur misère et leurs souffrances sont injustifiées ; c’est donc à ceux qui le savent, de le leur expliquer, à seule fin de faire naître dans leurs pensées la conscience qu’ils ont droit à une existence meilleure, ainsi qu’un esprit de révolte pour la conquérir, existence meilleure qui ne peut se réaliser que par la suppression de ces deux fléaux, qui affligent l’humanité : l’autorité, qui est l’asservissement des personnes, la propriété individuelle, qui est la main mise sur les choses. Hors de là, rien à espérer.

Il n y a pas besoin de fortes réflexions, pour se rendre compte, que l’ensemble des institutions sociales, pour mieux dire la société actuelle, bourgeoise et capitaliste, vole aux individus leurs droits primitifs, même que sans gouvernements, sans aucune forme sociale, rien que par le fait de sa naissance ; tout individu possède innés certains droits : le droit de semaille, le droit de pâturage, le droit de cueillir, le droit de dormir, ainsi que le droit de chasse et de pêche. Eh bien ! vous tous, les miséreux, qui n’avez pas seulement le droit de dormir, sans payer de location, et si cela vous arrive de le faire, cette société de boue et de sang, que nous avons la lâcheté de subir, vous fera emprisonner pour délit de vagabondage, par l’intermédiaire de ses souteneurs les fonctionnaires ; le froid aura beau vous meurtrir, vous n’aurez pas le droit de prendre ce qui pouvait vous être utile pour vous réchauffer ; le soleil, vous fera transpirer, vous rôtira, mais défense sera faite de cueillir les fruits, qu’il mûrit et, si l’on ne respecte pas ses lois, cette même société, reflet de toutes les ignominies, pour ne pas avoir respecté la propriété individuelle, qui n’est que le vol légal, érigé en principe, vous emprisonnera encore comme malfaiteur, elle, qui vous a tout pris, excepté l’air et la lumière, parce que le moyen lui manque de pouvoir les accaparer.

Donc, il est bien évident que la société, volant aux individus leurs droits primitifs par ce moyen leur vole leur existence, logiquement, elle la leur doit, puisqu’elle la leur prend et pourtant, c’est le contraire : après l’avoir enlevée, elle vous la refuse, pour cette raison, qui lui est si chère, qu’il faut que les classes dirigeantes et possédantes, qui ont tout accaparé en vous spoliant de tout, à ce que vous aviez droit, aient à leur disposition une humanité laborieuse, pour pouvoir mettre en activité les richesses naturelles et sociales, dont elles se sont emparées car, si les individus avaient la possibilité de vivre librement, ne serait-ce que d’une vie simple, bien peu seraient ceux qui iraient vendre leur travail à celui qui possède ; mais il est impossible de faire autrement parce que au préalable on les a dépossédé de tout capital, afin de les avoir complètement sous la domination capitaliste.

Voila comment s’est créé l’origine du salariat. Les individus aiguillonnés par les affres de la faim, sont venus soit disant librement offrir leur travail aux propriétaires, aux industriels, ainsi qu’à n’importe quel exploiteur de travail ; ce n’est donc pas le travailleur, qui fixe le prix de son salaire, puisqu’il s’offre, poussé par la force de tous les besoins matériels réunis, c’est celui qui l’occupe, et ce salaire n’est et ne peut être la valeur du travail accompli, ce n’est que la somme minimum de ce qui lui est indispensable pour renouveler insuffisamment les forces, qu’il dépense chaque jour au bénéfice de celui qui l’emploie et aussi pour pouvoir se reproduire, afin que sa progéniture, nouvelle chair à travail, chair à canon et chair à plaisir, le remplace au travail lorsque fourbu et usé, il sera rejeté de toutes parts.

Allons, travaille ouvrier, allons plus vite !
Ton patron te surveilla, et ton repos l’irrite.
Allons, travaille, fais un dernier effort.
À toi l’hôpital mais à ton maître l’or.

Prolétaire, petit-fils de l’esclave antique, fils du serf du moyen âge, sache que ta misère peut disparaître et ta douleur cesser ; toi dont les ancêtres ont laissé dans les sillons des traces sanglantes, qui n’ont pourtant que peu modifié tes conditions économiques, parce qu’au lieu de détruire l’autorité, ils se contentaient d’en changer la forme, remplaçant ainsi l’ancien par le nouveau maitre. Il est temps d’apprendre à nous en passer, de faire nos affaires nous-mêmes et d’éclairer l’horizon de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est juste. Semons toujours la vérité, démasquons les fourbes de la politique, pour qui la révolution est accomplie, lorsqu’ils sont installés au Palais-Bourbon ou dans quelque aune sinécure. Soyons adversaires acharnés de tout ce qui est politicien, gouvernant, propriétaire ; continuons sans relâche et sans trêve la guerre à l’autorité et au capital, pour que ces maux et leurs causes anéantis, nous puissions au moins jouir des droits primordiaux et primitifs, qu’on nous dénie.

Un An-archiste lyonnais