Pour l’ultime révolution anarchiste

mercredi 27 mars 2013
par  Mistral (Léonard)

Les luttes de pointe de l’Anarchisme se sont toutes soldées par un gâchis, et chaque fois tout fût à recommencer.

D’ici vingt ans l’humanité va périr de par toutes les forces destructrices qu’elle s’est forgées contre elle même. La prochaine Révolution émancipatrice est l’ultime recours et il s’agit pour nous de profiter des échecs passés :

  • en approfondissant, radicalisant et perfectionnant sans cesse nos structures et nos méthodes de combat ;
  • en créant dans la vie quotidienne la société libre et saine qui demain succédera à la société actuelle en dégénérescence accélérée.

L’expérience bulgare : (lire à ce propos le travail de G. Balkanski sur Cheitanov)

Entre 1914 et 1925, les anarchistes construisent des groupes d’action, parviennent presque à la construction de colonnes. Il faut voir le travail d’amateurs, tel Cheitanov, effectué dans ce dessein ; ils se déplacent sans cesse, courant des risques toujours plus grands.

La FACB, au départ, n’est pas clandestine, mais elle prendra bien vite des revers du fait des rapports évidents qu’elle avait avec les groupes d’action.

La lutte des anarchistes en Bulgarie se termine par une véritable débâcle. S’insérant dans un « Front Uni » avec les communistes et les Sociaux-Démocrates, ils servent de chair à torture et à exécution, et perdent leur temps à traîner les autres partis derrière eux.

Ils constituent une minorité consciente et agissante, sans structures de contact avec le peuple (ne serait-ce qu’avec ceux qui leur apportent leur sympathie et qui ne peuvent manifester leur soutien dans l’action).

Ils ont formé des groupes de résistance armée sous forme de maquis ; c’est tout – mais non une arme perfectionnée qui frappe là où il faut, quand il le faut.

La révolution espagnole

À Barcelone, le lendemain du 19 juillet, tous réclament le Communisme Libertaire, trois jours plus tard, le pas décisif dans ce sens n’ayant pas été accompli, la situation se pourrit dans certains secteurs, où s’installe le régime des pots de vin et du petit profit (industrie maraîchère entre autres).

Les Hommes révolutionnaires se voient contraints chaque jour de faire sortir de leur lit douillet bon nombre de lâcheurs.

Un an plus tard la FAI constatera la naissance d’une bureaucratie. Certains « responsables » ont tendance à se comporter en PDG.

C’est aux structures qu’il fallait s’en prendre !

Une organisation où les délégués n’ont de délégués que le nom, et où les structures leur permettent de disposer d’un pouvoir plus exécutif qu’administratif, de garder des secrets, de décider à l’insu de la base et de l’informer ensuite – est une organisation qui engendre la bureaucratie et qui tend à se transformer en Parti.

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Tirons quelques enseignements des erreurs essentielles de la révolution espagnole.

À côté des gens qui aujourd’hui nous disent : « c’était impossible », nous avons recueilli d’autres témoignages de certains de ceux qui prônaient alors déjà le « tout est possible ! ». Nous n’avons aucune « période de transition » à accepter. Dès la première heure de l’insurrection, toute perspective révolutionnaire qui apparaît avec clarté doit être immédiatement autorisée et encouragée. L’acceptation de compromis renvoyant certains objectifs à « plus tard » (c’est-à-dire jamais), c’est la politique du Rien en guise du Tout, et si on risque de perdre en s’élançant vers le Tout dès le premier jour, on est certain de ne jamais atteindre la victoire si on aliène la révolution dès les premiers balbutiements à des considérations d’échiquier politique.

1) Dès le 19 juillet, il fallait, implanter le communisme libertaire sinon dans toute l’Espagne, du moins en Catalogne et en Aragon et certaines autres provinces à prépondérance libertaire.

2) La participation à la Généralité puis au gouvernement étaient à refuser catégoriquement. Le 2 mai 1937, les communistes (minorité terroriste et pas peuple) auraient dû être neutralisés.

3) Il fallait écouter ceux qui refusaient la militarisation et prolonger en particulier une certaine expérience de la F.A.I. et de la C.N.T. de la lutte clandestine.

Un homme clandestin bien placé, ayant pour objectif la destruction de points précis des centres nerveux ennemis, laissant peser sur eux la menace d’épée de Damoclès, est un titan. Ce même homme, un fusil entre les mains, jeté sur un front de ligne, n’est qu’un jeton parmi les autres – et dans le jeu d’échec, il est le pion de peu de possibilités face aux autres mieux armés, mieux soutenus et mieux dirigés pour une telle sorte de combat.

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Si on a pu commette de telles erreurs, ce n’est pas par maladresse. Une organisation aussi nombreuse que la CNT ne pouvait pas se tromper du seul fait des décisions d’une minorité, même placée à sa tête.

Les causes sont à rechercher dans la conception même de l’organisation de lutte, en se gardant bien de dénoncer des individus comme « coupables » des erreurs, et de s’en tenir uniquement à la prise en considération des échecs.

  • Le mouvement doit se remettre en question en permanence sur l’essentiel. Non seulement les hommes, mais aussi les résolutions doivent être révocables à merci.
  • Les expériences anarchistes russe et bulgare, syndicaliste révolutionnaire en France, et l’expérience espagnole, devraient nous suffire largement pour refuser dès aujourd’hui tout « Front Uni », toute liaison « Populaire », tout effacement de l’Anarchisme qui nous bouffe idéologiquement et tactiquement.

Le camp anarchiste doit se construire en dehors de toutes les structures du système (ou à son image), les déborder et les annihiler en cascade au moment opportun (celui de l’insurrection spontanée).

J’entends par structures du système autant l’École Publique que les syndicats classiques, les partis et organisations groupusculaires avant-gardistes, les sectes petites-bourgeoises et charitables, les églises et les contre-églises.

Sur le plan positif, les solutions organisationnelles et pratiques doivent être adoptées à la lueur d’un anarcho-syndicalisme réactualisé, au moyen d’un travail de confrontation tel que celui que se fixe le présent bulletin, tout en s’assurant l’organisation d’une résistance pour parer les coups.

Léonard Mistral