Une interview de Tom Mann

mercredi 3 octobre 2012
par  Mann (Tom)

Extrait d’une entrevue de Tom Mann et de Ludovic Naudeau, récit publie par le Temps :

« … Le terme stupide de a living wage (un salaire suffisant pour vivre) a été la cause de beaucoup de malheurs. Nous ne voulons plus entrer dans des controverses saugrenues avec les employeurs sur la question de savoir s’il est possible ou non à un ouvrier d’obtenir ce qui est strictement nécessaire à la continuation de sa vie, moyennant quoi, ayant reçu ce living wage, il devrait encore manifester de la reconnaissance envers ceux qui lui auraient permis d’exister. L’époque de tels débats touche à sa fin. Un travailleur, à l’avenir, devra baser ses réclamations non point du tout sur le minimum de ce qui est nécessaire à son entretien, mais bel et bien en exigeant que lui soit reconnu le droit à une complète jouissance des produits de son effort. Aucune loi morale ne nous oblige à donner 50 % ou 75 % de ces produits à un oisif, à un écornifleur de profits. Encore une fois, je vous le dis, ces choses-là seront. Et, très vraisemblablement, elles se réaliseront en Angleterre, non point sous une forme « catastrophique », comme en Russie, non point par des effusions de sang, mais graduellement, par une évolution pacifique, par une formation de plus en plus systématique des organisations ouvrières, par le développement chaque jour plus grand du contrôle qui devra être poussé toujours plus avant jusqu’à ce que ce contrôle aboutisse à être un managing controll. Pacifique, cette évolution, ai-je dit ? Oui, je le souhaite sincèrement, et très vraisemblablement, il en sera ainsi, car il y a un grand sens pratique dans l’esprit anglais, et nous arriverons au but sans nous couper la gorge les uns les autres, par une série de conciliations successives. Mais si, par hasard, cette évolution n’était point pacifique, alors, tant pis ! Nous n’aurions point peur des conséquences qu’un pareil conflit entraînerait. Le gouvernement de l’avenir sera principalement composé de Conseils économiques qui établiront l’État sur les bases de la plus complète coopération, au sens strict de ce mot, ou, si vous voulez l’appeler autrement, sur les bases du communisme. »