Steven Byington

dimanche 23 septembre 2012
par  Smith (Allan)

Steven Byington est né à Benson, Vermont, aux États-Unis, le 20 décembre 1868. Sa puissance intellectuelle s’affirma de bonne heure et il était encore très jeune lorsqu’il s’adonna à l’étude des langues et des mathématiques. À peine parvenu à l’âge d’homme, il fut attiré par les questions politiques et économiques et, en 1894, il se faisait remarquer dans les colonnes Liberty par sa défense de la thèse de l’Impôt Unique contre les attaques de Tucker, l’éditeur de ce journal. Plus tard, Byington devint un des interprètes les mieux doués et les plus intelligents de tous les aspects de l’anarchisme et fut généralement reconnu comme tel. The Eagle and Serpent (L’Aigle et le Serpent) de Londres a raconté à son sujet une anecdote typique. Comme on lui demandait de soutenir une campagne politique en faveur de certaines. Réformes, Byington rétorqua qu’étant donné les choses telles qu’elles étaient, les membres du Congrès coûtant si cher, mieux valait « corrompre » le Congrès actuel qu’en « acheter » un neuf, ce serait plus pratique et meilleur marché.

Le nom de Byington ne se séparera jamais de sa magnifique traduction de l’Unique et sa Propriété (The Ego and his Own). Seuls ceux qui ont quelque connaissance de cette œuvre pourront apprécier le travail que coûta cette traduction. La logique serrée de l’ouvrage, son style littéraire ramifié, les façons dont il exploite les possibilités verbales de la langue allemande pour s’en servir comme d’un écho pour son argumentation, en jouant continuellement sur les mots ― tout cela rendait la tache de Byington gigantesque. Il fut aidé, certes, par George et Emma Schumm, voire par Tucker, agissant comme arbitre final en cas de désaccord, mais l’œuvre de la traduction demeure essentiellement celle de Byington. Seul un homme de sa capacité pouvait mener à son terme une telle besogne. Elle lui prit cependant plus longtemps qu’il l’espérait. En juillet 1899, Henry Bool avisait Tucker que Byington lui promettait le manuscrit de la traduction pour le 15 septembre suivant, mais il fallut attendre jusqu’en 1907 pour la voir paraître. Le matin du 30 mars de cette année-là, les journaux de New York parurent avec des annonces occupant une pleine page, ainsi rédigées : « L’Unique et sa Propriété, par Max Stirner, traduit de l’allemand par Steven T. Byington, en collaboration avec des experts au courant de l’allemand et de Stirner. Le livre le plus révolutionnaire qui ait jamais été écrit ».

À peine cette tâche était-elle achevée que Byington s’attela à la traduction de « L’Anarchisme » d’Eltzbacher. Le 8 avril 1907 dans une lettre adressée à George et Emma Schumm et tout en les remerciant de l’aide qu’ils lui avaient fournie, il leur annonçait la nouvelle. Tucker put éditer cette traduction en 1908. Pas très longtemps après, la traduction anglaise de « l’unique » était rééditée par A.C. Filfied à Londres.

La popularisation de la « propagande par les papillons » est, aux États-Unis, due à Byington et peut-être la créa-t-il ? En 1902, Henry Bool lui avait écrit lui demandant de lui faire parvenir quelques maximes ou sentences « courtes, mais cassantes ». D’East Cambridge, Massachusetts, Byington, entre autres, lui envoya celles-ci : « Le gouvernement ne pourrait exister si de nombreux êtres humains n’acceptaient pas d’être ses agents pour la perpétration de ce qu’ils considèrent personnellement comme d’ignobles crimes. » ― « Dans toutes les formes ordinaires de gouvernement, les dirigeants sont, en moyenne, pire que les dirigés, de sorte que ce sont les mauvais qui contrôlent les bons ; le seul moyen qu’on ait découvert pour y remédier est de confier le choix de l’autorité suprême à une loterie ou au résultat d’un match de boxe. » On voit réapparaître là son humour bien connu. Ces aphorismes furent diffusés bientôt sous forme de « papillons » jusqu’en 1900, époque où tout fut remis à Tucker qui sortit une liste révisée de 48 textes et continua jusqu’au moment où deux ans plus tard, son établissement ayant été détruit par un incendie, il renonça à toute propagande. Byington était assez fier de ses papillons. Récemment encore il écrivait : « Il fut un temps où j’affirmais qu’un débat sur l’anarchisme pouvait être mené rien qu’en affichant ma série de papillons et en indiquant du doigt celui répondant à l’objection présentée. »

Byington fut étroitement associé aux groupes connus sous le nom de Mutuel Associates (Les Associés Mutuels) et The Libetarian League (La Ligue Libertaire). Ces groupes comptaient en leur sein des personnes comme John Barnhill, Jo Labadie, Clarence Swartz, Theodore Schroëder, Hans Rossner. Ils défendaient l’idée du Mutuel Banking (la banque mutuelle), telle qu’elle était exposée par William Greene. Ils favorisèrent l’édition par « The Vanguard Press » en 1927 de l’ouvrage de Swartz « What is Mutualism ? » (Qu’est-ce que le Mutualisme ?) Edward Fulton, de Clinton, Iowa, avait assumé la responsabilité des différents périodiques lancés par ces groupes. Juste après la guerre de 1914-1918, ils publièrent une revue The New Order (L’Ordre Nouveau) dont plusieurs fascicules furent consacrés à l’exposé de la « constitution anarchiste » de Byington. Il s’agissait de présenter le fonctionnement possible d’une société anarchiste et d’organiser un milieu social où seraient appliquées les propositions formulées dans « L’Ordre Nouveau ». Ce fut un échec. Seul Fulton s’était sérieusement intéressé aux idées de Byington. Néanmoins, ce plan constitue un document utile qui pourrait encore servir comme base de discussion.

Byington s’intéressait à une foule d’activités. Il prit part à l’agitation en faveur de l’orthographe simplifiée, collabora à toutes sortes de journaux extrémistes. On rencontre ses articles dans Firebrand (Le Brandon.) de Portland, Oregon — dans Mother Earth (Mère la Terre) de New-York ― Age of Thought (l’Âge de la Pensée) et autres publications périodiques éditées par Fulton ― Man (l’Homme) de Marcus Graham. Il s’intéressait vivement à « l’en dehors ».

Steven T. Byington est toujours vivant. Âgé de 77 ans, il réside à Ballard Velay (Mass., U.S.A.). Il semble tout disposé à écrire et à parler au sujet de ses activités d’antan. Tout récemment The Boston Globe a publié un article le concernant. Il ne s’est jamais repenti de l’œuvre qu’il a accomplie en faveur de la liberté. Il appartient aux libertaires de s’en souvenir et de voir en lui le pionnier de jadis et le grand vieillard d’aujourd’hui.

/Alan Smith/]