Noël ! Voici Noël !

dimanche 23 septembre 2012

Les hommes se sont de tout temps intéressés au mouvement solaire et deux stades de ce mouvement les ont vivement frappés : le premier est le solstice d’hiver, le second l’équinoxe de printemps. Lors du solstice d’hiver le soleil, de plus en plus décroissant depuis de longs jours, semble reprendre vie. À partir de ce moment les jours s’allongent. C’est à cette époque qu’est célébrée la fête de Noël — la fête de la Nativité — dies natalis.

On connaît la thèse soutenue par Dupuis dans son remarquable ouvrage sur L’origine de tous les cultes, paru en 1794, remarquable par l’érudition et la documentation qui l’emplissent. Notre auteur prétendait que Jésus — le dieu des chrétiens — n’était autre que le Soleil, comme l’étaient Osiris, Hercule, Bacchus, etc. Les Égyptiens célébraient au solstice d’hiver la naissance du dieu Soleil. Les Romains y avaient aussi fixé leur grande fête du soleil nouveau. Enfin la date de naissance de Mithra, le dieu soleil, la grande divinité des Perses était également fixée au 25 décembre.

« Ainsi Mithra ou Christ naissaient le même jour et ce jour était celui de la naissance du Soleil. On disait de Mithra qu’il était le même dieu que le soleil ; et le Christ qu’il était la lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde. On faisait naître Mithra dans une grotte, Bacchus et Jupiter dans une autre et Christ dans une étable. C’est un parallèle qu’a fait Saint-Justin lui-même. Ce fut, dit-on, dans une grotte que Christ reposait lorsque les Mages vinrent l’adorer. Mais qui étaient les Mages ? Les adorateurs de Mithra ou du Soleil. Quels présents apportent-ils au dieu naissant ? Trois sortes de présents consacrés au soleil par le culte des Arabes, des Chaldéens et des autres Orientaux. Par qui sont-ils avertis de cette naissance ? Par l’astrologie, leur science favorite. Quels étaient leurs dogmes ? Ils cravatent, dit Chardin, à l’éternité du premier être, qui est la lumière. Que sont-ils censés faire dans cette fable ? Remplir le premier devoir de leur religion, qui leur ordonnait d’adorer le soleil naissant. Quel nom donnent les prophètes à Christ ? Celui d’Orient. L’Orient, disent-ils, est son nom. C’est à l’Orient et non pas en Orient qu’ils voient dans les cieux son image. En effet, la sphère des Mages et des Chaldéens peignait dans les cieux un jeune enfant (appelé Christ et Jésus.) Il était placé dans les bras de la vierge céleste ou de la vierge des signes, celle-là même à qui Erathostène donne le nom d’Isis, mère d’Horus. À quel point du ciel répondait cette vierge de sphère et son enfant ? À l’heure de minuit, le 25 décembre, à l’instant même où l’on fait naître le dieu de l’année, le soleil nouveau ou Christ, au bord de l’Oriental, au point même où se levait le soleil du premier jour [1]

Année, mois et jour de naissance de Jésus restèrent inconnus des premiers chrétiens et cela durant trois siècles. L’Évangile de Marc (le plus ancien) n’y fait aucune allusion. Mathieu la place au moins quatre ans avant notre ère (puisqu’elle aurait eu lieu sous Hérode qui mourut en l’an de Rome 750). Quant à Luc, elle daterait d’un recensement qui eut lieu dix ans après ― et à une époque permettant aux bergers de coucher aux champs avec leurs troupeaux. Le même Luc attribue une trentaine d’années à Jésus, en l’an 15 de Tibère, le 20 de notre ère. Le calendrier philocalien, dressé à Rome en 330 fournit la première preuve certaine qu’on célébrait Noël le 25 décembre. Cette fête, d’abord exclusivement latine, fut introduite à Antioche vers 375 et à Alexandrie vers 430 ; St Augustin constate qu’on la célèbre un peu partout, mais ne la classe point parmi les grandes fêtes chrétiennes. Et le calendrier philocalien, en identifiant la naissance de Jésus avec celle de l’Invincible « Natalis Invicti, Naissance de l’Invincible », prouve qu’il s’agit bien d’une fête de Mithra, le dieu Invincible des Perses.

On ne peut nier la ressemblance singulière entre Mithra et le Verbe Éternel de l’évangéliste Jean. Comme lui, il se présentait comme médiateur entre l’homme et le dieu suprême, vainqueur du mal et sauveur des âmes. Son clergé rappelait celui des chrétiens par sa hiérarchie comme par son goût pour le célibat ; sa morale ne le cédait en rien à celle de Jésus ; son culte comportait un baptême, des jeûnes et des repas divins où l’on usait en commun de pain, d’eau et de vin consacrés. Il ne pouvait être question de plagiat, puisque le mithriacisme est bien antérieur au christianisme.

Comme le christianisme, le culte de Mithra se répandit surtout parmi les esclaves et les petites gens, bien qu’il ait compté parmi ses adaptes des patriciens et même l’empereur Commode. Durant quelques siècles on ne put savoir qui l’emporterait de Jésus ou de Mitera. Ce ne fut qu’à partir du moment où les empereurs furent chrétiens que le mithraïsme fut proscrit. Cependant, lasse d’une rivalité qui s’éternisait, incapable d’une victoire complète malgré la puissance qu’elle avait acquise, l’Église s’appropria maints rites chers au dieu persan et fit coïncider ses fêtes avec les siennes. C’est ainsi qu’identifiant en quelque sorte les deux personnages, elle fixe la naissance de Jésus le jour même de la naissance de Mithra.

D’ailleurs, ce n’est plus seulement au mithraïsme que l’Église emprunta ses habitudes culturelles. À l’Olympe, où trônaient Jupiter et Junon, elle substitua le ciel où règnent Jésus et Marie ; la foison de ses saints remplaça la kyrielle des héros et des dieux secondaires. Dans bien des cas, toute la différence se borna à des changements de noms.


[1Dupuis : Abrégé de l’origine de tous les cultes.