Humour, humour, quand tu nous tiens !

dimanche 23 septembre 2012
par  E. Armand

À ce qu’écrivait Constant Whar dans notre avant-dernier fascicule on pourrait ajouter que dans tous les pays la presse anarchiste est tout le contraire de folâtre. Cela se comprend un peu étant donné, comme dit l’autre, « la dureté des temps »… Les gens s’amusent à la manière de marionnettes dansant sur un volcan, sans délicatesse, sans élégance, sans finesse. On peut appeler ça des distractions de marché noir. Et pas seulement au figuré, car on n’est pas certain si à la sortie du théâtre, du cinéma, du dancing où on est censé oublier la triste réalité, son voisin, sa voisine, son partenaire ne va pas être appréhendé. Enfin laissons cela et essayons de dénicher, où nous le pourrons, quelques échantillons d’humour.

Une revue anglaise que j’ai sous les yeux s’amuse à recueillir les perles tombées des pages des grands journaux d’Outre-Manche.

Voici un exemple :

« Le conseil municipal de Margate a été saisi par M. Marsh d’une demande d’appui en vue de l’érection d’une statue britannique de la Liberté. M. Marsh propose une énorme statue de M. Churchill en uniforme de Lord Gardien des Cinq Ports, élevée sur les falaises de Douvres, face à la mer. L’extrémité de son cigare serait éclairée jour et nuit de manière à être aperçue par tous les navires traversant la Manche (Evening Standard) ».

Continuons par quelques échantillons cueillis dans des magazines populaires américains :

« Un touriste parcourant l’ouest du Kansas, région aride et desséchée par le vent, émettait des commentaires déplaisants sur le climat de la contrée. S’adressant à un né natif de cet État : « Alors, dans ce sacré pays, il ne pleut jamais ? — Pardon, répondit très gravement l’autre, il y a quinze jours il a plu assez sérieusement au nord-est, à cinq lieues d’ici. Mais j’étais si occupé que je n’ai pas pu me déranger. »

« Il y a plusieurs hivers de cela, un incendie ravagea une petite ville de Pennsylvanie. Les tuyaux, de la pompe étant gelés on ne put rien tenter pour le combattre. Le conseil municipal, à la séance qui suivit le sinistre, s’occupa des mesures à prendre pour éviter le renouvellement d’une pareille catastrophe. Après plusieurs heures d’un débat animé, l’un des conseillers se leva et s’écria : « Je propose que les tuyaux de la pompe soient essayés trois jours avant qu’un incendie éclate. » Un autre conseiller se dressa pour appuyer la proposition qui fut adoptée sans autre discussion ».

« Comme on lui demandait pourquoi il ne se mettait jamais en colère, quelles que fussent les circonstances adverses, l’homme répondit : « Oh ! vous savez, c’est une question d’ambiance. J’ai une femme, cinq enfants, deux chiens et un allume-cigarettes. » (Boston Globe).

J’allais oublier l’histoire de la veuve à laquelle on remet le petit paquet, de cendres représentant tout ce qui reste de son mari, incinéré la veille. Elle en remplit un de ces sabliers destiné à déterminer le temps nécessaire à la cuisson des œufs à la coque. D’où surprise de l’entourage. « Bah ! — dit-elle, — il n’a jamais rien fait durant sa vie, il faut bien qu’il serve à quelque chose après sa mort. »

Tout cela ne dépasse pas l’humour des almanachs honnêtes.

Mark Twain a réuni dans un volume une sélection de contes rédigés par des humoristes américains d’une qualité bien supérieure à ce qui précède. J’extrais les lignes qui suivent d’« une visite à Brigham Young » (le fameux président des Mormons). par Charles F. Brown (Artemus Ward). Pour bien saisir l’histoire il faut avoir présent à l’esprit qu’il attribue au « Grand Mogol » des Mormons quatre-vingts femmes.

« Dans une conversation privée avec Brigham, j’appris les faits suivants : il lui faut six semaines pour embrasser ses femmes. Il ne le fait qu’une fois par an et c’est pis que récurer la maison. Il prétend ne pas connaître, ses enfants — il en a une telle quantité — mais eux le connaissent. Tous les enfants qu’il rencontre l’appellent Papa et il admet qu’il en soit ainsi. Ses épouses sont très dépensières. Il leur faut toujours quelque chose à acheter et s’il refuse, elles mettent la maison sens dessus dessous. II dit ne pas avoir une minute de tranquillité. Ses femmes se battent tellement entre elles qu’il a dit leur faire bâtir une pièce spéciale et lorsqu’il y en a deux qui se crêpent le chignon, il les envoie dans cette salle où elles règlent leur différend selon les méthodes en usage dans les matches de boxe de Londres. Parfois, c’est à lui qu’elles en ont. Elles lui ont arraché la presque totalité de ses cheveux et il porte sur tout le corps d’horribles cicatrices, suites de blessures infligées par des manches à balai et autres ustensiles ménagers. De temps à autre elles deviennent folles et lui versent dessus des casseroles d’eau bouillantes. S’il perd son sang-froid, elles l’enferment dans un cabinet noir et le fouettent à la façon des mères de famille envers leur progéniture qui leur désobéit. Il lui est arrivé quelquefois, lorsqu’il se baignait dans le Lac Salé, de les voir lui voler tous ses vêtements, l’obligeant à rentrer chez lui par des rues désertes dans la tenue scandaleuse de l’Esclave Grec. — « Je trouve, déclare le Prophète, que le fardeau de la vie conjugale est bien lourd pour moi, et il m’arrive parfois de regretter de n’être pas reste célibataire »…

En effet, c’est à vous dégoûter d’être polygame.

E.A.