La nouvelle figure de « l’en dehors »

dimanche 23 septembre 2012
par  E. Armand

À dater du présent fascicule — 15 novembre — et jusqu’à nouvel ordre, l’en dehors paraîtra sous forme de revue et cela une fois par mois.

Diverses raisons nous ont contraint à prendre cette détermination ou incité à le faire.

A. Le manque d’aide matérielle ou manuelle nécessaire pour confectionner la publication hebdomadaire ou bimensuelle que nous rêvions ;

B. Le désir de donner à nos diverses associations une vitalité et une ampleur que rend impossible, dans les circonstances, une parution plus fréquente que mensuelle ;

C. Le désir d’entrer plus fréquemment en contact avec nos amis, nos correspondants, nos abonnés, nos lecteurs, résidant en province et, avec leur concours, rappeler ou faire connaître nos thèses à un public ou à des milieux qui n’entendent que rarement parler de l’anarchisme en général et, en particulier de l’individualisme anarchiste tel qu’on le conçoit à l’en dehors.

D. La nécessité d’éditer, de diffuser, de doubler l’œuvre de l’en dehors par des tracts, des brochures à bon marché, voire des volumes, selon que nos ressources le permettront — tracts, brochures, volumes destinés à répandre nos thèses et nos aspirations. Dans cette catégorie rentrent la publication d’écrits édités par d’autres soins que les nôtres, la traduction de nos publications à l’extérieur, la collaboration à des périodiques de langues française et étrangères.

On voit que la besogne ne nous manque pas.

Mais de ne publier l’en dehors que douze, fois par an au lieu de 18, nous n’entendons pas faire pâtir nos lecteurs et nos amis. Les arrangements suivants montrent qu’ils ne perdront pas au change :

l’en dehors paraît enrobé dans une couverture [1] sur laquelle sera inséré tout ce qui est avis, communications. annonces, publicité pure. Il restera ainsi 48 colonnes de texte. Tout calculé, sous sa forme nouvelle, l’en dehors contient 1/7 ou 1/8 de plus de texte que sous son aspect précédent, 1/4 de plus de composition totale.

Cette transformation — à cause du, pliage, de l’encartage, de la composition accrue, du papier en surplus — comporte une augmentation de 650 francs environ par fascicule pour un tirage de 5.000 exemplaires, de près de 800 fr pour un tirage de 6.000.

Nous ne modifions pas le taux des abonnements. Et si, pour que la propagande ne s’en ressente pas, nous partons à 75 centimes (un peu moins de 0 fr. 15 d’avant-guerre) le prix de l’exemplaire, c’est par un véritable acte de foi, parce que nous espérons accroître la vente au numéro, augmenter notre tirage.

À 0 fr. 75 le fascicule et à 10 francs d’abonnement annuel, l’en dehors est la revue individualiste la meilleur marché, aussi bien en pays de langue française qu’à l’extérieur.

Soixante-quinze centimes l’exemplaire : pas même le prix d’un apéritif, pas même celui d’un cigare de médiocre qualité ! Une boîte de poudre de riz — et quelle poudre de riz — vaut 25 sous au minimum et un bâton de rouge 3 francs ! 75 centimes pour l’en dehors à 20 pages, dont une couverture en couleur ! ! !

10 francs — 15 francs pour l’extérieur — l’abonnement à une revue qui donnera en un an 576 colonnes d’un texte compact, la plupart du temps équivalent à un volume de 800 à 1.000 pages d’une édition ordinaire, d’une valeur de 20 à 25 francs, sinon plus !

Mais nous ne pouvons maintenir ces prix qu’à deux conditions : augmentation du nombre de nos abonnés, accroissement de la vente au numéro. Ce fascicule est tiré à 5.900. Il nous faut atteindre un tirage de 7.500.

Mais ce n’est pas tout. Nous succomberons infailliblement s’il nous faut encore avoir à faire à de mauvais payeurs : abonnés négligents, volontairement en retard, correspondants nous faisant attendre le règlement de leurs ventes, souscripteurs hésitants. Notre imprimeur ne nous fait pas crédit, et y consentirait-il que nous ne voudrions pas des soucis engendrés par de trop considérables déficits. Voilà trente ans que nous luttons contre les difficultés financières et qui a passé, par là sait combien cette lutte est épuisante.

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En ce qui concerne la collaboration à cette revue, nous serions reconnaissants à ceux qui nous font parvenir de la copie — surtout de la poésie — de nous épargner le soin de la récrire, sinon de la refaire. On ne nous en voudra pas de nous montrer un tantinet difficile dans la sélection des articles, études, poèmes qui nous sont envoyés aux fins d’insertion. L’expérience nous a démontré d’ailleurs que les écrits refusés par l’en dehors trouvaient facilement à se placer dans des publications plus à court de matière que celle-ci.

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La ligne de conduite de l’en dehors n’est modifiée en rien. Nous la résumons à la 3e page de la couverture ; l’en dehors est une œuvre autonome, le fruit d’une initiative personnelle, publications et associations. On y tient un très grand compte des réalisations ; on y exècre le verbiage ; on y combat avec la dernière énergie tant le tartufisme des bonnes mœurs que l’influence puritaine et calviniste qui pourrit les milieux d’avant-garde.

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Certes, conçu comme nous l’envisageons, nous voudrions faire paraître l’en dehors deux ou trois fois par mois, mais l’aide matérielle et manuelle sur place nous fait défaut, nous le répétons. Les annonces réitérées pour nous procurer cette aide ont été accueillies… par le silence. Rien ne sert donc d’épiloguer.

E. Armand

[1Pour permettre la conservation, le brochage ou la reliure de l’en dehors, la couverture est détachée du corps de la revue.