La foi

samedi 19 mai 2012
par  Engerrand (Georges)

La foi, c’est une sorte de conviction, de certitude que l’on nous a imposée du plus ou moins de véracité d’une idée ou d’un fait. Cette conviction est la plus grande entrave que l’on puisse fournir à un cerveau qui veut penser et qui veut se rendre compte du pourquoi des choses. Ceux qui ont été élevés dans une religion quelconque et qui, imbus de leurs idées et de leurs préjugés, ont été obligés de se soumettre à l’obligation morale de comprendre et de raisonner ont pu, seuls, en apprécier la triste influence. On ne peut se faire une idée, que quand on y a passé, du nombre et de l’intensité des efforts qu’il faut faire pour ne pas admettre en un fait parce qu’il vous est imposé par une autorité scientifique ou autre et pour le raisonner. Malheureusement, dès que nous avons été en âge de comprendre, nos premières impressions ont été celles de la foi. On nous a fait apprendre : Notre Père qui êtes aux cieux… On a cherché à nous imposer des croyances religieuses quelles qu’elles soient et les impressions reçues sont restées. Aussi, la première fois que nous nous sommes trouvés en présence d’une affirmation scientifique ou sociale, nous avons admis la chose sans chercher à la discuter et à en contrôler l’exactitude.

Plus de foi en quoi que ce soit ! Ne croyons que ce qui est démontré et prouvé expérimentalement ! Vous dit-on que Dieu est, qu’il vous fait vivre, qu’il fait germer le blé, demandez des preuves, sinon n’en croyez rien. D’abord, qu’est-ce et qui est-ce que Dieu ? Quel est le vrai ? Est-ce Jésus, Allah, Bouddha, Brahma ou le Wacondah ? Où et en quoi avons-nous des manifestations raisonnablement appréciables de sa réalité et de son influence néfaste ou bonne ?

L’homme qui vivra dépourvu de préjugés et d’idées préconçues sera fort, il comprendra avant les autres et il cherchera la vérité sans se laisser affaiblir par les excommunications et les raisonnements tout de forme de ses adversaires.

De tout temps, l’influence de la foi a été mauvaise sur l’homme. N’est-ce pas à son pouvoir qu’est dû le massacre de la Saint-Barthélemy et tant d’autres qui n’ont pas laissé, dans notre esprit, assez d’horreur pour nous empêcher d’agir de même à l’égard des prétendus sauvages ?

Pour arriver à vaincre entièrement ces sortes croyances qui arrêtent l’essor intellectuel, il faut prendre l’homme encore enfant, le laisser se développer librement, sans lui imposer aucune foi, sans forces ses lèvres à prononcer des phrases que son esprit ne comprend pas. C’est précisément par là que l’on verra jusqu’à quel point l’homme est juste en naissant. Quel est celui qui n’a pas vu un jeune enfant manifester de l’indignation et de l’horreur à mesure que l’on lui dévoile les iniquités de la vie, iniquités qui nous semblent presque naturelles, tellement nous y sommes habitués. Il ne peut comprendre le meurtre organisé de la guerre, et s’il paraît éprouver de l’enthousiasme pour le métier de soldat, c’est le brillant, c’est le costume de celui-ci qui l’attire. Il est enfant, il aime le plumet et la dorure, en un mot, tout ce qui peut fasciner son imagination et qui lui semble la gloire.

L’enfant que nous aurons ainsi élevé, libre de toute croyance imposée, ne pourra comprendre d’autres préceptes que ceux de l’anarchie et deviendra l’homme à venir, celui que nous devons préparer et qui terminera ce que nous ne pouvons qu’élaborer.

Georges Engerrand
Étudiant en sciences