Manifeste

dimanche 13 mai 2012

Notre Revue correspond à une nécessité.

Il n’existe pas en France de Revue de jeunes indépendante, internationale, consacrée à des études révolutionnaires.

Les organes de la plupart des mouvements de jeunes sont sous la tutelle des partis adultes et subissent le conformisme doctrinal et tactique de ceux-ci.

Cependant, dans tous les partis socialistes, ouvriers, révolutionnaires, nombreux sont les jeunes qui cherchent à échapper aux systèmes périmés de leurs anciens, à la discipline bureaucratique de leurs ainés.

De même, à l’intérieur ou en marge des tendances officielles, des révolutionnaires sincères_ et honnêtes rejettent les crédos et les catéchismes vieillis pour rechercher une interprétation des faits et une méthode d’action qui tiendraient compte des facteurs nouveaux que les événements de notre siècle ont révélés et dont ils subissent l’influence.

De plus en plus, les différentes écoles socialistes paraissent répondre insuffisamment aux problèmes actuels. Chaque fraction du mouvement socialiste présente un système plus ou moins cohérent, mais que la réalité démolit partiellement ou totalement au fur et a mesure que les événements les éprouvent.

Réformisme, bolchevisme, syndicalisme, anarchisme, sont des doctrines dont les dogmes ne sont plus entiers pour aucun militant. Il est temps de réviser l’ensemble de nos conceptions socialistes et révolutionnaires par une étude fraiche de la réalité d’hier et d’aujourd’hui.

Notre but est de voir Révision devenir un centre de ralliement, un point de contact possible entre tous ceux qui, sous des étiquettes différentes, pensent et luttent dans une mène direction : un socialisme libre et humain, un socialisme libertaire. Nous entendons par libertaires tous les révolutionnaires qui se refusent à négliger le côté humain du socialisme et qui ne conçoivent la lutte sociale et la société nouvelle que sur les bases d’une démocratie véritable.

Notre Revue sera indépendante du contrôle de toute organisation, comité ou parti. Nous pourrons donc critiquer ouvertement la politique incertaine et lâche des dirigeants de la IIe Internationale ;

La politique de trahison de la IIIe qui aboutit en U.R.S.S. à la dictature stalinienne et à des partis communistes qui ne représentent, malgré leurs bases ouvrières et par le manque de démocratie intérieure, que des ambassades et des succursales de l’impérialisme soviétique ;

Le doctrinalisme hypercritique et stérile des diverses oppositions communistes ;

L’opportunisme et le purisme qu’on trouve étroitement associés dans certaines tendances anarchistes.

Mais nous ne ferons pas seulement un travail de critique. Nous voulons aborder d’une façon précise et concrète les multiples problèmes posés par l’insurrection et l’organisation révolutionnaires. Nous essaierons de rechercher les solutions libertaires à la révolution en rapport avec la situation politique et sociale d’un avenir proche, dans le cadre des forces réelles existantes.

La Revue donc ne sera pas d’actualité, dans ce sens qu’elle évitera de suivre point par point les événements du jour. Au contraire, nous voulons donner une série de tableaux synthétiques de la situation politique, économique et sociale dans les différents pays : en Espagne, riche d’expériences, en Russie où est née et se développe une classe exploiteuse nouvelle ; en Allemagne et en Italie où le capitalisme se survit en modifiant sa structure ; en France, où nous nous attacherons à étudier les problèmes particuliers que pourra soulever une révolution dam ce pays, et les problèmes d’une actualité brûlante tels que celui de la question coloniale.

Ce travail ne peut s’accomplir que grâce à des équipes de jeunes qui se refusent à trainer les préjugés des époques lointaines, qui repoussent les solutions métaphysiques ou morales données aux problèmes sociaux et veulent se placer uniquement sur un plan scientifique et humanitaire.

Nous voudrions donc faire le moins possible appel à la collaboration des « officiels » des organisations que le patriotisme de parti rend trop souvent incapables de donner des études objectives des problèmes. Nous ne voulons pas nier leur compétence, mais nous pensons nous dégager ainsi de quantité de dogmes et de principes auxquels chacun se raccroche, bien que les faits les contredisent chaque jour. Les jeunes auront donc ainsi la possibilité de faire entendre leur voix. Mais il va sans dire, que les militants pour qui les expériences d’après-guerre ne sont pas restées lettre morte auront place dans cette Revue.

Nous ne justifierons que plus tard le caractère d’internalionale que nous voulons donner à la Revue, au fur et à mesure que nous pourrons nous mettre en relations avec d’autres groupements ou noyaux que l’expérience a placés dans le même état d’esprit que nous, à qui elle a imposé les mêmes inquiétudes, qu’elle a poussés à des recherches identiques, et dont l’existence se manifeste au sein de différente courants d’extrême-gauche. Ces relations sont d’autant plus nécessaires que les militants restent le plus souvent ignorants des mouvements et recherches dans le monde, ignorants de la complexité des problèmes.

Nous espérons enfin qu’au travers de ces documents rassemblés, de ces analyses d’expériences multiples, à la suite de ces études faites en collaboration, dans un libre esprit de discussion et de recherche de la vérité, un courant révolutionnaire libéré des boulets de la tradition et de l’uniforme des conformismes pourra, surgir. Nous faisons appel à tous les jeunes, combattifs et clairvoyants, pour nous aider dans notre tâche.

Ont signé :

Marie-Louise berneri, des Étudiants Libertaires ; Suzanne Broido, des Étudiants Libertaires ; Luc Daurat, de la Jeunesse Anarchiste Communiste ; René Dumont, de l’Union Anarchiste ; Greta jumin, ex-membre des Jeunesses Communistes ; Marester, de la Jeunesse Anarchiste Communiste ; Jean Meier, de la Fédération Autonome des jeunesses Socialistes ; Jean Rabaud, des Étudiants Socialistes ; Charles Ridel, de la Jeunesse Anarchiste Communiste ; Sejourne, exclu des J.E.U.N.E.S.