Ici et là

samedi 4 février 2012

Des héros


Il serait sot de déclarer que depuis la guerre il n’y a plus que du mauvais en Allemagne, que tout, du Kaiser jusqu’au pauvre diable de tisserand silésien, des hobereaux prussiens aux braves gens qui travaillent dans les villes et les villages est absolument à rejeter. Cet antigermanisme grotesque qui, pendant quinze jours, a fait exclure des concerts en France les symphonies du génial Beethoven, et cela sous la pression forcenée des nationalistes genre « Action française », cet impérialisme à rebours, aussi détestable que l’orgueil des intellectuels allemands, reçoit heureusement de singuliers camouflets.

Une dame venant de Bruxelles nous a assuré, il y a quelque quatre mois, que dans la capitale belge 200 soldats allemands avaient été fusillés d’une fois pour avoir refusé de se rendre sur le front occidental contre les troupes belges. De tels faits, malgré qu’on soit blindé par les horreurs du temps présent, déclenchées par les dirigeants bourgeois de notre admirable société capitaliste, de tels faits vous font froid dans le dos et vous émotionnent terriblement.

Il y a donc des héros humains en Allemagne. Tout n’est pas perdu. Il y a là des hommes sensibles, se refusant au meurtre, à l’injustice, à la félonie, et cette dignité d’hommes sensibles, ils la paient de leur vie ; ils acceptent sans broncher le salaire que leur octroie le patriotisme, ils préfèrent la mort plutôt que de renier la civilisation.

Ah ! les vaillants compagnons ! Ces Allemands sont des pionniers de la civilisation. Il ne faut pas qu’on les oublie.

Répugnants procédés


Le citoyen Warnant, avocat et sénateur de Liège, a rapporté un détail symptomatique dans une série de conférences impressionnantes qu’il a faites en Suisse :

Le 13 juillet 1913 avaient lieu à Liège de grandes fêtes patriotiques auxquelles on avait invité des représentants des autorités allemandes. On était au mieux entre Allemands et Belges, et ces derniers subissaient avec une facilité croissante l’influence des gros banquiers de Berlin. On avait toute confiance dans l’amitié du grand empire voisin.

Parmi les invités officiels se trouvait le général von Emich. Les relations germano-belges étaient si cordiales que le lendemain, le 14 juillet 1913 — nous précisons — le général von Emich demanda de pouvoir visiter les forts de Liège. Cette faveur lui fut accordée. Le général von Emich visita tous les recoins des forts de Liège, le 14 juillet 1913, par faveur spéciale, sur sa propre demande.

Une année plus tard, les premiers jours d’août 1914, les armées allemandes assiégeaient Liège sous le commandement du général… von Emich.

Et l’empereur, et tous les militaires, et tous les impérialistes d’applaudir.

Cette classe de nobles, de financiers et de soudards peut être fière d’avoir dans son sein le plus ignoble des mouchards, le Vonemich dont le nom sera davantage frappé d’opprobre que celui d’Azew lui-même, le provocateur russe de sinistre mémoire. Nous n’envions pas la puissante caste dirigeante allemande d’avoir dégagé une pareille crasse morale. Décadence certaine.