Le rêve et la vie

samedi 4 février 2012
par  Durupt (Georges)

Donc il est question d’abattre le despotisme prussien, le militarisme allemand qui fit peser sur le monde durant quarante années la menace de la « Paix Armée ».
Et voici que de toutes les bouches, de toutes les tribunes, des plus basses aux plus hautes, retentissent les mêmes cris : « Mort aux tyrans ! Vive la Liberté ! »

À la face du monde, en présence de la ruine universelle, devant le défilé lugubre des veuves et des orphelins, à côté du sang qui fume et sous le poids des cris d’agonie qui montent, des ministres proclament la nécessité d’en finir pour toujours avec la menace de l’Ogre, de briser l’épée aiguisée et de noyer la poudre sèche.

Et les peuples applaudissent ; et les peuples jurent le serment sacré.

C’est bien.

Mais qu’on y prenne garde.

Si quelque chose pouvait un jour surmonter en horreur et en dégoût le Crime et sa laborieuse préparation ce serait le parjure de tous ces peuples levés pour une guerre qui ne sera sainte que si elle est la dernière.

Les mots irrévocables, les mots qui engagent pour toujours ont été prononcés.

… Le militarisme prussien était la pierre d’assise de la monstrueuse Paix Armée… Le militarisme prussien, cause permanente des autres militarismes, était à lui seul le militarisme

Ne discutons plus.

Mais, avec toute la passion dont malgré notre tristesse présente nous nous sentons encore capables, nous attesterons par ces cris mêmes et par ce serment que, la pierre d’assise ôtée, tout s’écroule, tout doit s’écrouler de l’édifice sanglant.

Il n’est pas un raisonnement qui puisse établir la fatalité de résurrection de la bête au lendemain de son écrasement, sous quelque ciel que ce soit.

La race humaine serait à jamais méprisable et vile si le serment de ceux qui entendent l’incarner dans ce qu’elle a de meilleur devait un jour retomber en crachat sur la figure d’un Caïn.

G. D.