Sur les compagnes

samedi 3 septembre 2011
par  Rousselet (Henriette)

Je constate avec regret que parmi nous les femmes sont rares et celles qui viennent dans nos groupements ne sont pour ainsi dire pas anarchistes et ne font rien pour le devenir.

Les unes sont fardées, poudrées, attifées à la dernière mode, ornées de bijoux et de plumes tout comme des sauvages, ne venant parmi nous que pour paraître, aguichant à droite et à gauche, chahutant avec Pierre et Paul.

La plupart de ces femmes n’ayant aucune conscience, exploitant leur prétendue beauté ou leur jeunesse ne sont en bonne partie que des femmes entretenues, leur goût du luxe fut une des causes qui poussèrent des copains à l’illégalisme et à ses conséquences fatales : la prison et le bagne.

Ces femmes aux sentiments contradictoires pleurnichent lorsqu’il est arrivé un accident à leur copain, qu’il tombe dans les griffes de la justice. Que n’ont-elles pas tenté de se priver de telle toilette ou de tel plaisir pour éviter au copain de courir les risques qui l’ont conduit là ? Mais leurs larmes se sèchent vite et le sourire aux lèvres, elles aguichent à nouveau un nouvel entreteneur possible ; c’est d’ailleurs leur seule ressource, ces femmes n’ayant ni courage ni dignité.

D’autres viennent parmi nous parce que leur copain est anarchiste ; demain si les circonstances étaient telles, elles se mettraient avec un flic et épouseraient sa mentalité. Inutile de leur demander une opinion sur les articles qui paraissent dans nos journaux ? la question sociale ne les, intéresse pas et elles ne font pas d’efforts pour la comprendre.

Par contre elles pourront vous raconter le feuilleton journalier et le dernier crime commis, elles vous diront que X a quitté Z ou la couleur de la robe de telle copine à la réunion. Enfin bref, des femmes ayant une individualité, des femmes qui luttent on n’en rencontre guère, elles sont rares, très rares et la femme est une des entraves à l’évolution.

S’il est difficile de rencontrer la vraie camarade anarchiste, c’est que l’homme ayant des besoins sexuels à satisfaire, s’abaisse à la mentalité de la femme pour la conquérir au lieu de tenter d’élever à la hauteur de la sienne la mentalité de celle-ci.

Je n’admets pas l’excuse du copain qui prétend que pour avoir une femme il lui faut aller au bal. Il faut être un homme vraiment faible pour faire passer la question sexuelle avant la question morale, il me semble que la satisfaction est minime à côté de la concession énorme qui diminue par trop la personnalité.

Comment un anarchiste peut-il faire le cabotin à ce point, faire tant de chiqué et le bluff qu’exige le bal, danser avec la petite ouvrière qui pour aller au bal et avoir une toilette de circonstance se privera ou fera quatorze ou quinze heures, alors que l’on est pour la diminution des heures de travail. Comment peut-on causer d’imbécillités avec une femme au cerveau étroit alors que cela vous ennuie, être ennemi des parures et des bijoux et en offrir à une femme dans le but d’obtenir ses faveurs, endurer d’aller au cinéma, s’abrutir, alors que ce temps sottement gâché serait si utile ailleurs — n’est-ce pas là un abaissement moral ?

Les copains vraiment sont trop faibles : ils cèdent par trop souvent, les uns pour leur tranquillité, les autres pour avoir les faveurs de madame. Puis, la plupart se laissent sottement influencer par l’esthétique d’une femme, sans chercher à connaître sa mentalité, ses conceptions et c’est pour cela que la femme est si réfractaire aux idées. D’ailleurs où trouveraient-elles le temps de les approfondir ? Vous voulez des femmes belles ? Ce n’est pas devant un miroir que l’on s’éduque !

Et voilà pourquoi vous avez des poupées aux coiffures compliquées, enrubannées et dont le gigantesque chapeau abrite un cerveau étroit et mesquin.

Henriette Rousselet