Les loups

, par  Neirol (F.) , popularité : 3%

Dans les jardins zoologiques comme dans les ménageries, on peut voir des loups en cage ; malgré leur captivité forcée aucun dompteur n’a eu le fluide magnétique assez puissant pour dompter ces animaux. Tout petits, élevés en cages, leur instinct vagabond s’implanta sous leur crâne. Ni caresses ni coups n’ont pu faire d’eux des animaux dressés ; de toute la faune, je crois qu’ils sont les seuls.

Les anarchistes sont des loups, ils ne veulent qu’aucune influence extérieure s’enracine en eux. Malgré tous les grands mots sortis de la gueule de tous les charlatans, à quelque nuance qu’ils appartiennent, ils ne coupent pas dans le panneau.

Organisation, humanité, société future, ces mots ne sauraient les émouvoir. Ils n’aiment pas les caresses de chats qui rentrent les ongles pour mieux les sortir à la prochaine occasion. Ils veulent être libres d’agir pour eux et par eux. La vie vagabonde leur est favorite et ils cherchent de-ci, de-là, leur pâtée. Ils n’aiment pas l’avoir toute prête, ils préfèrent la recherche avec des risques, cela leur est un stimulant. Organisation, humanité pour eux est une bergerie où il y a beaucoup de moutons, de chiens et de bergers. Quelquefois, par un effet du hasard, ils y entrent un instant et choisissent dans le tas les plus beaux spécimens pour, dans leurs chairs palpitantes y faire pénétrer les dents et tâchent qu’ils deviennent, enragés pour qu’ils mordent le troupeau à leur tour et lui inoculent le virus de la rage. Jamais un troupeau ne se laisse mordre, il se sauve et se met sous la sauvegarde des chiens et des bergers qui ont intérêt à les préserver de cette morsure dangereuse. Les chiens ayant une peur atroce de cette rage, trembleront pour eux ; aussi les loups choisiront le bon moment pour sauter dessus et les étrangler, ainsi que les moutons qui auront voulu s’échapper, pas de quartier, il faut, que tous y passent. Quand tous les chiens ainsi que tous les moutons qui restaient sous leur protection seront bien étranglés, il ne restera plus que les bergers (gouvernements, parlements, magistrature, armée, religion toute cette engeance néfaste) qui n’avaient force de pouvoir que par la férocité de leurs chiens et la docilité de leurs moutons. Les chiens n’existant plus, le pouvoir des bergers est bien minime. Ils lâcheront vite leur houlette pour se sauver plus vite, mais il sera trop tard, les loups sauront se souvenir des chasses menées par ceux-ci et leurs chiens, ce qui décuplera leur énergie, les bergers auront beau courir, ils n’iront jamais assez vite pour ne pas être atteints. Chiens, bergers et moutons ayant disparu, seuls les loups organiseront leur vie individuelle et vivront heureux dans les bois et les plaines.

F. Neirol