Pourquoi : Organisation ? Anarchiste ? Révolutionnaire ?

mercredi 20 juillet 2011
par  Fayolle (Maurice)

Autour de ce Bulletin, une équipe s’est constituée, qui s’est donnée pour objectif la création en ce pays d’une organisation anarchiste révolutionnaire.

Objectif ambitieux, nous le savons : la route sur laquelle nous nous engageons sera longue, pénible, hérissée d’obstacles, d’embûches et de difficultés de toutes sortes.

Mais nous sommes résolus à les affronter, car nous sommes également convaincus que ce chemin est le seul qui puisse nous mener vers un renouveau de l’anarchisme, qui puisse sortir notre mouvement des ornières où il s’est enlisé depuis plus demi siècle.

  • L’ornière où se délectent les « professeurs de vertus », pour qui l’immobilisme est le plus sûr moyen de préserver l’anarchisme des dangers de la marche. Dans les chapelles où s’élèvent les sermons de ces prédicateurs, on en est arrivé à ce point où parler d’organisation suffit à vous faire classer comme hérétique et où à prononcer le mot de révolution vous désigne comme un apostat !
  • L’ornière où, depuis cinquante ans, a sombré l’anarchisme, frappé d’un complexe d’impuissance en face des progrès d’un socialisme autoritaire dont les « succès » à travers le monde ne sont que les résultats d’une démission généralisée de la pensée et de l’action libertaire. Sentiment d’impuissance tel que certains en sont arrivés à ne trouver d’autres moyens, pour revivifier l’anarchisme, que de lui injecter des doses de marxisme !

Nous opposerons désormais un refus total devant toutes ces équivoques. Notre volonté est de rompre définitivement avec tous les tabous, avec tous les « oui, mais… », avec tous les « à peu près », avec tout ce qui paralyse, mutile ou défigure l’anarchisme.

C’est pourquoi, dès le départ, nous voulons nous définir très clairement dans les perspectives d’une :

Organisation Anarchiste Révolutionnaire

Organisation, parce que telle est la base immuable et nécessaire de toute action collective, concertée et orientée vers un objectif. Parce qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais d’autres moyens, pour parvenir à des réalisations concrètes, que de s’organiser, de se définir et d’orienter les activités dans une direction préalablement élaborée en commun.

Anarchiste, parce que nous nous réclamons d’un socialisme antiautoritaire et fédéraliste dont, face à Marx et Engels, Proudhon et Bakounine définirent les grandes lignes – tout en prophétisant avec une rare clairvoyance le bourbier tyrannique et sanglant où, un siècle plus tard, devait sombrer le socialisme autoritaire.

Révolutionnaire, parce qu’on n’a pas trouvé d’autre terme pour définir un changement dans l’ordre des choses et que nous refusons l’ordre existant. Notre lutte n’a de raisons et de sens que dans la perspective d’une transformation radicale des bases mêmes de la société, dans le sens d’un socialisme authentique qui fera de chaque individu un être libre et responsable.

Mais que certains se rassurent – que les mots effrayent trop vite.

Si nous estimons l’organisation nécessaire et si celle-ci exige une discipline librement consentie, l’organisation libertaire ne peut pas être l’étouffoir des libertés et des initiatives individuelles : elle sera, au contraire, le creuset où se révèleront et s’affirmeront des valeurs nouvelles qui revivifieront l’anarchisme.

Si nous proclamons notre fidélité à nos grands penseurs qui, au siècle dernier, élaborèrent les bases sociologiques de l’anarchisme, penseurs en tête desquels nous plaçons Proudhon. et Bakounine, notre fidélité ne va pas jusqu’à une adoration béate : nous savons que les œuvres du passé sont recouvertes d’une certaine dose de poussière qu’il faudra secouer pour adapter l’anarchisme au monde moderne.

Si nous nous définissons comme révolutionnaires, ce choix ne sera jamais le prétexte pour nous livrer à une quelconque « gymnastique », ni à verser dans une démagogie où excellent certains exhibitionnistes. Être révolutionnaire consistera pour nous dans une approche et une étude sérieuses des problèmes politiques, économiques et tactiques du présent, afin de définir avec le maximum de clarté possible les conditions du passage de la société autoritaire à une société libertaire.

Tout ceci est très clair, je pense, et ne peut donner lieu à aucune interprétation équivoque. Mais il me reste à préciser un point important.

Dans la Déclaration qui figure en tête de ce Bulletin, nous déclarons « ne lancer d’exclusives contre personne ».

Et c’est vrai : nous appelons à nous rejoindre toutes les bonnes volontés, même si, à une époque ou une autre, trompés par les apparences, elles s’égarèrent, en toute bonne foi, sur des chemins sans issues.

… nous appelons à nous rejoindre tous ceux pour qui l’anarchisme représente autre chose que de savantes dissertations sur : la « pureté » des principes – la primauté du « moi » – la défense des minorités « érotiques » – les « mérites » comparés de l’alimentation carnée et végétale – la « liberté » de coucher avec la compagne du voisin – etc., etc. Tous ces problèmes sont peut-être très intéressants, mais n’auront aucune place dans l’organisation que nous préconisons.

En outre, nous manquerions de franchise si, dès le départ, nous ne précisions pas que nous considérerons comme indésirables :

  • Ceux pour qui l’activité se résume à un activisme de foire et dont le « révolutionnarisme » s’écoule en flots démagogiques sur les tréteaux d’une tribune ou dans les pages d’une feuille semi confidentielle : la révolution est une chose trop sérieuse pour être personnifiée par des bateleurs de la parole ou de la plume.
  • Ceux dont les « arguments » s’expriment sous la forme d’insultes, d’injures ou de calomnies et dont le « militantisme » se manifeste, soit par un vol des biens de la collectivité (affaire Fontenis), soit en tapissant les murs d’affiches courageusement anonymes (Congrès de Bordeaux et ses suites). Ceux-là, que nous ne considérons pas comme des militants anarchistes, mais comme des malades relevant de soins psychiatriques – ou comme de franches canailles –, nous les rejetons sans détour.

Enfin, il est d’autres camarades, que nous estimons et avec qui nous nous retrouverons avec plaisir au sein d’une F.A. pluraliste, mais à qui nous déconseillerons de nous rejoindre :

  • Ceux qui refusent l’organisation ou ne l’acceptent qu’avec un « mais ». On est pour ou contre l’organisation : c’est l’affaire d’un choix et ce choix nous l’avons fait sans équivoque.
  • Ceux pour qui la propagande anarchiste s’adresse de préférence aux auditoires choisis d’une certaine « élite » et s’exprime sous la forme de discours courtois dans les clubs bourgeois, les salons mondains et les loges maçonniques.

Tout cela ne fait pas beaucoup de monde. Ceux qui nous rejoindront ne seront peut-être pas nombreux. Mais il importait que tout cela soit clairement précisé dès ce premier Bulletin.

Et si nous 6chouons dans notre tentative, nous coulerons le pavillon haut, sans équivoque ni compromissions.

Mais je suis persuadé que nous réussirons et l’équipe qui anime ce Bulletin est toute entière décidée à. persévérer jusqu’au succès.

Un succès qui sera aussi le vôtre, mes camarades anarchistes, car je suis certain que nous rejoindrez très vite et en grand nombre !

Maurice Fayolle

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