La lutte révolutionnaire

mercredi 20 juillet 2011
par  Cavallier (Michel)

On parle beaucoup de lutte révolutionnaire, et nous les premiers d’ailleurs, et chacun y met sa propre sauce. Or, je pense que la définition du mot révolutionnaire est à faire, ou du moins à refaire et à repréciser pour bien montrer ce que ce mot implique et ce qu’il n’implique pas.

Qu’est-ce qu’un révolutionnaire actuellement ? C’est ce que nous allons tenter de définir déjà dans ce premier article. Tout d’abord nous analyserons les moyens qui peuvent permettre la Révolution, et ensuite nous préciserons le contenu de ce mot. C’est ce que nous allons faire en situant le militant anarchiste et sa lutte.

Le militant anarchiste

Le militant anarchiste c’est un homme qui, conscient de l’injustice du système économique et politique actuel, et de tout ce qui se situe dans le cadre de ce système, se réfugie dans le seul mouvement qui lui propose encore une réelle finalité révolutionnaire, c’est-à-dire qui ait pour but le changement radical des structures. Le militant est donc un homme engagé, et cet engagement ne doit pas être seulement moral de façon à se donner une « bonne conscience », partant du principe que tout ce qui existe est mauvais mais que, comme on en est conscient, cela nous permet de nous délivrer de certains tabous et d’acquérir ainsi une plus grande liberté morale. L’engagement est surtout et avant tout un combat que l’on mène contre des forces que nous n’acceptons pas, et c’est contre la base même de ces forces que nous luttons, et c’est cette base que nous voulons détruire ; on ne doit pas se « noyer » dans des combats annexes. Un engagement c’est donc une chose sérieuse, et le militant anarchiste doit être sérieux.

Ne jouons pas sur les mots. Il ne s’agit pas de « se prendre au sérieux », mais de vouloir mener à bien un travail sérieux. Il s’agit d’être honnête avec soi-même et avec son engagement militant. Le dilettantisme fait déjà trop de ravage dans notre mouvement pour qu’il soit inutile et même néfaste de faire l’apologie de la résignation. Il vaut mieux s’attaquer au dilettantisme au lieu de chercher à tout prix à l’excuser. « Se prendre au sérieux » ce n’est pas forcément une attitude qu’on se donne, mais c’est un devoir qu’on se donne. Si à la base le militant n’a pas cet esprit de sérieux et de lutte, rien ne peut être fait de vraiment valable dans la qualité du travail et dans le temps. Le fait d’être conscient en lui-même n’est rien s’il devient traumatisme, ce qui transforme la conscience en une nouvelle aliénation. L’aliénation de l’individu conscient, c’est sa conscience justement, si celle-ci ne débouche pas sur un travail pratique et concret. L’engagement seulement moral est une « impasse » qui tourne vite à la « bonne conscience ».

Donc le militant anarchiste doit avoir un travail pratique ; et ce travail pratique c’est l’action qui a pour esprit la lutte. Mais l’action-lutte nécessite une forme, une éthique ; cet ensemble ayant alors recours à des moyens d’action-lutte qui doivent eux-mêmes être inclus dans un outil d’action-lutte.

Conceptions de la lutte anarchiste

Nous abordons là le vrai problème. Pour certains l’anarchisme se résume à une manière de vivre et l’action lutte n’est là que pour entretenir une espérance qu’on sait vaine et tenter de se créer un petit monde à part, où grâce à des artifices de toutes sortes on arrive à se persuader que l’on représente quelque chose dans la médiocrité universelle. C’est l’anarchiste au sommet de la montagne qui indique les sentiers caillouteux qui mènent à lui, en évitant que trop de monde y viennent à la fois de peur que des pieds trop nombreux n’écartent les cailloux du chemin et ne rendent celui-ci moins pénible à l’homme. Ce n’est pas ainsi que je vois le problème, et pour reprendre l’image déjà employée, je pense que nous devons descendre de notre montagne où depuis trop longtemps déjà nous nous confinons et nous mêler à la masse, non pas en lui promettant une espérance philosophique, oserais-je dire existentialiste, au sens large du terme, mais bien plutôt des perspectives d’avenir construites sur du concret, c’est-à-dire sur les réalités actuelles.

La montagne bien sûr c’est une illusion ; nous sommes tous aliénés, ne serait-ce que par nous-mêmes déjà. Aussi, il est temps de remettre en question certains tabous qui ne riment à rien, du moins qui ne riment plus à rien à notre époque. Celui de l’organisation en est un.

Nous préconisons une société libertaire. Dans cette société il faudra bien vivre, c’est-à-dire manger, s’amuser et aussi travailler. Tout cela demandera une organisation assez précise dans l’application de nos théories, surtout si on n’oublie pas qu’il faudra tenir compte de facteurs que nous ignorons pour l’instant. Cette organisation pratique sera l’expression des concepts libertaires qui nous rattachent tous à ce mot : l’anarchisme. Il faudra donc mettre en place des structures non plus autoritaires mais libertaires, c’est-à-dire de coordination et d’exécution. Or, soyons honnêtes, comment pourrons nous assurer cette tâche si nous ne sommes pas capables d’organiser notre lutte dans cet esprit ?

Conclusion

Si nous sommes sérieux dans notre engagement, c’est-à-dire si nous croyons en sa valeur ; si nous pensons que l’action par définition même a pour but un résultat, et que pour mener cette action, il faut un résultat que l’on peut obtenir par des moyens précis, nous sommes d’accord pour posséder un outil de lutte aussi efficace que possible, et cet outil de lutte, à notre époque, c’est une Organisation pratique de lutte.

Michel Cavallier.