Revue des journaux

, par  Mualdès (Pierre) , popularité : 4%

Parlottes

Une parlotte chasse l’autre. Les conférences se succèdent ; les congrès se suivent Après la piteuse conférence de Gênes, les hommes d’affaires des nations dites civilisées vont se rencontrer à La Haye, où ils continueront à « ne rien faire ». La haute banque internationale a tenu également une conférence pour rien. Toute l’énergie humaine se manifeste aujourd’hui par des discours. Jusqu’à Renaudel qui, à Berlin, parle au nom de la « Ligue des Droits de l’Homme » et qui, si j’en crois l’Éclair, a tenu ces propos :

M. Renaudel, salué par une ovation enthousiaste et prolongée, a déclaré qu’il n’était pas venu comme socialiste mais comme représentant de la Ligue des Droits de l’Homme.

« La République française qui, dit-il, sera maintenue à jamais, et la République allemande deviendront des sœurs. Elles sauront trouver le moyen d’arriver aux solutions souhaitées. »

Tout cela, ce sont des mots, rien que de pauvres mots. Les peuples allemands, français, russes, etc., ne seront véritablement des frères que lorsqu’ils auront compris la nécessité de supprimer la cause de tous les conflits humains : le capitalisme privé ou d’État.

Journalisme

Je ne suis pas un « fervent » lecteur de l’Humanité et c’est sans doute pourquoi sa lecture me procure de si joyeux instants. Ainsi, le compte rendu de la partie champêtre de Garches organisée par le Parti Communiste est parsemé des choses les plus drôles du monde.

Je passerai sur la « procession rouge », suites acclamations qui saluèrent « tous les mots » du discours de Vaillant Couturier et sur le « service d’ordre » rouge naturellement.

Volontiers, on prolongera ces déjeuners-là, qu’on n’a pas bien souvent l’occasion de faire, que l’on fait, à vrai dire, une fois l’an, à l’ombre d’un drapeau rouge, sous bois.

Cette journée marqua également le ralliement sous la bannière de Moscou du Joyeux Merle Blanc ne rate jamais une occasion de publicité et qui, en la personne de son directeur, s’est adjugé un dessin de R. Lefebvre représentant Clemenceau :

Un dessin de Raymond Lefebvre, qui n’est point autre chose que la tête de Clemenceau — tête de mort évidemment — est adjugé 320 francs à notre ami Eugène Merle ; et c’est bien un juste retour des choses d’ici bas que Clemenceau se soit si magnifiquement « vendu » à la Révolution !

Vendu à la Révolution !… Hum !…

Pour Jeanne Morand

Le Journal du Peuple, il faut l’en féliciter, a entrepris une campagne de protestation contre le maintien au droit commun de notre camarade Jeanne Morand « condamnée à 5 ans de prison et 10 ans d’interdiction de séjour, sans preuves, et parce qu’elle avait foi en l’honnêteté et la loyauté de ses juges ».

Au droit commun, cette femme qui n’a rien fait, dont le seul crime (c’en est un pour les chacals et les hyènes qui vivent des cadavres) dont le seul crime est de ne s’être point donnée à la guerre, de l’avoir fuie avec son ami Jacques Long et d’avoir dit sa pensée.

Ah ! ne dites jamais votre pensée lors de la prochaine tuerie. Faites-vous une place à l’abri, parmi les ballots de coton, les boîtes de conserves, la ferraille des canons et munitions, les draps, les paquets de riz et de haricots, les tonneaux de riz, de la défense nationale. Vous grignoterez l’ennemi et l’ami ; avec le sang des pauvres bougres qui se feront estourbir à l’avant, vous assaisonnerez votre nourriture ; avec l’or des imbéciles qui videront leur bas de laine pour le salut, vous achèterez un coffre-fort et l’emplirez. Et vous serez considéré.

Et j’ajouterai : « Si vous êtes parlementaire, même socialiste, vous ferez l’union sacrée avec les ennemis du prolétariat, vous volerez les crédits de guerre, vous enverrez les autres à la boucherie au nom du droit et de civilisation et vous n’en serez, que mieux qualifié pour continuer, après, à faire profession d’un révolutionnarisme de tout repos et d’excellent rapport.

Hommage inattendu

Grand débat à la Chambre des députés sur la réforme de l’Enseignement.

Ferdinand Buisson, qui sans doute se prépare à entrer dans l’autre monde « muni des sacrements de l’Église » a profité de la circonstance pour faire l’éloge du fondateur de l’Institut des frères des écoles chrétiennes :

— Je ne veux pas, dit-il, refuser mon admiration à Jean-Baptiste de la Salle, qui, chanoine riche a renoncé à sa fortune, a voulu devenir un pauvre, afin d’avoir le droit d’enseigner, avec d’autres pauvres, les enfants du peuple.

« Je ne suis pas en droit de leur parler de la pauvreté, disait -il des malheureux associés à son œuvre méritoire, si je ne suis pas pauvre moi-même, et de l’abandon à la Providence si j’ai, moi, des ressources contre la misère. »

Je me demande ce qu’auront pensé de ces citations les « chanoines riches » qui se donnent le droit eux, de parler de la misère humaine, en parlent même en vers, et quels vers ! et dont certains poussent l’arrogance jusqu’à s’intituler socialistes, communistes, voire même anarchistes.

Mais c’est peut-être cela le chictypisme ?

Un exemple « édifiant »

C’est celui qui nous est donné par Pierre Dumas qui était, hier encore, un manitou de la C.G.T. de la rue Lafayette et qui milite aujourd’hui dans les rangs de l’Action Française :

Je pense et j’espère pour le pays que l’exemple édifiant de M. Pierre Dumas sera suivi par beaucoup de socialistes révolutionnaires, et d’anarchistes. Dans ce milieu, comme ailleurs, ce sont les hommes de libre discussion, les « débatteurs », qui constituent l’élite, et se tiennent à l’avant du navire, avec leurs piques et leurs harpons. Nous ne désirons rien autant que la discussion, que l’abordage, que la controverse loyale. Révolution, démocratie, république, ce sont les vieilles et sales loques que nous montrons sanglantes, et que nous déchirons et éparpillons avec bonheur, chaque fois que l’occasion s’en présente.

Léon Daudet ajoute :

« Car la besogne la plus pressante est de faire au plus tôt le Roi de France. »

Ma foi, je n’en vois pas bien l’urgence et je me demande ce qui peut faire supposer à Daudet que des anarchistes pourraient s’enthousiasmer pour une besogne aussi peu intéressante.

Une Exécution

L’Exécutif de l’Internationale communiste par un ukase publié dans 1’« Humanité » a exécuté Henri Fabre. Certains des considérants de ce jugement sont remarquables et apparaissent pour ceux qui connaissent la mentalité de nos as communistes prodigieusement ironiques :

Les partis communistes, l’Internationale Communiste ne sont pas des clubs d’amateurs de la politique, des cercles de discussions éclectiques dont les membres cherchent à mettre en valeur leur personnalité et à s’ouvrir une carrière.

Il n’y a pas place dans un Parti Communiste pour des dilettantes, des arrivistes, des affairistes, non plus que pour des agents inconscients ou conscients de l’idéologie bourgeoise.

Ça, par exemple, ça vaut dix :

Aucun lieu commun sur la « liberté de penser » ou la « liberté d’écrire » en usage courant chez les charlatans de la politique, ne saurait obscurcir cette vérité que la liberté de penser ou d’écrire contre le communisme ne peut exister qu’en dehors du Parti Communiste.

Défense de critiquer. Obéir et se taire !…

Pour défiler, guide à droite, en avant : Halte !…

Et dire qu’il y en a qui attendent pour quitter une caserne semblable qu’on les f… à la porte !…

Une Succession

Les journaux bourgeois qui ont déjà fait mourir Lénine tant de fois et l’ont ressuscité chaque fois avec la même facilité, envisagent actuellement sa succession. Il est question d’un Triumvirat dans lequel entrerait Kameneff ; cela ne fait pas plaisir à 1’« Evening Standart ».

« Kameneff, dit-il, qui est la figure dominante de Moscou à l’heure actuelle n’a pas d’égards pour l’Angleterre, déteste Lloyd Georges, ses aspirations et ses espoirs et hait la France. »

Voilà qui n’arrangerait pas les affaires à la conférence de La Haye.

Une revue anglaise, la « Staturday Review », envisage aussi la lutte pour le pouvoir en Russie et croit que Trotsky « capable de se débarrasser par le meurtre de ses adversaires » est appelé à succéder à Lénine.

D’autres journaux affirment que Lénine est déjà remplacé.

L’« Action Française » interroge :

« La disparition de Lénine est-elle définitive ?

Le Bolchevisme peut-il se passer de Lénine ? »

Ce n’est pas moi qui répondrai à ces questions. Le peuple russe, lui, me semble mieux qualifié pour donner son opinion sur ces choses. Mais il est naturellement le seul que l’on omette de consulter. Pour lui, que ce soit le Tsar ou le commissaire dit du peuple qui commande, c’est toujours obéir et se taire.

Concours

La mode est aux concours. Il y en a de toutes sortes et sur les sujets les plus divers L’« Internationale » fait celui du plus mauvais patron de France. Cela laisse entendre qu’il y en a de moins mauvais et même des bons, de très bons, les chictypistes, ceux qui cotisent, les riches honnêtes, c’est-à-dire ceux « qui tiennent leur richesse du jeu économique des travaux ou des services donnés et non des ruses de la politique ».

Mais en voici un autre :

L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, dont les bureaux sont 10, rue Vivienne, à Paris, vient de créer sous le nom de le Prix Michelin de la natalité un prix de 50.000 francs qui sera décerné à l’auteur de la meilleure brochure de propagande contre le déficit de nos naissances.

Les concurrents vont donc proposer des remèdes.

Certains d’entre eux, dit le Petit Parisien, pourraient être trouvés dans une aide financière aux familles nombreuses ; mais le fléau ne sera vraiment enrayé que lorsque chaque ménage aura vraiment compris le devoir moral, social et patriotique de la paternité, qui comporte des joies et des récompenses inégalables.

Oui, des récompenses inégalables, dont la plus belle sera de voir vos enfants massacrés à fleur de l’âge dans une nouvelle boucherie pour le plus grand profit des Loucheur, Renault et autres Krupp !…

L’Éternel « bourrage »

Des gens certainement mal intentionnés affirment que la France est le pays le plus militariste du monde. Faut-il être de mauvaise foi ?…

Écoutez donc ces propos tenus à Londres par le maréchal Pétain et rapportés par « Le Gaulois » :

Lorsque, en 1914, l’Allemagne déchira les traits comme des chiffons de papier pour nous déclarer la guerre, la France, se raidissant dans un sursaut de dignité outragée, lui cria alors : « Vous voulez la guerre ! Eh bien nous la ferons jusqu’au bout… afin que nos enfants en soient à jamais préservés… oui, nous ferons la guerre à la guerre !… »

Est-ce cela le cri d’un peuple militariste ? demande maréchal.

Vous voyez bien !…

Pierre Mualdès.