La Liberté du Travail

vendredi 3 juin 2011

La richesse publique a trois lois inflexibles, absolues ; le travail, la liberté du travail, la consommation. Chacun doit travailler, c’est la loi de la nature, la loi de l’esprit, comme celle de la matière. Chacun doit travailler librement, sans contrainte, sans se voir commandé ; et enfin chacun ne doit avoir d’autre limite à sa faculté de travailler et de produire, que ce que sa conscience ou ses besoins lui dictent sa conduite ; d’accord en cela, avec ceux qui travaillent et qui produisent comme lui. Voilà la loi naturelle de l’humanité ! Si on la viole, on devient arbitraire ou oppresseur, on gêne l’un au profit de l’autre, ou l’on établit un véritable maximum de travail, ce qui amène forcément l’accroissement. On opprime dans le travailleur, la plus inaliénable des libertés de l’homme, la liberté de ses sueurs. Certains théoriciens rêvent une organisation forcée du travail, ce qui ne change à l’institution actuelle que le nom ; et en lui donnant une nouvelle dénomination, ils maintiennent les mêmes lois, les mêmes maux. Ils tournent sans cesse autour du rocher de Sisyphe sans oser l’attaquer. Nous disons, nous, que la liberté est encore la justice, et que rêver l’organisation forcée et arbitraire du travail, c’est rêver la résurrection des castes de l’Inde, c’est réorganiser la concurrence de l’exploitation.

Mais la concurrence, c’est l’égoïsme abandonné à lui-même ; la concurrence est sans pitié, elle agit avec la force brutale, et, aveugle de l’envie de s’enrichir, elle foule, elle écrase tout autour d’elle. Que tout le monde souffre, pourvu que je m’enrichisse : Voilà sa devise. Ce ne peut pas être celle d’une société morale et égalitaire. Non, quand la concurrence a tué toute une industrie, et arraché le dernier salaire, le dernier morceau de pain des mains de l’ouvrier sans travail, la concurrence lui dit : Meurs de faim. N’allez pas demander à l’exploiteur ce qu’il pense de l’ouvrier qu’il tue chaque jour, n’allez pas essayer de lui inculquer des sentiments humains, il n’en a pas. Ce qu’il a, c’est l’amour des jouissances, du plaisir, de la domination ; et pour conserver ces prérogatives qu’il s’est octroyé, qui sont sa vie, il sacrifiera tout ce qui s’opposera à ses jouissances. C’est pourquoi nous ne devons rien attendre de ces prétendus réformateurs, car sous leur programme, nous voyons cachés sous un manteau doré, les oripeaux les plus hideux, et la grande misère de la classe productive, la faim pour nous tous.