Revue des livres Livres français

, par  Albert (Charles), Hamon (Augustin) , popularité : 4%

Le Socialisme au Congrès de Londres, par A. Hamon. volume in-18 de 277 page ; P.V. Stock, éditeur, Paris, 1896.

Ce livre est sous-titré : Étude historique. Et il nous paraît, en effet, que notre camarade Hamon a su conserver la « sérénité de l’historien », comme il dit, en sa préface, s’y être efforcé.

Le compte rendu des séances du Congrès nous semble impartial, précis et complet autant que possible, étant donné le peu de temps laissé à l’autour pour que ce livre, paru à son heure, produise son effet.

Dans une conclusion judicieuse, Hamon précise le résultat du dernier Congrès socialiste international.

Ce résultat est double.

De l’ensemble des débats, des incidents survenus, des protestations formulées — sinon des votes extorqués par des organisateurs peu scrupuleux — il ressort que la tendance libertaire empreint de plus en plus le socialisme mondial. Les hommes soucieux, de régénération veulent y atteindre, comme il sied, par les larges voies de la tolérance et de la liberté, répudiant le caporalisme, la coercition politique, le sectarisme étroit et mesquin.

Le second résultat fut de dévoiler, comme jamais aussi bien, l’impudence, la mauvaise foi, la vanité sans bornes, et aussi la bêtise des social-démocrates de tous pays. On a pu voir à Londres en pleine lumière et, pour ainsi dire, dans l’exercice de leurs fonctions, ces étranges socialistes, ces hommes qui protestent chaque jour contre les violences arbitraires et les duplicités de la bourgeoisie et qui sont eux-mêmes plus autoritaires et plus fourbes que le dernier réactionnaire ; ces gens de progrès qui, au lieu de constater avec joie le progrès des masses populaires vers la dignité morale et la vérité économique, entravent le mouvement, hargneux d’être dépassés ; ces gens de science (socialistes scientifiques) qui élisent leurs cabinets d’étude en les parlements et parlottes électorales et laissent aux autres écoles socialistes — qu’ils méprisent — le soin d’adapter la propagande au progrès scientifique et d’utiliser pour la lutte, ainsi élargie, toutes les manifestations de la pensée humaine.

Ce double résultat méritait d’être consigné en un document plus durable que brochures et journaux, et Hamon, pour l’avoir fait, mérita nos remerciements. Outre le procès-verbal des séances du Congres, le livre contient deux chapitres, les deux premiers, écrits pour familiariser le lecteur avec la notion du socialisme, de ses variétés et de sa situation dans le monde. En ces premières pages qui forment, avec la conclusion, la partie plus spécialement personnelle du livre, s’est glissé, à notre avis, une erreur grave, mais très facile d’ailleurs à éliminer.

Après avoir défini le collectivisme : un « système social dans lequel les moyens de production sont possédés collectivement », Hamon écrit : « Le communisme est une modalité du. socialisme, un système social, dans lequel la propriété est commune. » — Or, ces termes de possédés collectivement et de propriété commune nous paraissent enfermer une contradiction. Certaines choses aujourd’hui, n’appartiennent à personne, telles l’air, l’eau, de la mer ou les parterres d’un jardin public, il n’est pas vrai de dire que ces mêmes choses appartiennent à tous. Une collectivité peut avoir la jouissance d’une chose ; elle n’en peut pas avoir la propriété au sens profond de ce mot : pouvoir qu’a l’individu de disposer d’une chose à l’exclusion de tout autre individu. La propriété ne peut être donc qu’individuelle. Et sous cette forme, sa forme unique, elle existera toujours en une certaine mesure, car le plus parfait communiste sera toujours possesseur inviolable du pain qu’il mangera, de l’habit dont il sera couvert, de l’arrangement plus ou moins artistique de sa demeure. Le progrès socialiste consiste donc, non pas à transformer la propriété individuelle en propriété commune, ce qui nous semble inconcevable, mais à éliminer la propriété partout où ses résultats sont funestes.

Et si nous reprenons de ce point de vue les définitions du collectivisme et du communisme, nous trouvons :

Le collectivisme est le système social dans lequel la propriété est abolie quant aux moyens de production, mais conservée quant aux objets de consommation, grâce à la fiction du salaire. Le communisme est le système social dans lequel la propriété est abolie, quant aux moyens de production et subordonnée, quant aux objets de consommation, à la réalité des besoins.

Dans la société collectiviste on satisfera ses besoins parce qu’on possédera (un salaire). — Dans la société communiste les termes se renverseront et l’on pourra posséder (tel ou tel objet), parce qu’on pourra satisfaire ses besoins.

On peut dire encore que le communisme réalise la confusion absolue des efforts producteurs et des besoins consommateurs, tandis que le collectivisme, semblable en cela au capitalisme, subordonne les seconds aux premiers.

Ces réserves faites, nous affirmons encore l’utilité et la valeur du Socialisme et le Congrès de Londres [1], de notre camarade Hamon.

Charles Albert.

Tombouctou la mystérieuse, par Félix Dubois. Volume in-8° de 420 pages avec nombreuses gravures (200) ; 10 francs. Flammarion, éditeur. Paris, 1897.

Félix Dubois est à la fois journaliste et voyageur. Il fut au Panama, en Syrie, dans l’Ouest africain- En 1894, il partit pour Tombouctou, envoyé par le Figaro ; c’est la relation de ce voyage d’un an qu’il nous donne en ce volume à la fois intéressant et instructif. Cet ouvrage est bien différent de celui que nous donna le même auteur il y a trois ans sous le titre La Vie au continent noir. C’était surtout à la jeunesse à peine sortie de l’enfance que ce précédent livre s’adressait. Tombouctou la mystérieuse intéressera tout le monde, enfants et adultes, savants et ignorants. Les deux cents illustrations qui éclairent le texte aideront aussi bien à récréer qu’à instruire le lecteur, car elles sont la reproduction de photographies. Il y a dix-sept chapitres. Les descriptions du Niger et de sa vallée sont enchanteresses. On a l’impression d’un beau pays merveilleusement riche. L’histoire de Dienné, de l’empire Songhaoi, de Tombouctou et de son université saisissent le lecteur par l’attrait puissant de l’inconnu. Il y a eu en ces régions toute une civilisation nègre absolument remarquable et qui vient en contradiction avec la théorie de l’infériorité de la race noire. Pour M. Dubois, il semble probable qu’une période de paix permettrait le relèvement de cette civilisation et l’épauouissement d’une littérature,de sciences chez les nègres de l’empire Songhaoi. Ce sont les Touaregs qui seraient cause de cette décadence. L’histoire de ces régions, brièvement exposée par l’auteur depuis le xie siècle, il suit un manuscrit arabe des xvie et xviie siècles qu’il a fait copier à Tombouctou. Nous regrettons que M. Dubois ne se soit pas un peu appesanti sur la pathologie de la région et qu’il ait été très bref sur la climatologie. Il s’étend surtout sur l’aspect physique, les mœurs et l’histoire. S’il eût traité de la pathologie du Soudan, peut-être eût il été un peu moins optimiste. En tout cas, ’Tombouctou la mystérieuse est un livre à lire.

Une Famille vendéenne pendant la Grande Guerre (1793-1795), par Boutillier de Saint-André. Volume in-80 de liv 373 pages, fr. 7 50. E. Pion, Nourrit et Cie éditeurs. Paris, 1896.

Ces mémoires, qui viennent prendre place dans la collection des Souvenirs historiques sur la Révolution et l’Empire de la librairie Pion, sont dus à M. Boutillier de Saint-André. L’auteur vécut en plein drame vendéen, au cœur même de l’insurrection, où venaient se concentrer tous les bruits de la guerre. Collaborateur de son père, qui fut l’ami de Cathelineau et de d’Elbée, et chargé par ce dernier d’écrire au jour le jour le récit des événements de cette époque tragique, il a vécu près des principaux acteurs du drame, il a assisté à toutes ses péripéties, il en a gardé les vives émotions dans une âme fortement frappée. De ses mémoires, on peut dire qu’ils sont, selon l’expression de leur éditeur, « l’histoire de la guerre de la Vendée vue au travers d’une âme d’enfant. »

L’éditeur de ce livre est l’abbé Eugène Bossard, qui l’a fait précéder d’une magistrale introduction sur l’histoire de la Vendée. Des notes substantielles, des pièces justificatives capitales accompagnent ce volume empoignant comme un roman malgré des longueurs assez fréquentes. M. Boutillier de Saint-André s’efforce d’être impartial ; son récit le montre maintes et maintes fois. Quoique sobre de commentaires, il en est cependant trop à notre avis, bien qu’ils soient signes nécessaires de l’état d’âme de l’auteur. Ces commentaires sont tout imprégnés de religiosité et du sentimentalisme du siècle dernier et du commencement de ce siècle. Une Famille vendéenne a un puissant intérêt pour le sociologue et le psychologue ; on peut y voir de près l’état d’âme des révoltés vendéens, des militaires républicains ou royalistes. Ces mémoires inédits montrent que la Vendée se souleva pour ne pas que ses enfants soient soldats. Les Vendéens étaient des fédéralistes et non des unitaires ; sans la conscription, il n’y eût pas eu de guerre dans l’ouest. C’est surtout de la Vendée angevine, en contact avec la Bretagne, dont l’auteur nous entretient. Il est sobre sur la Vendée poitevine ; il nous promène sur les bords de la Sèvre nantaise, au Pallet, Les Sorinières, La Haie, Les Herbiers, Mortagne, Tiffauge, Cusson, Nantes, puis à Chollet, Beaupréau, Montrevault, puis sur la Loire, etc. La Rochejacquelein, D’Elbée, Cathelineau, Charette, Stofflet, de Bonchamps, etc., défilent devant le lecteur accompagnés de moindres acteurs, tous ou quasi tous de la région et de la foule paysanne.

Enquête médico-psychologique sur les rapports de la supériorité intellectuelle avec la névropathie. Introduction générale : Émile Zola, par Édouard Toulouse. Volume petit in-8° de xiv-285 pages ; fr. 3,50. Société d’éditions scientifiques. Paris, 1896.

Le Dr Édouard Toulouse, chef de clinique des maladies mentales de la Faculté de médecine de Paris, eut l’idée de rechercher les rapports de la supériorité intellectuelle avec la névropathie. Dans ce but, il institua une enquête sur une série d’hommes de grand talent ou même de génie : Zola, A. Daudet, Puvis de Chavannes, etc. L’enquête se compose d’un examen des antécédents héréditaires et personnels, d’un examen physique, d’un examen psychologique. Toute une série d’expériences, dont quelques-unes fort ingénieuses, furent instituées pour connaître l’état psychique des personnes enquêtées. Des schémas, des photographies de Zola, de ses mains, des empreintes de ses doigts, des graphiques illustrent le texte.

Ce volume a fait déjà couler bien de l’encre. Maints chroniqueurs ont parlé de ce qu’ils ignoraient et critiqué des choses qu’ils ne comprenaient point. L’examen du sang, des urines surtout a été l’occasion de plaisanteries fort spirituelles. Je ne sais si le Dr Toulouse s’en est affecté ; je souhaite que non, car il aurait eu bien tort de s’occuper de ces inepties. L’enquête du Dr Toulouse est éminemment intéressante et je crois que ses conséquences seront fort grandes. Elle est menée avec toute la rigueur, toute la précision possibles. Il serait à désirer que de semblables examens sur les hommes de grand talent se continuassent pendant des années. Alors on obtiendrait des documents d’une énorme valeur. Mais, telle quelle, cette enquête qui dura quelques mois, aura une utilité très grande quand elle ce sera répétée sur nombre de personnes. Nous ne pensons pas qu’il soit possible au Dr Toulouse de tirer des conclusions valables des quelques personnalités qu’il a pu examiner et qu’il pourra examiner. Il en faut bien plus et pour ce nous ne saurions trop recommander à des médecins, à des scientistes de lire le livre du Dr Toulouse et de le suivre comme guide pour une enquête qu’ils devraient faire sur les artistes et scientistes de leur connaissance. Avec M. René Ghil nous avions eu l’idée d’une enquête similaire et nous avions dressé un questionnaire [2] qui fut motif à peu de réponses. Il serait à souhaiter qu’il en vînt, car elles viendraient en certains points compléter l’œuvre projetée du Dr Toulouse. Nul doute que ces enquêtes ne finissent par aboutir et qu’ainsi une branche de la science encore inexplorée ne décèle ses secrets.

Le livre du Dr Toulouse est on ne peut plus intéressant ; il sera lu avec fruit par tous ceux que les questions de psychologie intéressent. Souhaitons qu’ils soient nombreux. Zola a compris la grandeur d’une semblable enquête, il a su se mettre au-dessus des préjugés, des petitesses d’esprit et avec la plus grande sincérité il a répondu à toutes les questions.

Cette sincérité est indéniable. Nous avons étudié spécialement Lourdes et Rome en l’intention de rechercher dans ces œuvres certaines caractéristiques psychiques de leur auteur. Nous les déterminâmes et ce sera un jour prochain l’objet d’un mémoire ; or, ces caractéristiques nous les retrouvâmes signalées par Zola lui-même et aussi dans l’examen du Dr Toulouse.

On a dit d’après Toulouse que Zola était un dégénéré supérieur. Si on lit avec soin le livre Zola, on voit que M. Toulouse hésite à cette qualification, qu’il constate l’harmonie physique et psychique de Zola, qu’il le note plein de pondération. Pour nous, Zola qui est un génie indéniable, qui est le plus grand romancier de notre époque, est un penseur éminent, et point du tout un dégénéré. C’est un être fort, puissant, doué d’une grande volonté, tenace, pondéré essentiellement dans sa vie et dans ses œuvres. Certes il a le système nerveux hyperesthésié ; il a quelques obsessions et impulsions. Mais quel est l’humain qui n’en a pas ? Nous sommes de l’avis de Lacassagne qui, selon un propos à nous répété par le DR Laupts, pensait que tous les humains avaient ou avaient eu de ces idées morbides, obsessions ou impulsions vagues. Zola en a, mais elles réagissent insensiblement sur l’intellectualité — son œuvre en témoigne — et il s’ensuit qu’il ne peut logiquement être classé comme dégénéré.

Socialisme et Science positive, par Enrico Ferri. Volume in-8 de 220 pages : 4 fr. Giard et Brière, éditeurs. Paris, 1897.

Dans cet ouvrage, M. Enrico Ferri s’est proposé de démontrer que le socialisme marxiste, « le seul selon lui qui ait une méthode et une valeur scientifique positives », n’est que l’application à la vie sociale de la méthode expérimentale qui a triomphé de nos jours grâce aux travaux de Charles Darwin et de Herbert Spencer. Le socialisme contemporain est, selon l’auteur, en accord complet avec les lois les plus certaines de la science positive. Il n’a rien à redouter ni du darwinisme ni de l’évolutionnisme. La lutte des classes n’est pas autre chose que l’application sociale de la lutte pour la vie. Marx complète Darwin et Spencer.

La critique importante que nous ferons à M. Ferri est de considérer le socialisme marxiste comme le seul socialisme qui vaille d’être défendu. Il y avait un socialisme avant Marx et sans Marx il subsisterait encore. Il est peu scientifique de rayer d’un trait de plume des penseurs tels que Owen, Proudhon, Saint-Simon, Fourrier. La science de K. Marx est peut-être aussi plus dans les mots que dans la réalité des faits. Enrico Ferri prétend (p. 30) que le collectivisme est une phase de l’évolution sociale qui doit nécessairement précéder le communisme. C’est une prétention qui n’a pour appui rien de bien solide ; et les faits ne sont pas tels que M. Ferri puisse déduire cette nécessité. Cela peut être, mais cela aussi peut ne pas être. M. Ferri déduit aussi que l’individu vit pour l’espèce ; celle-ci est l’éternelle réalité de la vie. Cette déduction est inexacte ; et si M. Ferri veut analyser les phénomènes vitaux des êtres quels qu’ils soient, il constatera que l’individu vit pour lui, pour vivre. L’espèce se maintient parée que les individus subsistent et ils subsistent parce que leur intérêt est de subsister. L’éternelle réalité de la vie ne peut être l’espèce, car l’espèce est en une perpétuelle transformation comme tout ce qui est dans l’univers. Dire que l’individu vit pour l’espèce, c’est voir une finalité à l’être et il n’y en a pas si ce n’est celle de vivre sous des formes diverses. Il est donc inexact et contraire à la vérité scientifique de dire que l’individu est fait pour la société ; la société est faite par les individus, pour les individus, voilà la vérité. Il serait d’ailleurs faux d’en déduire que des millions d’individus doivent travailler pour quelques individus ; cette conclusion ne répondrait pas aux prémisses. La société est faite pour l’individu ; donc elle doit tendre à satisfaire tous les individus qui la composent ; c’est là la seule conclusion logique qu’on puisse tirer.

Ferri écrit que l’Allemagne est le champ le plus fécond pour la propagande consciente des idées socialistes. Nous pensons que là Ferri se trompe et selon nous ce champ est l’Angleterre. Là, la propagande n’est pas la plus répandue mais elle rencontre le sol le plus favorable à son expansion. La France, la Belgique, les Pays-Bas précédent l’Allemagne sur la voie du socialisme. Sur la propagande par le fait, Ferri est trop catégorique. Il affirme que l’explosion d’une bombe ne fait pas avancer d’un millimètre l’évolution des consciences vers le socialisme. Cette affirmation est-elle juste ? Nous ne le pensons point. Évolutionniste, nous ne croyons pas qu’une ou plusieurs bombes transforment la société, mais nous savons que tout phénomène provoque d’autres phénomènes se répercutant indéfiniment. L’explosion d’une bombe attire l’attention, surexcite la curiosité, émeut les sentiments, provoque une réaction qui elle-même influence les êtres et il s’ensuit des adeptes au socialisme. Ferri, qui connaît notre Psychologie de l’anarchiste socialiste,eût pu le constater en étudiant les réponses faites par les anarchistes enquêtés. Ferri écrit que, selon le socialisme marxiste, le principal moyen de transformation sociale est la conquête des pouvoirs publics. C’est la social-démocratie qui a proclamé cela mais point Karl Marx. Il semble difficile pour le scientiste de classer les moyens de transformation sociale, car ils sont fonctions de multitudes de causes ; M. Ferri aurait dû ne pas l’oublier.

Socialisme et Science positive, malgré ces quelques critiques, est un livre que nous ne saurions trop conseiller de lire. Il est terminé par une réponse au livre si vide et plat de Garofalo : La Superstition socialiste. Ferri eût aussi bien fait de ne pas réfuter ce qui est enfantin et sans valeur.

Dans les couloirs du Vatican, par Guy De Pierrefeu. Volume in-18 de xiv-411 pages ; fr. 3.50. — Dans l’Église. Volume in-18 de xiv-388 pages ; fr. 3-50. — Dossier des nouveaux évêques. Brochure in-18 de 72 pages ; 1 franc. Dentu, éditeur. Paris, 1896.

Les deux premiers volumes de M. de Pierrefeu sont des romans sans valeur, très ennuyeux à lire. Ils se sont vendus beaucoup à cause de l’habileté de l’auteur qui mêle des personnages ecclésiastiques vivants aux incidents du roman. Il y sème des lettres d’évêques, prêtres divers, lettres qu’il affirme authentiques. Nous estimons que le cadre romanesque nuit beaucoup à l’importance documentaire de ces volumes. La brochure vaut d’être lue et conservée à fin de consultation ; il s’agit de nouveaux évêques et les notes y consacrées sont intéressantes.

La Grève de Carmaux et la Verrerie d’Albi, par Léon de Seilhac. Volume in-18 de 226 pages ; fr. 3-50. Perrin, éditeur. Paris, 1897.

M. Léon de Seilhac fit une enquête à Carmaux et à Albi sur la grève célèbre et sur la verrerie. Il vit les verriers et les patrons, les socialistes et les réactionnaires. Il agit enfin avec la plus grande impartialité ; nous l’en félicitons. Il a rédigé son livre, cette sorte de rapport, avec la même impartialité ; aussi ne saurions-nous trop conseiller aux sociologues, aux hommes politiques, aux curieux en général de le lire et de le garder pour y puiser des faits. Il y a bien quelques assertions risquées sur l’influence de la religion, par exemple, mais elles sont si peu nombreuses qu’il vaut mieux les négliger. Il manque une table des matières, ce qui est très gênant. M. de Seilhac a analysé le phénomène social de la grève comme un biologiste analyserait un phénomène de biologie ; aussi il y a des notations très intéressantes sur les états d’âme des patrons, des ouvriers. M. Rességuier n’en sort point à son honneur. Un chapitre fort suggestif est consacré à une verrerie coopérative de Saint-Étienne. En appendice sont des documents importants.

L’Enfermé, par gustave Geffroy. Volume in-18 de 446 pages, avec une eau-forte fr. 3-50. Eugène Fasquelle, éditeur. Paris, 1897.

L’Enfermé, ce titre de roman, sort pour Geffroy à qualifier Auguste Blanqui, Né en 1805, il meurt en 1881, après avoir passé trente sept ans de sa vie en prison. Il mérite donc bien le nom de l’Enfermé. Geffroy a reconstitué cette vie si agitée en même temps que si uniforme. Il nous le montre enfant, jeune homme, prisonnier au Mont Saint-Michel, à Belle-Isle, à Corte, au Taureau, etc. Il nous fait souffrir et jouir avec son héros qui fut un penseur certes, mais pas de l’envergure de Proudhon. Geffroy, en écrivant la vie de Blanqui, l’a fait revivre, car on sent le Vieux — ainsi on le nommait — palpiter, vivre ; on l’entend parler. C’est intéressant comme un roman, plus intéressant même. Les souffrances physiques et morales supportées vaillamment par les prisonniers politiques ouvrent de suggestifs horizons sur la psychologie des geôliers et des détenteurs d’un pouvoir quelconque. Il fallut dix ans de recherches pour que Geffroy pût mener à bonne fin ce livre. Il faut féliciter l’auteur de cette ténacité qui lui a permis de faire une belle œuvre qui restera.

Le Spiritisme et l’anarchie devant la science et la philosophie, par J. Bouvery.Volume in-8° de 464 pages ; 3 francs. Chamuel, éditeur Paris, 1897.

Il y a de bien bonnes choses, de fortes pensées dans ce volume, mais il y a aussi des choses mauvaises, des pensées vagues, folles. Ce livre est un mélange de bon et de mauvais. Le tout est pêle-mêle, sans ordre. Tous les sujets sont traités en un désordre remarquable. C’est un livre confus, cependant intéressant à lire pour le sociologue.

Les Secrets d’Yeldiz, par Paul Régla Volume in-18 de 336 pages ; fr. 3 50. P.-V. Stock, éditeur.

Ce volume est la suite des Mystères de Constantinople dont nous parlâmes en une précédente critique. C’est un roman très intéressant pour ceux et celles qui aiment le feuilleton, mais cela n’a point de valeur historique. Nous regrettons que M. de Régla ait écrit des romans aussi petit-journalesques que cela.

La Vérité sur les massacres d’Arménie, par Un Philarmène. Volume in-8° de 125 pages ; 2 francs. P.-V. Stock, éditeur. Paris, 1897.

Ce livre est rempli de documents authentiques, rapports de témoins oculaires, fragments de lettres, d’articles de journaux. Cela commence en novembre 1878 et se termine en 1896. Suite ininterrompue de massacres, incendies, vols, viols, meurtres, tortures, etc., tel est le squelette de ce volume comme il était celui des Massacres d’Arménie préface par G. Clemenceau.

Les Joyeusetés de l’exil, par Charles Malato. Volume in-18 de 328 pages ; fr. 3 50. P.-V. Stock, éditeur. Paris, 1897.

L’auteur de la Révolution chrétienne et révolution sociale cultive parfois le genre gai ; la preuve en est dans les Joyeusetés de l’exil où l’auteur fait de l’esprit à chaque page.ÀA vrai dire nous aimons mieux son ton sérieux. Cela n’empêche point que nous n’ayons agréablement dilaté notre rate pendant l’heure de lecture consacrée à ce volume. C’est franchement amusant ; surtout sont drôles les chapitres de Paris à Londres, Campagne de Belgique, la Guerre d’Italie, etc. En somme, volume qu’on dévore, qui récrée et qu’on reprend pour le consulter, car Malato, qui sait penser, a su parsemer de fortes idées les plaisanteries qui émaillent les Joyeusetés de l’exil.

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La Vérité sur l’Affaire Dreyfus, par Bernard Lazare. — Deux brochures furent publiées sous ce titre : L’une à Bruxelles, in-8° ; elle fut expédiée par poste sous enveloppe fermée ; l’autre à Paris, in-18, chez Stock. Cette dernière a xvi-94 pages. La première est tout entière reproduite dans la seconde. Nous avons lu ces brochures avec soin. Elles ne nous prouvèrent pas l’innocence du capitaine Dreyfus pas plus que sa culpabilité. Lazare est convaincu de cette innocence ; il l’affirme mais cette affirmation n’a point de valeur ; il faut ou des prouves évidentes ou une discussion serrée, minutieuse de l’accusation. Bernard Lazare malheureusement, n’a ni montré ces preuves, ni fait cette discussion. Il suit l’acte d’accusation mais il le fait de telle sorte que l’on ignore où se termine l’acte, et où commence la critique de l’auteur. Il donne la photographie du fameux bordereau mais ne met point en regard la photographie d’une lettre quelconque de Dreyfus pour qu’on compare les écritures. Il nie que les attachés allemands aient écrit la fameuse lettre secrète mais ne nous dit point sur quelles bases il établit cette négation, etc. L’auteur affirme et nie au lieu de prouver et de démontrer. Ces brochures laissent donc l’affaire comme avant : Dreyfus condamné par un conseil militaire à huis clos. Il peut donc être innocent ou coupable. Le public n’en sait rien. Le fait de la condamnation ne peut faire préjuger de la culpabilité, car les erreurs judiciaires ne sont pas rares, et il a pu y avoir une raison d’État pour condamner un innocent.

Le Général Borgnis-Desbordes et le colonel Humbert est une brochure in-8° de 65 pages publiée par le colonel Humbert chez l’imprimeur Gilbert Roux, à Gray. C’est l’exposé de procédés peu délicats employés par le général pour retarder la nomination du colonel. Document intéressant et suggestif pour le psychologue ; preuve nouvelle que la détention d’un pouvoir conduit à l’abus.

La Lettre au parlement (vol. in-18 de 115 p., Chamerot, éditeur) du capitaine de frégate Picard-Destelan est non moins suggestive. Les amiraux Duperre et Sallandrouze doivent être peu satisfaits de voir un inférieur montrer à tous leurs vilenies. Pour l’honneur du corps, un officier voleur est protégé envers et contre tous, preuve nouvelle de l’abus de pouvoir, de l’infatuation professionnelle. Les événements quotidiens se chargent chaque jour de prouver notre thèse de la Psychologie du militaire professionnel.

Chez Stock est paru la Vérité sur Madagascar, brochure de 65 pages que Lux a écrit. Sa forme est très vive ; elle semble solidement documentée et signale les menées des jésuites pour conquérir Madagascar à la papauté. Selon Lux la guerre déclarée à M. Laroche, le résident maintenant disgracié, a pour origine sa non-protection des jésuites. Les Fahavalos se sont montrés tels qu’ils sont, des patriotes luttant pour l’indépendance de leur patrie. Brochure à consulter par le sociologue.

Le Dr Corre a fait un tirage à part de l’étude sur Duguay-Trouin, parue dans la Revue de Bretagne et signalée par nous dans la précédente revue des revues. Les Premières Courses de Duguay-Trouin forment une brochure in-8° de 39 pages, à Vannes, chez Lafolye.

Le Général Kilmaine, brochure d’histoire très intéressante due à Léonce Grasilier. (Savine, éditeur, 33 p. in-18.) Vue 131 sur 997

Dans la revue L’Anthropologie, M. Ed. Piette publie des études d’ethnographie préhistorique. C’est ainsi qu’il fit paraître les Plantes cultivées de la période de transition au Mar d’Azil. Cet article en tirage à part forme une brochure in-8° de 24 pages. (Masson, éditeur, Paris). Les plantes en question sont le chêne, l’aubépine, le prunellier, le noisetier, le blé, le cerisier, le prunier, le noyer.

Léon Tolsoï continue sa propagande contre le militarisme et l’idée de patrie dans une nouvelle œuvre : Les Temps sont proches (brochure in-18 de 34 p., Perrin, éditeur). La traduction est de MM. Paul Boyer et Charles Salomon. On retrouve là l’argumentation serrée de l’auteur du Salut est en vous. Il faut lire cette plaquette.

On n’est pas sans se rappeler la conférence que notre collaborateur Pierre Kropotkine devait faire à Paris, mais que le ministère du radical M. Bourgeois, qui gouvernait alors avec le concours des socialistes parlementaires, empêcha en expulsant le conférencier anarchiste avant qu’il eût parlé ! Cette conférence, qui avait pour titre : L’Anarchie, — sa philosophie, — son idéal, vient de paraître en une plaquette éditée à la librairie Stock) (59 p., in-18 ; 1 franc). Ce que l’auteur de la Conquête du pain n’a pu dire à la tribune, il l’a écrit. « Verba volant, scripta manent ». C’est donc tout ce qu’y auront gagné ceux qui, n’osant écouter la vérité, ne trouvent rien de mieux que de bâillonner ceux qui veulent la leur faire entendre. Les qualités habituelles de Kropotkine, clarté, précision, logique et aussi imagination se retrouvent dans cette brochure que nous espérons voir lue et relue par beaucoup.

On sait que Kropotkine, il y a déjà longtemps, écrivit un opuscule, Les Prisons. Il a été dernièrement traduit en espagnol par J. Martinez Ruiz qui l’accompagna de notes nombreuses, claires et heureuses par la précision, l’élucidation de certains points. Las Prisiones est édité à Valencia à l’Union tipograficfa (brochure in-S° de 34 p.).

Le poète Adolphe Retté est un penseur qui mit au jour en 1894 une brochure très remarquablement élucidée, Réflexions sur l’Anarchie. Il les réimprime, en les aggravant dépensées longuement méditées et cela sous le titre de Promenades subversives (in-18 de 50 p., Bibliothèque artistique et littéraire, éditeur ; 1 franc). Cette brochure mérite d’être lue et relue.

M. Maurice Charnay publie annuellement l’Almanach socialiste illustré. Celui de 1897 a du texte d’Allemane, Cipriani, Argyriadès, Barrucand, A. Metin, Tom Mann, E. Guérard, etc. Il est illustré de portraits divers ; son prix de fr. 0.30 (in-18 de 120 p.) le met à la portée de toutes les bourses.

Notre collaborateur Fernand Pelloutier a publié dans la collection de la Bibliothèque de 1’Art social deux brochures : L’Art et la Révolte, l’Organisation corporative et l’anarchie, que nous conseillons à tous de lire. La première est absolument remarquable. Chacune coûte fr. 0,10.

C’est aussi le prix de Variations guesdistes, recueillies et annotées par Émile Pouget. Cette brochure de 36 pages in-18 fait partie de la bibliothèque de la Sociale. C’est le résumé d’opinions successives de Jules Guesde ; aussi son intérêt documentaire est certain.

A. Hamon.

[1Des éditions italienne, portugaise et espagnole sont en préparation à Ancône, Porto et la Corogne.

[2Voir Archives d’Anthropologie criminelle, 1896.